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I.S.B.N.sans
148 pages

p. 62 à 71
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Partie 2 : Différentes réalités

n° 125 2005/5

2005 Informations sociales Partie 2 : Différentes réalités

La mixité dans la ville et dans les grands ensembles

Entre mythe social et instrument politique

Cyprien Avenel Docteur en sociologie, DSER, CNAF, chargé de mission auprès de la direction, dernier ouvrage paru, Sociologie des quartiers sensibles, Armand Colin, 2004.
La mixité sociale est analysée dans le cadre des politiques de la ville depuis environ trente ans, apparaissant alors comme valeur et synonyme d’ouverture et de justice sociale, à l’opposé de l’idée de ghetto. Or, les populations pauvres ne sont pas forcément gagnantes, en raison d’une politique de mixité qui peut également les priver de ressources sociales et culturelles. Les politiques doivent, de surcroît, tenir compte d’effets paradoxaux qui limitent les résultats escomptés.
Depuis les années cinquante, les politiques urbaines ont tenté de mettre en Å“uvre le “brassage social” au cÅ“ur des grands ensembles, puis le “rééquilibrage social”, en mettant l’accent sur les procédures d’attribution de logements. Avec la “mixité sociale” promue dans les récentes lois, l’objectif est de sortir les quartiers pauvres de l’enfermement. Le recul sur ces politiques montre leurs difficultés d’application et les effets paradoxaux qu’elles engendrent.
Si la question de la mixité sociale dans la ville s’impose aujourd’hui si fortement dans la société française, c’est tout autant parce qu’elle incarne la dimension spatiale des inégalités sociales que parce qu’elle évoque l’inscription des modes de vie et des identités culturelles sur le territoire urbain et qu’elle interroge le principe d’égalité des populations. En effet, le durcissement des mécanismes ségrégatifs dans les grandes villes françaises se traduit par un écart de plus en plus fort entre les quartiers les plus aisés et les quartiers où s’agglomèrent les laissés-pour-compte. Ainsi, d’une zone d’habitat à une autre, la hiérarchie spatiale recoupe assez bien la hiérarchie sociale. Les études en ce sens révèlent tout particulièrement des logiques de séparation qui se construisent sur des stratégies de distinction et d’évitement entre les ménages selon leurs revenus et leurs trajectoires résidentielles. Cette attitude de mise à distance ne concerne pas seulement les classes supérieures mais caractérise également les classes moyennes ayant peur du déclassement et sensibles aux enjeux liés à la scolarisation des enfants [1].
Dans ce contexte, la notion de mixité est devenue un des principaux instruments de l’action publique ou le nouveau label des politiques urbaines. L’idée générale est qu’il faut rééquilibrer la composition du peuplement urbain en introduisant la mixité – de façon contrainte – tant sur les lieux de résidence qu’au sein du système scolaire. Toutefois, cet objectif prioritaire des pouvoirs publics ne va pas de soi. Il implique non seulement de manier avec précaution des catégories de pensée d’ordinaire étrangères au modèle d’intégration français, comme la question des “communautés” et des “ethnicités”, mais également une prise de distance avec les conceptions normatives qu’un tel objectif engage implicitement, et tout particulièrement le postulat selon lequel le principe de mixité est une valeur en soi.
Il existe dans la société française un décalage criant entre les catégories théoriques d’un modèle d’intégration fondé sur les bienfaits de l’égalité et de la mixité, auxquels la majorité de la population est profondément attachée, et les catégories de la pratique souvent dominées par la ségrégation et par la logique des “appariements sélectifs”. Dans des études classiques sur la formation des villes, la sociologie a pu montrer une dimension essentielle : la ségrégation et l’agrégation sont les deux faces d’une même réalité. La mise à distance de l’autre a pour contrepartie la recherche de l’“entre-soi”.
 
La mixité : de quoi parle-t-on ?
 
 
Le terme de mixité est ambigu car il est polysémique. Il vient du latin miscere, qui veut dire mélanger, renvoyant à l’idée de mixage entre plusieurs éléments différents. Son caractère relativement indéterminé résulte du fait qu’on peut parler indifféremment de mixité des formes d’habitat, de mixité des générations, de mixité des catégories socioprofessionnelles, des nationalités, des sexes, etc. Il pose également un problème de mesure car l’état de mixité ne sera pas identique selon le critère retenu et l’échelle considérée. Ainsi la diversité sociale apparente d’un quartier peut-elle très bien juxtaposer plusieurs cités nettement plus homogènes, tout comme l’hétérogénéité globale d’un établissement scolaire peut dissimuler une ségrégation interne par classe. Mais à une évaluation statique de la mixité dans le domaine de l’habitat convient-il encore d’adopter une approche plus dynamique, intégrant les déplacements des individus dans les lieux publics et l’accessibilité aux potentiels urbains. En effet, il est utile de modifier le regard en fonction de la mobilité des populations dans la structure d’ensemble de la ville et des stratégies d’accès aux différents espaces urbains qui ne renvoient pas aux mêmes échelles de mixité et d’intégration pour les individus [2].
En définitive, la mixité n’est pas à proprement parler un concept scientifique mais renvoie à un mythe, au sens de valeurs et de représentations collectives qui structurent la société. Elle définit moins une situation objective qu’elle ne se réfère à un idéal. On pense à l’image d’une ville caractérisée par la diversité sociale et culturelle. Par extension, on accorde à la mixité sociale des vertus comme l’échange et la tolérance, l’enrichissement mutuel et l’harmonie sociale. Fortement connotée idéologiquement, la mixité est considérée, plus particulièrement en France, comme une valeur évidente que l’on oppose aux ghettos et aux communautarismes. En clair, il s’agit avant tout d’une notion politique légitimant l’intervention de l’État.
Plus qu’un état, la mixité désigne ainsi un processus ou une action. Et cette action est sous-tendue par des postulats d’organisation de la ville et de la société. Le premier postulat est que la mixité crée les conditions d’une plus grande égalité. En effet, la concentration spatiale des populations pauvres peut engendrer, en elle-même, un renforcement des inégalités sociales. Les travaux américains sur le ghetto contemporain ont montré de multiples façons les effets sociaux destructeurs d’une telle concentration. L’action en faveur de la mixité est donc bien une politique d’égalité et de justice sociale.
Le deuxième postulat est que la mixité favorise l’urbanité ou la cohésion sociale. De ce point de vue, la mixité comme catégorie de l’action publique s’appuie sur le diagnostic généralement partagé d’une “crise” de la ville et du lien social. La vision la plus répandue consiste en effet à souligner la montée en puissance des conduites individualistes, qui viendraient saper les fondements de tout ordre social. La ville étant le lieu par excellence de cette situation, elle tendrait à perdre ce qui faisait son unité et son urbanité, “c’est-à-dire la relation qui lie, d’une part, un lieu bâti et sa configuration spatiale et, de l’autre, l’aptitude du groupe qui l’occupe à générer des liens sociaux et conviviaux [3]. D’un côté, la ville est le lieu de la mobilité et d’une individualisation croissante des modes de vie. Mais de l’autre côté, cette ville donnant à chacun la possibilité de développer son autonomie recèle également les germes d’une ville de l’“entre-soi”, porteuse d’un refus de l’altérité, qui oppose la ségrégation volontaire des beaux quartiers et la ségrégation vécue par les individus comme une violence, une assignation à résidence dans les quartiers pauvres [4]. La promotion de la mixité puise alors sa force dans la volonté de contrebalancer cette double logique de ghettoïsation de la société française par le haut et par le bas. La puissance publique réaffirme ainsi son rôle ontologique de constructeur de la société et du lien social.
 
La mixité, vade-mecum des politiques urbaines
 
 
Cette question de la mixité sociale n’est pas nouvelle. Elle jalonne toute l’histoire du peuplement des quartiers d’habitat social. Il s’agit d’une spécificité française : les quartiers aujourd’hui qualifiés de “sensibles” sont, pour la plupart, le produit des transformations des cités de grands ensembles créés par l’“urbanisme fonctionnel” des années cinquante à soixante-dix [5]. Pendant cette période, la croissance économique et l’expansion démographique se concentrent dans les villes. Il est alors indispensable de construire en grande quantité, dans l’urgence, des logements à bon marché, visant à offrir l’accès au confort moderne, mais aussi à promouvoir le “brassage” des populations. La mixité est ainsi au fondement du grand ensemble. En rapprochant sur un même lieu des catégories autrefois séparées (les populations pauvres, les classes populaires et les nouvelles couches moyennes), il est censé fonctionner comme un ascenseur social et favoriser une “moyennisation” de la société.
Les années soixante-dix marqueront une étape décisive. Pour le dire brièvement, la politique du logement social passe d’une logique quantitative de production de masse à une logique qualitative de gestion du peuplement [6]. Il s’agit en effet d’arrêter la construction des HLM et de mieux équilibrer l’habitat social à l’échelle des agglomérations. Avec la loi Barre de 1977, instaurant l’aide personnalisée au logement (APL), cette politique favorise tant l’accession à la propriété pour les ménages aux revenus moyens que l’accès au logement social locatif pour ceux qui en étaient exclus. Ainsi, durant cette période, les franges supérieures de la classe ouvrière et les catégories de classes moyennes utilisent le parc HLM comme une étape dans un parcours de mobilité. Ces familles vont s’orienter vers le modèle de l’habitat pavillonnaire, laissant la place à une population fragilisée par la crise économique et aux travailleurs immigrés. Certains experts attirent alors l’attention sur le “malaise des banlieues” et sur les “problèmes de la ségrégation [7]. Ainsi, bien avant les premières violences émeutières de l’été 1981, on parle d’“enclaves” et de “délinquance juvénile” déjà associée au milieu urbain des grands ensembles.
Avec la montée du problème de l’exclusion et l’apparition des “quartiers sensibles”, la question de la mixité sociale va prendre une connotation très différente de celle qui prévalait dans les années soixante. La concentration spatiale des pauvres devient synonyme de dangerosité et de peur. Dès le début des années quatre-vingt apparaît alors dans ces quartiers une obsession du “rééquilibrage social”. La maîtrise de la nature du peuplement devient l’objectif prioritaire des acteurs de la politique de la ville. Les procédures d’attribution des logements constituent dès lors un enjeu essentiel. Les organismes HLM sont les “grands acteurs du tri urbain” [8]. Ils deviennent de véritables gestionnaires sociaux du peuplement à échelle décentralisée sur site, tant du point de vue de la morphologie des quartiers que du problème des relations de voisinage.
C’est dans ce contexte que l’objectif de mixité oriente deux grands types d’intervention volontariste : il s’agit d’une part de lutter contre le ghetto qui menace toujours quand sont réunies les conditions de concentration des populations fragiles, et d’autre part de répartir le logement social de façon plus équilibrée dans les agglomérations, en introduisant des quotas dans les communes riches. Ainsi cette question débouchera-t-elle sur quatre lois importantes : la loi Besson (1990), puis la loi de dotation de solidarité urbaine et la loi d’orientation pour la ville (LOV), votées en 1991, qui adoptent un ensemble de mesures d’urbanisme visant la mise en Å“uvre de la mixité sociale ; enfin, la loi SRU, relative à la solidarité et au renouvellement urbains, du 13 décembre 2000, positionne encore plus fermement cette dimension centrale des politiques urbaines. De nos jours, le XIIe Plan (2000-2006) définit la politique de la ville comme faisant partie intégrante d’une lutte globale contre les exclusions et s’inscrivant dans un vaste projet de développement des territoires et de rééquilibrage urbain, conduite à l’échelle des agglomérations.
Mais avec la loi de programmation de cohésion sociale du 18 janvier 2005, l’action en faveur de la mixité vise à franchir un pas significatif, voire décisif. En effet, il n’est plus seulement question de gérer le peuplement de l’habitat social et de rééquilibrer la structure du parc HLM sur le territoire. Avec la notion de rénovation (centrée sur les quartiers) et celle de renouvellement urbain (à l’échelle de la ville), il s’agit bien plus de mettre en Å“uvre une nouvelle politique de peuplement et de produire une mutation urbaine en profondeur, à l’aide d’une action physique de revitalisation des quartiers. Ainsi le renforcement de la politique de démolition et de construction des logements vise-t-il à restaurer la mixité par une politique volontariste, planifiée et quantifiée, de “rattrapage” des quartiers pauvres.
 
La mixité favorise-t-elle la cohésion sociale ?
 
 
Pour autant, les recherches scientifiques conduisent à dresser un constat mitigé à l’égard des vertus attachées à cet impératif de mixité. En effet, comme elles peuvent le montrer, la proximité entre les différentes classes sociales renforce moins la convivialité et les échanges qu’elle n’exacerbe les différences et les conflits. Ainsi, dès sa construction, le grand ensemble est voué à constituer un mixte de “proximité spatiale et de distance sociale”. Il rassemble momentanément des catégories hétérogènes de population, inscrites dans des trajectoires multiples, ce qui, loin de produire l’image d’une société nouvelle en voie de “moyennisation”, renforce au contraire les clivages de classe [9]. Par ailleurs, non seulement le grand ensemble engendre une cohabitation difficile, mais encore porte-t-il en lui la nostalgie du quartier populaire. En effet, même si le parc HLM, par rapport aux bidonvilles, représente un réel progrès matériel, il incarne pour les plus pauvres tout le poids de destruction de l’ancienne vie communautaire. À l’aube des années quatre-vingt, on peut décrire l’univers relationnel du grand ensemble comme un “groupement artificiel et contraint [10].
Cette analyse conduit à interroger l’idée selon laquelle les populations pauvres seraient toujours gagnantes à une politique de mixité. En fait, le lien entre rénovation urbaine, mixité et lien social n’est guère évident. Ainsi, une opération de rénovation peut insérer fonctionnellement l’habitat dégradé dans la grande ville, mais dissoudre en même temps l’ancienne communauté de quartier [11]. Dans un autre contexte, celui de la société américaine, le repli sur la communauté est analysé comme une transition dans le cycle des relations raciales, assurant pour la population immigrée une fonction d’accueil et de refuge avant une mobilité sociale et spatiale. Certes, le regroupement des populations, quand il est subi, peut se transformer en espace clos et enfermant. Mais il y a aussi des bénéfices à l’existence d’un “entre-soi” des quartiers pauvres, comme le montre, par exemple, la réussite de certains commerçants étrangers [12].
Paradoxalement, les actions en faveur de la mixité peuvent alors tout aussi bien priver les individus de ressources sociales et culturelles issues d’un milieu d’entraide et de solidarité. On est donc conduit à poser un regard ambivalent sur la recherche de mixité dans les quartiers pauvres. Si ces derniers sont des lieux de ségrégation et de stigmatisation, ils sont également des espaces de ressources et de solidarités. Mais autant on pouvait valoriser l’homogénéité des communautés ouvrières et des distances de classe, autant aujourd’hui l’appel à la mixité comme instrument de lutte contre le ghetto manifeste, d’une certaine façon, la peur de l’immigré et des communautés ethniques. Dans une large mesure, la question de la mixité soulève implicitement un débat concernant l’intégration des immigrés et la place des quartiers multiculturels dans la société française.
 
Que produit l’action en faveur de la mixité dans les quartiers pauvres ?
 
 
Quand on parle de mixité dans les quartiers pauvres, il est moins question du mettissage que du fait d’y attirer durablement les couches moyennes, celles-ci étant considérées comme vecteur d’un modèle de normes et de valeurs auquel les populations “exclues” pourront se conformer. Cet objectif s’appuie sur l’idée d’un basculement des quartiers pauvres dans la déviance et dans la destruction sociale, rappelant d’une certaine manière la vieille peur des “classes dangereuses” du XIXe siècle. De ce point de vue, l’appel au rétablissement de la mixité sociale n’est pas une nouveauté de la politique de la ville. Il réactualise au contraire une vieille histoire de moralisation des catégories populaires dans des quartiers définis par le regard des classes supérieures [13]. Hier comme aujourd’hui, la banlieue pauvre est une menace pour la ville riche. En somme, il s’agit, certes de façon atténuée, de “civiliser” les classes populaires exclues, et de faire en sorte que les “autres” deviennent comme “nous” par la pédagogie, au sens scolaire du terme, du “vivre ensemble”.
Cette analyse ne vise pas à mettre en cause le principe de régulation par les pouvoirs publics des processus ségrégatifs et des inégalités profondes qu’ils engendrent. Elle invite à interroger le principe de mixité sociale à l’aune des résultats escomptés par cette politique. En effet, celle-ci est loin d’atteindre ses objectifs et elle engendre souvent des effets paradoxaux pouvant même aboutir à des résultats inverses aux buts poursuivis.
Le rôle des organismes HLM dans la gestion du peuplement du parc social illustre parfaitement les difficultés de mise en Å“uvre de la mixité. C’est en effet pour mettre en échec les effets de concentration d’une même catégorie de population que la politique de mixité conduit, de façon implicite, à une gestion “ethnique” déguisée des cages d’escalier. Tout gestionnaire explique que l’art de son métier en matière de mixité consiste à aligner le taux d’étrangers hors CEE dans son quartier au niveau de la moyenne nationale. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le principe de mixité sociale s’accompagne, de fait, d’une pratique implicite de “quotas raciaux”. Autrement dit, la mixité est une façon de parler d’“ethnicité”, de façon codée, en termes de territoire et de classes sociales.
C’est aussi au nom de la mixité que certains ménages en situation de précarité peuvent être écartés, car ils font fuir ceux qui ne veulent pas de “familles difficiles” comme voisins de palier. Au cÅ“ur de l’action des organismes HLM se trouve, comme il est dit souvent, une tension entre la volonté de mixité et l’accès des familles au logement. Les pratiques d’attribution reposent dès lors sur un travail relativement délicat qui vise à maintenir la plus grande mixité possible tout en laissant se constituer, à l’échelle des cages d’escalier, quelques poches de concentration de pauvreté. Au final, la singularité du peuplement des grands ensembles consiste à rassembler une population qui n’est pas véritablement mélangée, mais qui n’est pas non plus véritablement séparée.
Si cette politique de mixité a évité la constitution de ghettos, elle imprègne en partie négativement les modes de vie et le lien social. En effet, la dispersion des problèmes rapproche les ménages de manière contrainte et met en présence une diversité de comportements qui se distinguent quant à la manière d’organiser son espace et son temps. Le rapprochement contraint crée en lui-même une humeur ségrégative, dès lors que les petites différences finissent par occuper tout l’espace. L’exemple de la réhabilitation d’une cité HLM de la ville de Dreux est significatif à ce propos : l’objectif de “mixité de la population” s’est transformé en son contraire en renforçant la segmentation “ethnique” des rapports sociaux [14]. Ainsi la volonté de mixité se heurte-t-elle sans cesse aux stratégies de mise à distance entre les habitants eux-mêmes.
Cette analyse ne vise pas à faire la promotion des ghettos ! Elle se demande dans quelle mesure la volonté de mixité ne conduit pas, au moins partiellement, à développer des effets “désolidarisants” et à noyer les identités collectives et communautaires, installant alors en lieu et place des rapports individualisés de dépendance à l’égard des dispositifs d’assistance, là même où on en appelle à la “participation des habitants”. â– 
 
NOTES
 
[1]M. Pinçon, M. Pinçon-Charlot, Dans les beaux quartiers, Paris, Le Seuil, 1989 ; revue Esprit, “La ville à trois vitesses”, n° 303, mars-avril 2004 ; E. Maurin, Le ghetto français, Le Seuil, coll. “La république des idées”, 2004.
[2]M. Bassand, D. Joye, V. Kaufmann (sous la dir. de), Les enjeux de la sociologie urbaine, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2001.
[3]F. Choay, “Le règne de l’urbain et la mort de la ville”, in La France au-delà du siècle, Paris, Éditions de l’Aube, 1994.
[4]Cette analyse alarmiste doit fortement être nuancée, dans la mesure où la configuration des villes de quelque importance ne se réduit pas à une simple séparation des quartiers pauvres et des quartiers riches. Entre ces deux extrêmes, la répartition de la population urbaine demeure relativement diversifiée. La mixité sociale intra-métropolitaine constitue la norme, cf. E. Preteceille, “Ségrégation, classes et politique dans la grande ville”, in A. Bagnasco, P. Le Galès, Villes en Europe, Paris, La Découverte, 1997, p. 99-127 ; M. Oberti, Ségrégation urbaine et scolaire dans l’Ouest parisien, rapport de recherche, ministère de l’Éducation nationale, 2004.
[5]C. Avenel, Sociologie des “quartiers sensibles”, Paris, Armand Colin, 2004.
[6]J.-P. Flamand, Loger le peuple : essai sur l’histoire du logement social en France, Paris, La Découverte, 1989.
[7]Notamment la circulaire Guichard de 1973.
[8]Y. Grafmeyer, Sociologie urbaine, Paris, Nathan, coll. “128”, 1994.
[9]J.-C. Chamboredon, M. Lemaire, “Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement”, Revue française de sociologie, XI, p. 3-33, 1970.
[10]C. Petonnet, On est tous dans le brouillard, Paris, Galilée, 1979.
[11]H. Coing, Rénovation urbaine et changement social, Paris, Les Éditions ouvrières, 1966.
[12]P. Genestier, “Les paradoxes du grand ensemble”, in G. Baudin, P. Genestier (dir.), Banlieues à problèmes, Paris, La Documentation française, 2002, p. 175-206.
[13]L. Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris, pendant la première moitié du XIXe siècle, Paris, LGF, 1978.
[14]M. Tribalat, Dreux, voyage au cÅ“ur du malaise français, Paris, Syros, 1999.
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[9]
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H. Coing, Rénovation urbaine et changement social, Paris, L...
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