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I.S.B.N.sans
148 pages

p. 21 à 21
doi: en cours

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Partie 1 : Interrogations sur la sanction pénale – La pensée de…

n° 127 2005/7

2005 Informations sociales Partie 1 : Interrogations sur la sanction pénale – La pensée de…

Cesare Beccaria (1738-1794)

Julien Damon
Aristocrate italien – marquis de son état, éduqué chez les jésuites – Cesare Beccaria est souvent présenté comme un des premiers jalons de la criminologie et un des inspirateurs, humanistes, de certaines dimensions des systèmes pénaux contemporains.
Il publie, à vingt-six ans, son unique traité, Des délits et des peines. Dénonçant les lois injustes, appelant à une correspondance entre les sanctions et les crimes, proposant des peines sûres mais douces, ce livre, qui n’est pas signé (de crainte de représailles politiques), frappe l’opinion dans l’Europe des Lumières.
Considérant l’homme comme un être doué de libre arbitre et de raison, Beccaria envisageait les actions humaines comme prévisibles et contrôlables. Son ambition réformatrice était de revoir les lois et les peines criminelles, pour dépasser les passions, en mettant en place un système général pour “le plus grand bonheur du plus grand nombre”. À ce titre, des formes rationnelles et modernes de punition devaient être créées. Contre la cruauté et l’arbitraire de son temps en matière de justice – dont il repérait et dénonçait par ailleurs l’inefficacité – Beccaria a énoncé une série de principes qui ont été largement traduits dans nombre d’édifices judiciaires actuels : des lois mises en place par le législateur, la limitation maximale des possibilités d’interprétation des textes, la capacité pour un accusé de récuser des jurés, des lois connues de tous, le principe d’égalité devant la loi, etc.
Beccaria est avant tout internationalement connu, célébré (surtout) et critiqué (parfois) pour l’établissement de deux grands principes : les peines doivent être certaines et promptes. La certitude d’une peine, même modérée, fera toujours plus d’impression que la peur d’une autre, même plus terrible, mais qui serait souvent inappliquée. Il avançait ensuite que “plus la peine est rapide, plus elle est proche du crime, plus elle est juste et utile”.
Refusant la torture, pour son inhumanité, son inutilité et sa probable inefficacité, Beccaria a également été un des premiers forts opposants à la peine de mort, d’abord pour des raisons pratiques. La perspective d’une mort rapide serait moins dure que celle d’un emprisonnement long et d’une privation totale de liberté. “Si je prouve que cette peine n’est ni utile ni nécessaire, écrit Beccaria, j’aurai fait triompher la cause de l’humanité.
Encore cité sur des sujets très actuels, Beccaria était, par exemple, très réticent à l’idée de législations interdisant le port d’arme, en vertu de l’argument fort selon lequel les premiers à se désarmer sont les plus enclins à suivre la loi et, partant, deviennent des victimes potentielles plus vulnérables pour des délinquants ou des criminels qui ne se désarmeraient pas…
Amorçant les mouvements abolitionnistes et un courant d’idées sur la rééducation, Beccaria (qui dispose de sa statue à Milan) avait noté, sur un autre plan, qu’“une nation heureuse n’avait pas d’histoire”. Une formule qui n’a rien à voir avec l’humanisation du droit pénal, mais que méditent bien des peuples et bien des gens…
·  Des délits et des peines, 1764.
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