Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 101 à 102
doi: en cours

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Partie 2 : Quelques registres de la sanction – ••• en contrepoint

n° 127 2005/7

2005 Informations sociales Partie 2 : Quelques registres de la sanction – ••• en contrepoint

Qu’est-ce qu’une sanction éducative ?

Caroline Helfter
Pourquoi punir ? “L’action de punir, comme toute action, ne se justifie que s’il en résulte quelque chose de bon”, explique le philosophe Marcel Conche, cité par Eirick Prairat, professeur à l’Université Nancy-2 [1]. Souscrivant à cette orientation, le spécialiste des sciences de l’éducation détaille les objectifs que doit poursuivre la sanction pour ne pas constituer une parenthèse, mais un véritable moment du processus éducatif.
Eirick Prairat assigne une triple fin à la sanction – toutes trois d’égale importance : une fin politique, une fin éthique et une fin sociale. La première tient au fait que la sanction n’est pas là pour marquer la prééminence des adultes, mais pour rappeler la primauté de la loi – ou, plus simplement, de l’ensemble des règles explicitées que se donne une collectivité pour vivre ensemble. Ces lois ou ces règles ne pouvant être impunément ignorées ou violées sans risquer de mettre à mal la cohésion du groupe, la finalité politique de la sanction est de la préserver.
Sa visée éthique consiste à “promouvoir un sujet responsable en lui imputant les conséquences de ses actes”, poursuit l’universitaire. Autrement dit, si l’enfant ou l’adolescent se plaisent à bousculer les règles, à s’éprouver en éprouvant la fiabilité de leur environnement, il importe de toujours rétablir les limites et reformuler les interdits structurants pour mettre les intéressés en situation de s’interroger sur leur responsabilité. Rien de pire, en effet, “que le silence en cas de transgression caractérisée de la loi”, car la transgression ne supprime pas la loi : “Elle est passage au-delà.” Partant, elle peut participer à son intériorisation “si la sanction sait [lui] faire écho”.
La finalité sociale de la sanction, quant à elle, est de stopper une trajectoire déviante pour réorienter un comportement, explique Eirick Prairat. En tendant, ainsi, à “réinscrire le coupable dans le jeu social de la réciprocité”, la sanction vise à “reconstruire le lien social blessé et, par là même, à redonner à la victime (si victime il y a) la place pleine et entière qui était la sienne avant la transgression”.
Visée politique, visée éthique, visée sociale, résume l’auteur : à l’instar de la sanction, n’est-ce pas, aussi, à rechercher “la conciliation toujours incertaine” de ces trois préoccupations – le souci d’une transcendance (que celle-ci soit la loi ou l’univers des savoirs et de la culture), le souci d’un sujet en devenir et celui d’un lien social immédiat – que s’emploie l’Å“uvre d’éducation ?
 
NOTES
 
[1]Dans les “Réflexions sur la sanction dans le champ de l’éducation”, qu’il livre au riche dossier consacré à la sanction publié par La lettre de l’enfance et de l’adolescence, revue du Groupe de recherche et d’action pour l’enfance (GRAPE), n° 57, septembre 2004, éditions Érès, 13 euros.
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