2005
Informations sociales
Partie 2 : Quelques registres de la sanction – ••• en contrepoint
La médaille comme sanction
Alain Vulbeau
D. Pascal, La folie des médailles et décorations, Paris, Flammarion, 2003
Le terme “sanction” évoque plutôt les punitions que les récompenses, c’est pourquoi il peut être intéressant de faire un détour par cette seconde signification en évoquant le monde bien particulier des médailles et des décorations.
Il faut rappeler que les récompenses militaires ou civiles ont existé de tous temps, revêtant de multiples formes : couronnes, monuments, insignes, rubans, colliers, plaques, palmes, etc. Cependant, les médailles, et plus précisément les médailles pendantes, ont peu à peu monopolisé l’imagerie de la décoration.
Historiquement, elles sont les marques distinctives des ordres de chevalerie qui se sont développés à partir des croisades. Parmi ces grands ordres, il faut retenir l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, créé par Louis XIV, et qui devint, à partir de 1802, la Légion d’honneur. Pour Napoléon, il s’agissait de récompenser toute personne méritante, quel que soit son statut social. Divisée en grades, la Légion d’honneur compte dans ses rangs des chevaliers, des officiers, des commandeurs, des grands officiers et des grand-croix. Il existe, de plus, un grand collier de l’ordre national de la Légion d’honneur, attribué aux seuls présidents de la République.
Cette sanction positive en entraîne d’autres, en cascade : ainsi, la possession de la Légion d’honneur ouvre l’accès à des établissements scolaires prestigieux, connus sous le nom de maisons d’éducation. La plus célèbre est celle de Saint-Denis, ouverte seulement aux jeunes filles.
À côté de cette décoration particulièrement célèbre, il en existe d’autres, moins prestigieuses ou plus ciblées. Ainsi, l’ordre national du Mérite, créé en 1963 par C. de Gaulle, compte également cinq grades. Il fut institué pour remplacer des “mérites” spécialisés relevant d’une quinzaine de ministères et simplifier la gestion des récompenses. Des publics restreints ont pu bénéficier de la médaille des Orphelins de l’armée de l’air, de celle des Sapeurs-pompiers, du Travail, ou de la Jeunesse et des Sports, sans oublier la médaille de la Société industrielle de Rouen.
Enfin, notons deux sanctions en relation avec le port des médailles : l’une punit le port illicite de décorations d’une peine de prison ; l’autre, à l’inverse, consiste à refuser la décoration, comme l’ont fait, pour la Légion d’honneur, George Sand, Hector Berlioz, Gérard de Nerval, Jean Monet et quelques autres.