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I.S.B.N.sans
148 pages

p. 97 à 98
doi: en cours

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Partie 3 : Sortir des frontières – ••• en contrepoint

n° 125 2005/5

2005 Informations sociales Partie 3 : Sortir des frontières – ••• en contrepoint

Le mix techno et autres musiques

Alain Vulbeau

F. Laplantine, A. Nouss, “Mixage”, in Métissages : de Arcimboldo à Zombi, Paris, Pauvert, 2001

Dans leur dictionnaire du métissage, Laplantine et Nouss accordent une place aux pratiques culturelles du mixage. Que ce soit dans le champ de la peinture ou dans celui de la musique, le mixage est une intervention qui met en cause les notions de composition et de continuité.
En peinture, dans le registre de l’abstraction, le mixage se caractérise par la superposition de couches relativement hétérogènes. Les Å“uvres d’artistes comme Pollock ou Rothko peuvent aider à mieux cerner le mixage comme un procédé pictural où se jouent à la fois des pratiques d’accumulation de couches successives et de réduction de couches à venir. Chez Pollock, le mixage s’opère entre un fond de tableau et des tâches de peinture qui se superposent peu à peu dans tout l’espace du tableau, selon sa technique originale du dripping. Rothko, de son côté, mixe des couches qui semblent se superposer à l’infini, empêchant de décider où se trouvent le fond et la surface.
Le mixage musical est une forme de mélange sans doute plus facile à percevoir, puisqu’il se fonde sur un écart vécu par l’auditeur qui entend au moins deux sources sonores distinctes. Ce sentiment de “dé-liaison” sonore est plus ou moins flagrant. L’exemple de Steve Reich, musicien répétitif américain, illustre un cas relativement difficile à percevoir avec ce morceau où deux bandes magnétiques qui jouent d’abord la même musique se décalent peu à peu, terminant sur un ensemble dissocié. Ce musicien a souvent utilisé ce procédé avec des musiciens jouant de conserve ces musiques qui se désynchronisent progressivement.
Dans le registre de la musique classique, on peut signaler le cas du compositeur américain Charles Ives, qui faisait converger plusieurs fanfares vers une même place, afin de mélanger les sons dans une sorte de chaos musical.
C’est ce procédé que l’on retrouve actualisé dans le “mix techno” contemporain. Ce principe musical s’appuie sur des flux musicaux continus où se succèdent et se superposent des musiques de genres très divers ou des sons relevant de registres qui ne sont pas, a priori, celui de la musique. Le mixage de ces flux supprime les débuts et les fins de morceaux et la continuité même d’une source musicale éventuellement identifiable.
Le mixage, qu’il soit pictural ou sonore, a une visée esthétique qui met en cause le cadre ordinaire des perceptions du spectateur ou de l’auditeur. La première interrogation porte sur le sens de ce qui est perçu et sur le rattachement à des codes académiques éprouvés. La seconde questionne la distance entre l’auteur et le récepteur, sur le plan de la faisabilité de l’Å“uvre. Enfin, le mixage fait apparaître une nouvelle entité qui ne peut exister sans ses sources de départ mais qui cherche à les oublier en proposant une forme nouvelle.
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