Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 41 à 42
doi: en cours

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Partie 2 : Vers quelle société ? – en contrepoint

n° 128 2005/8

2005 Informations sociales Partie 2 : Vers quelle société ? – en contrepoint

Sonder l’avenir

Paule Paillet

Bernard Cazes, Histoire des futurs, Seghers, 1986

Les habitants – mortels – d’une planète à terme périssable se sont toujours penchés sur leur possible futur. Pourquoi cet appétit d’investigation ? On peut le mettre au compte d’une curiosité active. Et plus encore d’une volonté de maîtrise prospective des événements. Il s’agit là d’une affirmation de la liberté de l’homme. Imposer son empreinte sur l’avenir, c’est nier que les événements s’engendrent inévitablement par une sorte de maturation, d’accumulation de causes et d’effets contre quoi nous ne pouvons rien. C’est refuser le fatum. D’innombrables théoriciens se sont attaqués au problème, s’interrogeant sur l’éventuelle reproduction du passé. Ils se sont parfois aidés d’hypothèses alternatives. Que se serait-il passé si l’Invincible Armada n’avait pas sombré sur les côtes écossaises ? Trotski éliminant Staline aurait-il évité l’implosion de l’URSS ? Mais ces jeux sur la prédiction se heurtent à l’impact têtu des faits avérés et ont peu de pouvoir pour éviter l’inéluctable, pour fournir aux décideurs des critères d’action valides.
Façonner le futur, ce peut être aussi le rêver. La science-fiction jongle avec les années-lumière, opère gaillardement la transplantation des terriens menacés à travers le cosmos. Donner l’éternité à notre race, n’est-ce pas annihiler l’angoisse de la finitude ? Des convictions qui relèvent davantage de l’éthique que d’une analyse socio-économique rigoureuse alimentent la science-fiction en visions très noires.
Les Alphas plus de Huxley dans Le meilleur des mondes s’assurent une mainmise, perversement induite, sur les sous-hommes Epsilons. Le Big Brother d’Orwell dans 1984, c’est la métaphore d’un pouvoir panoptique qui émascule la liberté des citoyens. Huxley, Orwell : on peut imaginer que ces mondes infra-humains résultent d’une incapacité foncière à avoir résolu les conflits nés du désir d’accaparer la richesse et la puissance. Conflits que les inévitables utopies ont précisément inlassablement essayé d’éviter…
Le marxisme, lui, s’est incarné. Il a offert à l’histoire sa volonté humaniste. Et l’histoire l’a durement reçue. Il était pourtant fondé sur un postulat qui ne devait rien à l’imagination romanesque : l’analyse dialectique structurelle de la lutte des classes. Lénine, dans L’État et la révolution, annonçait la dégénérescence de l’État suppôt de la bourgeoisie comme la royauté avait été celui de la féodalité. Le message messianique marxiste promettait de purger les psychismes des séquelles de l’aliénation. On sait ce qu’il en est advenu.
Qui voudra mesurer l’étendue du champ exploré par la passion prospective devra lire le livre de Bernard Cazes, Histoire des futurs. L’auteur présente un panorama quasi exhaustif des tentatives pour élucider le futur et/ou l’orienter. Tentatives faites par des philosophes, des économistes, des politiques, des poètes. Le lecteur est invité à une visite guidée par des parcours bien balisés. C’est une aventure passionnante.
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