Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 75 à 76
doi: en cours

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Partie 2 : Vers quelle société ? – en contrepoint

n° 128 2005/8

2005 Informations sociales Partie 2 : Vers quelle société ? – en contrepoint

La bioéthique en question

Paule Paillet
Quand la science touche au destin biologique de l’humanité, soit pour l’élucider, soit pour le modifier, on entre dans le domaine de l’éthique (ou de l’éthiquement correct) et des questionnements : qu’est-il loisible de faire sans attenter à la dignité de la personne humaine ? Comment définir les objectifs souhaitables ? Lesquels privilégier ? Comment éviter les dérives de l’économie libérale vers la rentabilité et la commercialisation des brevets ? Le développement de la recherche implique le souci de rester attentif aux risques d’instrumentalisation du vivant et de donner un encadrement, les lignes à ne pas franchir. En 1997, l’UNESCO publie une “déclaration universelle du génome humain et des droits de l’homme”, le génome sous-tendant “l’unité fondamentale du patrimoine de l’humanité”. L’Organisation mondiale de la santé et le Conseil de l’Europe multiplient des recommandations, énoncent des interdits qu’ils tempèrent pour ménager la liberté de la recherche : pas de recherches sur l’embryon humain, par exemple, mais que faire des 200 000 embryons surnuméraires qui ne seront jamais réimplantés ? Combien de temps les conserver ? La difficulté à laquelle se heurte la protection du sujet au cÅ“ur de la recherche biomédicale est d’ordre philosophique. Dès qu’un spermatozoïde a investi le territoire d’un ovule, l’a fécondé, tout le potentiel génétique est là. Mais à partir de quel stade de la différenciation cellulaire peut-on parler d’un être humain à traiter comme un sujet et non comme un objet d’étude ou d’expérimentation ? L’éthique a moins de mal à trancher des problèmes plus évidents : refuser le transfert entre les espèces, la possibilité de fabrication de chimères, ces organismes sans unité formés d’éléments hétéroclites, semble aller de soi. Mais qu’en est-il du clonage, reproduction à l’identique sans intervention sexuelle ? Il reste interdit, mais pour combien de temps, en ce qui concerne notre espèce ?
La prédictibilité des incidences relatives au progrès dans les processus de reproduction demeure aléatoire. En 1978, quand le premier bébé éprouvette par insémination artificielle est né, on lui avait prévu le pire. Il n’en est apparemment rien advenu. Et les PMA sont devenues de plus en plus sophistiquées, venant à bout des carences condamnant à la stérilité (les couples accentuant leur pression sur les gouvernements, exigeant non seulement la possibilité d’enfanter mais aussi le droit de tenter d’enfanter malgré la faible chance de réussite). Cette forme de maîtrise de la procréation est l’apanage des pays riches. Il serait pourtant injuste de nier les avancées du génie génétique et les espoirs thérapeutiques qu’il promet, notamment au plan de la médecine prédictive qui rend possible de déceler l’anomalie cause de handicap liée à l’hérédité. Car c’est précisément ce à quoi la médecine régénérative tente de remédier. Dans pareils cas, une voie prometteuse est ouverte à la science.
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