2005
Informations sociales
Partie 1 : Une démarche prospective – en contrepoint
Raconter l’avenir
Caroline Helfter
À la différence des méthodes de prévision qui, partant du principe que “tout se répète, tout se ressemble et tout continue”
[1],
reposent sur le précédent, l’analogie et l’extrapolation, la technique des scénarios consiste à imaginer plusieurs versions possibles de l’avenir. Après avoir recueilli les faits pertinents et identifié les questions qui se posent, il s’agit d’élaborer différents récits alternatifs, explique Thierry Gaudin, président de l’association Prospective 2100
[2]. Pour définir ces scénarios, on explicite trois ou quatre facteurs clés sur lesquels se donner des hypothèses contrastées, précise-t-il. Ainsi, dans le cas d’une étude prospective sur les nanotechnologies réalisée en 2004 pour la Commission européenne, les trois facteurs retenus ont été les suivants : la recherche de compétitivité ou la recherche de bien-être social et environnemental ; l’Europe cherche à imiter les États-Unis ou à s’en différencier ; le public a confiance dans la science et la technologie ou s’en méfie. Le travail sur ces variables a permis de construire quatre scénarios : compétitivité et confiance dans la science, avec imitation des États-Unis dans un cas ou différenciation de ce pays dans un autre ; bien-être social et environnemental et différenciation des États-Unis, avec confiance ou bien avec défiance dans la science et la technologie, pour les deux autres schémas.
Très utilisée dans le monde anglo-saxon, cette méthode des scénarios présente néanmoins, selon Thierry Gaudin, le défaut d’aboutir à des productions souvent conformistes, surtout lorsque leurs auteurs sont eux-mêmes impliqués dans l’action. “En général, souligne le spécialiste, les idées fortes, qu’elles constituent des alertes ou des espoirs, sont laminées lors de la présentation des scénarios. Bien plus, lorsqu’un scénario, bien que fondé, dérange les présupposés et met les dirigeants dans l’inconfort, il est ignoré.” Autrement dit, il ne suffit pas de faire preuve de créativité pour explorer l’avenir, il faut aussi déployer des trésors d’imagination dans la manière de présenter son récit… À cet égard, le recours à des “jeux de l’utopie”, comme outils d’élargissement de la conscience, sont bien utiles en prospective, ajoute Thierry Gaudin. Dans le pays d’utopie, la parole se libère : on peut se permettre de dire des choses et de jouer des rôles qu’il ne serait pas possible d’endosser dans le réel, cependant que, par une évidente transposition, l’analyse de la réalité se fait alors d’elle-même.
[1]
Selon une formule de Gaston Berger, l’un des pionniers français de la prospective.
[2]
La prospective,
PUF, coll. “Que sais-je ?”, 2005, 126 p., 8 euros.