Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 55 à 56
doi: en cours

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Partie 2 : Vers quelle société ? – en contrepoint

n° 128 2005/8

2005 Informations sociales Partie 2 : Vers quelle société ? – en contrepoint

Prédiction et prévision

Alain Vulbeau
Régulièrement, les médias se font l’écho des pratiques divinatoires auxquelles se livreraient les hommes politiques. Avides de connaître l’avenir, nos décideurs se serviraient moins de techniques rationnelles de prévision que des prédictions des astrologues. Des publicités proposent d’ailleurs, sur Internet, des services de prévisions intéressant le champ de la politique, en dressant la carte du ciel de tel ou tel pays : selon l’heure de rencontre de certains astres, les tendances de l’année à venir apparaîtront dans la catégorie dite “politique et affaires”.
Parmi les exemples récents vient tout de suite à l’esprit le cas d’Élisabeth Teissier, qui fut la “voyante” du président Mitterrand. Cette situation est intéressante car elle s’est située à la frontière de deux mondes qui la plupart du temps s’ignorent : les sciences humaines et les croyances astrologiques. On se souvient qu’en avril 2001, Élisabeth Teissier soutint et obtint une thèse de sociologie en Sorbonne, sous la direction de Michel Maffesoli et sous la présidence de Serge Moscovici.
Les semaines suivantes, la polémique enfla, au point que des scientifiques de diverses disciplines, comme J.-C. Pecker, astrophysicien, J. Audouze, directeur du palais de la Découverte, ou comme les sociologues C. Baudelot et B. Lahire, demandèrent un réexamen de la thèse. Des prix Nobel français saisirent J. Lang, ministre de l’Éducation de l’époque, s’inquiétant de l’éventuelle ouverture d’une chaire d’astrologie à la Sorbonne. L’enjeu du débat était de déterminer si cette thèse était sur l’astrologie ou pour l’astrologie, si la recherche visait la connaissance rationnelle d’un fait social ou tentait de transférer un statut scientifique à un objet irrationnel. Bref, si l’on se trouvait devant une imposture plaçant la prescience au même niveau que la science.
La commission, après examen du document d’Élisabeth Teissier, rendit un verdict sans ambiguïté : il ne s’agissait pas d’une thèse en sociologie mais d’un plaidoyer “mal camouflé” pour l’astrologie. Si ce comité a estimé que la soutenance avait été une “farce”, ce n’est pas du fait que la voyance ne pourrait pas constituer un objet d’étude, mais parce qu’il fallait garder la spécificité de la posture sociologique pour analyser un fait social quel qu’il soit.
Si l’on se dégage de cet événement ponctuel et que l’on tente de prendre le point de vue des décideurs politiques, on peut évidemment penser que la tentation est grande de passer des prudences prévisionnelles et parfois des divergences entre scénarios de la prospective au réconfort (ou aux frayeurs) de l’imaginaire astrologique. Autrement dit, de modifier la sentence bien connue “Gouverner, c’est prévoir”, en une adaptation irrationnelle qui pourrait se formuler ainsi : “Gouverner, c’est prédire”.
Sources : wwww. pseudo-sciences. org.
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