2005
Informations sociales
Le social en recherche
Le social en recherche
— Livia VELPRY, Vivre avec une maladie mentale, CESAMES, Centre de Recherche Psychotropes, Santé Mentale, Société. CNRS. UMR 8136. INSERM U 611. Université René-Descartes, Paris V, 45 rue des Saints-Pères, 75270 Paris cedex 06, mai 2005, 193 p. www.cesames.org
Forum réfugiés, L’asile en France et en Europe, Etat des lieux 2005. 5ème rapport annuel de Forum réfugiés, BP 1054/69612 Villeurbanne cedex. Juillet 2005. 189 p. www.forumrefugies.org
La multiplication des conflits dans le monde conduit de plus en plus de personnes sur les chemins de l’exil. Pendant ce temps, l’Europe verrouille ses accès. L’Union européenne n’a accueilli, dans la période 2000-2004, que 4,2 personnes pour 1000 habitants alors que ce taux était, par exemple, en Iran de 20 pour 1000. Victime du “11 septembre”, l’idée de refuge interfère aussi avec la volonté des États européens de maîtriser leur politique d’immigration. Dans ce repliement généralisé, la France est un peu moins à l’avant-garde des frilosités. Même si en 2004 on assiste à une légère baisse des demandes, avec près de 60 000 demandes d’accueil, nous concentrons encore près de 22 % de la demande d’asile européenne. Bien que le principe d’une régulation européenne des demandes d’asile soit entré en vigueur depuis dix ans, tout montre que nous sommes loin d’une harmonisation des législations et les tentations de recul par rapport à la convention de Genève sont fréquentes. En France, l’année 2004 a été une période test tant pour la réorganisation des structures d’accueil que pour la volonté de réduire les délais d’instruction des demandes. S’il apparaît que la législation a eu un réel effet sur le rythme et les délais des convocations ainsi que sur la reconnaissance des nouveaux motifs de protection des personnes, en revanche, l’accueil des demandeurs, qu’il s’agisse de la gestion de la procédure et des conditions d’hébergement, reste très en deçà de ce que l’on pourrait attendre légitimement. Enfin, la question des déboutés reste un sujet politiquement délicat. En 2004, 64 000 arrêtés de reconduites à la frontière ont été pris par l’administration française. 13 000 ont été exécutés et pour 2005, le ministre de l’Intérieur a fixé un objectif de 20 000. La simple comparaison des chiffres suffit à pointer l’écart et à s’interroger sur l’avenir de ces politiques mais aussi sur le devenir des personnes sans papier et sans autre horizon que précarité et incertitude. 1299
Droits à la retraite : inflexions
Philippe MARTIN, Le risque vieillesse en Europe : quels droits, quelles protections ?, Centre de droit comparé du travail et de la sécurité sociale. CNRS/Université Montesquieu Bordeaux IV, avenue Léon-Duguit, 33604 Pessac cedex. 2004. 271 p.
Même s’il est parfois freiné, le développement de l’Union européenne conduit à multiplier les études comparatives pour tenter de comprendre ce qui différencie ou rapproche les pays de l’Union et leurs différents systèmes sociaux. Nous avons déjà rendu compte de travaux monographiques qui juxtaposaient les présentations des dispositifs de retraite dans les pays de l’Union, à quinze ou à vingt-cinq. La question des retraites étant à l’ordre du jour de l’harmonisation européenne, en particulier dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler la stratégie de Lisbonne. Le rapport de recherche présenté par Philippe Martin et plusieurs collègues, dont Robert Lafore bien connu pour ses recherches sur l’évolution du droit social, n’emprunte que très modérément le chemin des comparaisons monographiques. Usant d’une grande subtilité juridique, les auteurs montrent les découplages à l’Å“uvre entre les droits à pension – pouvoir bénéficier d’un revenu – et le droit à la retraite qui devrait être surtout un droit au repos. Ils insistent sur l’apparente insignifiance des évolutions entre le droit à la retraite et la liberté, actuellement mise en avant, de se retirer du marché du travail, glissements qui traduisent en fait une probable mais profonde recomposition des rapports sociaux. 1300
Damien BERTRAND, Florence BRUNET, Didier VANONI, Sabrina WADJINNY, Etude relative à la recherche et à la valorisation de stratégies et d’actions d’inclusions sociales dans les zones urbaines et rurales, FORS Recherche sociale. 48, rue des Petites-Écuries, 75010 Paris, novembre 2003. 109 p. www.fors-rs.com
Création d’une plate-forme de financement des initiatives locales en Seine-Saint-Denis, développement des jardins de Cocagne dans le Nord - Pas-de-Calais, facilitation de l’accès des femmes à des métiers porteurs d’emplois en Haute-Normandie, formation des salariés en difficultés dans le secteur agricole, École de la Deuxième Chance à Marseille, toutes ces actions et, bien d’autres encore, ont pu bénéficier pour leur mise en Å“uvre et leur développement de financements de l’Union européenne dans le cadre des fonds structurels. Les auteurs de ce rapport montrent bien les difficultés qu’ont rencontrées ces organismes qui agissent le plus souvent dans le secteur de l’insertion, pour constituer des dossiers de financement, pour les défendre devant les commissions ad hoc et pour finalement réussir à percevoir ces subventions. Ces difficultés expliquent, en partie, le fait que, jusqu’à ces dernières années, la France ait largement sous-utilisé les fonds structurels mis à sa disposition. Les acteurs locaux interrogés indiquent cependant que ces fonds leur ont permis d’apporter un supplément de qualité à des projets qui auraient existé en valorisant le travail en réseau et en mettant en valeur une culture de la qualité, de l’évaluation et du travail par objectif. 1301
Canada, un regard critique
CNBES, Revenus de bien-être social 2004, Rapport printemps 2005 du Conseil national du bien-être social. CNBES, 112 Kent Street, Place de Ville, Tour B, Ottawa K1A0J9, Canada. Printemps 2005, 116 p. www.ncwcnbes.net
Ni tout à fait le Centre d’études des revenus et des coûts (CERC), ni tout à fait le Conseil national de lutte contre les exclusions (CNLE), le Conseil national du bien-être social canadien donne son avis sur les bas revenus et les politiques menées pour améliorer la situation des personnes pauvres. Organisme consultatif placé auprès du gouvernement fédéral, il présente la caractéristique d’être composé de bénéficiaires d’aide sociale, de locataires de logements publics ainsi que de travailleurs sociaux et de bénévoles. On reconnaît bien là le souci des Canadiens de faire participer les personnes défavorisées à la mise en Å“uvre des politiques les concernant. C’est sans doute ce même souci qui nous conduit parfois à traverser l’Atlantique en quête de nouvelles idées propres à améliorer nos pratiques. De ce point de vue, le dernier rapport du CNBES ne manquera pas de doucher quelques enthousiasmes. Il apparaît à sa lecture que les prestations de bien-être social – ce qui correspond à un mélange de notre aide sociale et des minima sociaux –, sont, non seulement très basses et insuffisantes pour permettre à leurs bénéficiaires de passer au-dessus des seuils de pauvreté, mais qu’elles ont été réduites au cours des dernières années. L’examen par le Conseil de cinquante-deux prestations proposées à quatre type de ménages dans les treize provinces et territoires du Canada montre que quarante-cinq d’entre elles ont diminué en 2004. Plus intéressant pour un Français qui regarde avec circonspection ou intérêt la décentralisation des politiques sociales, le rapport montre les profondes disparités tant dans les conditions d’accès que dans le montant des aides d’une province ou d’un territoire à l’autre. Les lecteurs de cette rubrique soucieux de suivre les politiques sociales au Canada garderont précieusement l’adresse Internet du site du CNBES, ils y trouveront régulièrement de passionnants rapports en français. 1302
Livia VELPRY, Vivre avec une maladie mentale, CESAMES, Centre de Recherche Psychotropes, Santé Mentale, Société. CNRS. UMR 8136. INSERM U 611. Université René-Descartes, Paris V, 45 rue des Saints-Pères, 75270 Paris cedex 06, mai 2005, 193 p. www.cesames.org
Parce qu’ils présentent des troubles mentaux suffisamment graves pour mettre en péril leur vie quotidienne, des hommes et des femmes viennent régulièrement dans ce centre médico-psychologique. Ils y rencontrent des professionnels, médecins ou non, prennent des médicaments et s’en retournent chez eux jusqu’à la prochaine visite. Livia Velpry tente, dans ce passionnant rapport, de décrire, de l’intérieur, ce qu’est le travail psychiatrique. De l’intérieur, cela signifie d’essayer de comprendre comment les soignants justifient le caractère thérapeutique de leurs interventions, lorsqu’il s’agit pour eux d’amener le patient à devenir un agent de son propre changement, ou plus simplement de maintenir un lien avec lui, ou encore d’accueillir la folie et la souffrance de ce patient. De l’intérieur, cela signifie aussi de rendre compte du point de vue du patient. En prenant appui sur des entretiens avec des personnes malades, l’auteure, rejoignant des travaux sur les malades chroniques, montre que les patients utilisent des postures différentes. Tantôt ils privilégient une coopération étroite avec les soignants, tantôt ils usent de leurs autres inscriptions sociales pour prendre du recul par rapport au travail psychiatrique, et donc par rapport à leur maladie. Au fil de ces entretiens, Livia Velpry rencontre une question de méthode bien intéressante. Comment utiliser des entretiens à caractère sociologique dans lesquels les locuteurs fournissent parfois des informations aux limites du délire ? La réponse à cette question n’est qu’esquissée mais elle mériterait d’être travaillée dans des situations qui ne relèvent pas toujours de la psychiatrie. 1303
Françoise CHAMPION, Les psychothérapeutes en recherche de reconnaissance professionnelle. La difficile construction d’une légitimité professionnelle, CESAMES, Centre de Recherche Psychotropes, Santé Mentale, Société. CNRS UMR 8136 – INSERM U 611. Université René-Descartes, Paris V, 45 rue des Saints-Pères, 75270 Paris cedex 06, Juin 2005. 104 p. www.cesames.org
Qui peut inscrire le titre de psychothérapeute sur sa carte de visite ? On se souvient des vifs débats autour de l’amendement présenté en octobre 2003 par le député Bernard Accoyer qui réservait le droit d’exercice de la psychothérapie aux médecins et aux psychologues. Ce texte ne pouvait satisfaire une large partie des psychanalystes non médecins et encore moins les psychothérapeutes regroupés en trois associations. Mettant l’accent sur des compétences spécifiques qui reposent sur quatre piliers : la pratique d’une psychothérapie personnelle approfondie, une formation théorique et pratique, la supervision de leur exercice professionnel et la reconnaissance par leurs pairs, ces psychothérapeutes s’inscrivent depuis plusieurs années dans une démarche de reconnaissance professionnelle. Pour ces professionnels en devenir, il s’agit bien de construire une nouvelle réponse aux demandes d’aide de la population, réponse qui se distingue de celle apportée par les médecins et les psychologues, y compris les psychologues cliniciens. À côté des psychiatres, des psychologues et des psychanalystes, un champ nouveau apparaît, celui des psychothérapeutes. La recherche de Françoise Champion montre qu’il s’agit plus souvent de femmes engageant une seconde étape de leur vie professionnelle après une première phase consacrée fréquemment aux métiers de la santé et du social. Certaines approches comme l’analyse transactionnelle, la gestalt-thérapie, les approches systémiques sont bien connues dans le champ du travail social voire des lecteurs d’hebdomadaires à fort tirage, d’autres restent plus confidentielles. La majorité s’inscrit dans une perspective humaniste et relationnelle assez éloignée des thérapies cognitivo-comportementales. Cette recherche est passionnante d’un double point de vue. Elle éclaire d’abord un phénomène bien analysé pour les travailleurs sociaux, celui de la construction des identités et des légitimations professionnelles. Elle analyse ensuite les recompositions des multiples interventions dans le champ de la souffrance psychique et de la santé mentale. 1304
Santé périnatale en Auvergne
Nicole MAMELLE, Didier LEMERY, Organisation en réseau de soins périnatals. Réseau de santé périnatale d’Auvergne, INSERM, U 369 Faculté de médecine RTH Laennec, 7-11 rue Guillaume Paradin, 69372 Lyon cedex 08. Décembre 2004. 276 p.
Le secteur de la santé publique réussit souvent ce que le social peine à réaliser, c’est-à-dire la production d’études et de recherches en maillant les compétences et en faisant se rejoindre les institutions. Si ce rapport est présenté avec la signature de deux auteurs principaux, il résulte d’une collaboration entre une unité INSERM et le réseau de santé périnatale d’Auvergne en association avec l’institut de psychologie de l’université de Lyon II, le laboratoire de santé publique de l’université de Clermont-Ferrand, ainsi que l’observatoire régional de la santé d’Auvergne, auxquels il faut ajouter l’Association des utilisateurs de dossiers informatisés en pédiatrie, obstétrique et gynécologie (AUDIPOG). Le second intérêt de ce rapport est méthodologique. Comment rendre compte et même évaluer le fonctionnement d’un réseau ? Entretiens avec les utilisatrices du réseau et les différents professionnels, analyse des dossiers, approches épidémiologiques, comparaisons avec les résultats obtenus sur d’autres territoires ou au niveau national, le rapport présente aussi bien les grilles d’enquêtes que les résultats. Si les résultats de cette recherche ne permettent pas de conclure de façon totalement certaine au fait que la régionalisation des politiques de santé contribue à l’amélioration de l’état de santé des femmes et des enfants, ils constituent une réelle avancée méthodologique sur ce chemin. 1305
Prévenir, de quoi parlons-nous ?
Gérard NEYRAND, Michel DUGNAT, Georgette REVEST, Jean-Noël TROUVE, Quelle prévention des troubles de la relation parentale précoce ? Acteurs et contexte institutionnel, CIMERSS, 175 rue Fernand-Canobio, 13320 Bouc-Bel-Air. Avril 2003. 171 p. cimerss@wanadoo.fr
Éviter de tomber malade est une perspective fortement désirée. Ne nous étonnons pas alors que les discours préventifs soient aussi consensuels et appartiennent à notre imaginaire thérapeutique le plus commun. La complexité s’accroît lorsque les déclarations d’intention doivent être dépassées. Faut-il, par exemple, faire en sorte que les symptômes de la maladie ou du mal-être soient rendus compatibles à l’environnement social et psychique des personnes ? Ou pense-t-on que cela n’est pas suffisant et qu’effacer le symptôme n’est pas traiter le problème de la personne ? On devine bien là deux directions très différentes pour les démarches préventives. Dans un cas, la prévention n’est qu’un masque, dans l’autre, elle risque d’être un puits sans fonds dans lequel s’épuiseraient les politiques et les institutions. Nous savons bien par ailleurs que la médecine sait répondre, et sans doute de mieux en mieux, aux demandes de traitement symptomatologique. On pourrait ainsi imaginer la généralisation d’une prévention construite uniquement sur la base d’une démarche épidémiologique et d’un dépistage des troubles, accompagnés d’une recherche d’adaptation des personnes à leur environnement. Ce n’est pas la direction défendue par les auteurs de ce rapport qui proposent plutôt de revaloriser une approche clinique des symptômes s’appuyant sur une lecture analytique des situations. Que ce rapport prenne appui sur le traitement des troubles de la relation précoce parent-enfant dans les quartiers du nord de Marseille est intéressant mais moins déterminant que la réflexion stimulante qu’il propose sur la place actuelle de la prévention et son devenir. 1306
ATD, Rapport moral 2004, Mouvement international ATD Quart Monde, 95480 Pierrelaye. Mai 2005. 126 p. www.atd-quartmonde.asso.fr
Le mouvement Aide à Toute Détresse suscite des réactions contradictoires. Le militantisme très actif de ses membres, son ancrage religieux, sa vision d’une pauvreté principalement familiale et ses interpellations publiques irritent quelquefois les professionnels de terrain. A contrario, la constance de cette association à rappeler l’existence de la pauvreté, y compris dans les moments où le sujet n’est pas à l’ordre du jour, la continuité de la présence des volontaires dans certaines cités et quartiers, l’accent mis sur l’accès à l’éducation et à la culture confèrent à ATD une spécificité toujours reconnue et souvent appréciée. Organisé en trois chapitres qui rendent compte des orientations fondamentales du mouvement : apprendre des plus pauvres, garantir le droit de vivre dignement en famille et mobiliser les citoyens, en dépit de son titre très administrativo-institutionnel, le rapport 2004 constitue une bonne introduction à la réalité et à la diversité des actions et des interventions menées par ATD en France et dans les autres pays. 1307