2005
Informations sociales
Partie 2 : Différentes réalités – ••• en contrepoint
Saint-Paul était-il misogyne ?
Paule Paillet
Les Évangiles et les actes des apôtres, Paris, Mediaspaul, 1978
Qui est Saint-Paul ? Un juif de la diaspora. De médiocre apparence si l’on en croit l’appellation biblique : “l’avorton de Dieu”. Le seul des apôtres qui n’ait pas vécu avec le Christ. C’est un converti au zèle de néophyte. Une soixantaine d’années après J.-C., il va prêcher la bonne parole en Asie mineure, en Grèce, puis à Rome, durant trois voyages pleins de bruit et de fureur, de complots, de tentatives d’assassinat contre lui. Est-il un révolutionnaire au sens politique du terme ? Sûrement pas. La morale qu’il diffuse est dans l’ensemble altruiste, libérale, solidaire. Il attaque davantage les juifs que les païens, ne craint pas de s’en prendre aux sacrificateurs : “S’abstenir de viandes sacrifiées aux idoles, de sang, d’animaux étouffés.” Il est ce que nous appellerions un homme de terrain, vivant avec les gens, travaillant avec eux, prenant la parole au sabbat, avec une éloquence impérieuse, mais, semble-t-il, chaleureuse. La relation entre les sexes ? Les Épîtres suggèrent qu’il les juge de façon équitable, dans une optique de réciprocité : “Que le mari rende à la femme ce qu’il lui doit, et que la femme fasse de même envers son mari.” Si le mari dispose du corps de sa femme, l’inverse est vrai également : “La femme n’est point sans l’homme ni l’homme sans la femme, car tout vivant vient de Dieu.”
Pourtant les indices d’une méfiance de Paul face à la femme ne manquent pas. Par exemple, des remarques tirées d’une observation dévalorisante. Les femmes sont cancanières, les jeunes veuves causeuses intrigantes… À travers cette dépréciation somme toute anodine, c’est toute la philosophie profonde de Paul qui se révèle, son horreur de la chair, de la sexualité : “Je suis charnel, vendu au péché. La loi du péché est dans mes membres” ; “Si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez…” Un refoulement radical des pulsions ; le corps péché face à l’Esprit rédempteur. Et une culpabilité de la femme, pire que celle de l’homme : “Adam n’a pas été séduit” et la femme séductrice s’est, elle, rendue coupable de transgression. Sa seule rédemption : la maternité. Et ce commandement : n’apparaître en public que voilée ou les cheveux rasés. La face de l’homme, elle, n’est pas outrage. Car elle est “à l’image et à la gloire de Dieu”. “Il est bon pour l’homme de ne pas toucher à la femme.” Mais comme il faut bien faire la part des choses, et celle du démon, Paul admet la mariage strictement monogamique : “Mieux vaut se marier que brûler.” Certes “l’homme qui marie sa fille fait bien”, mais “celui qui ne la marie pas fait mieux.”
Ce refus flagrant de la sexualité, celle de la femme perçue comme plus insidieuse que celle de l’homme, conjugué avec son tempérament impérialiste, débouche chez Paul sur ce qui nous paraît aujourd’hui le moins acceptable, et ce qu’on a surtout retenu de lui : la relégation de la femme hors de toute activité civique. “Que la femme écoute l’instruction en silence avec une entière soumission. Je ne lui permets pas d’enseigner ni de prendre de l’autorité sur l’homme. Qu’elle demeure dans le silence.” Interdiction qui a pesé durant des siècles avant que d’être remise en question.