2006
Informations sociales
Le social en recherche
Le social en recherche
— Georges FAHET, Françoise CAYLA, Nadège DROUOT, Nathalie SIMONNOT, Guillaume FAUVEL, Rapport de l’observatoire de l’accès aux soins, Mission France de Médecins du monde, 62 rue Marcadet, 75018 Paris, Juillet 2005,195 p. wwww. medecinsdumonde. org
Générations une, deux, trois...
Dominique MEURS, Ariane PAILHE, Patrick SIMON, Mobilité intergénérationnelle et persistance des inégalités. L’accès à l’emploi des immigrés et de leurs descendants en France., Document de travail, nËš 130. Institut national d’études démographiques, 133 boulevard Davout, 75020 Paris. 2005, 35 p.
Il arrive que l’actualité la plus brûlante et la recherche se rejoignent, la seconde permettant de mieux comprendre les raisons de la première. Une toute récente publication de l’INED s’interroge sur le devenir des enfants de migrants de la seconde mais aussi de la troisième génération. Les études quantitatives portant sur les trajectoires intergénérationnelles sont rares en l’absence de données sur les origines des parents dans les grandes enquêtes nationales comme le recensement. Contournant cette difficulté par l’usage d’enquêtes moins classiques comme l’enquête Génération du Cereq ou les enquêtes “Histoire de vie” et “Etude de l’Histoire familiale”, les auteurs de ce rapport montrent que de génération en génération, en dépit d’une amélioration des niveaux scolaires, la vulnérabilité au chômage est restée très forte. La naissance en France ou la socialisation précoce n’améliorent pas la situation ultérieure sur le marché du travail. En comparant les différentes caractéristiques de niveau de formation, d’âge, de sexe, de région d’habitation, seule la variable discrimination permet d’expliquer cette sur représentativité du chômage, y compris pour les jeunes femmes. L’analyse des emplois précaires permet de montrer qu’elle atteint surtout les immigrés originaires du Maghreb, de la Turquie et de l’Afrique sub-saharienne. Pour les enfants d’immigrés, l’entrée dans la fonction publique pourrait être un signe de promotion, mais là encore, les immigrés, hommes comme femmes, sont sous- représentés dans les trois fonctions publiques (État, collectivités locales et hôpitaux), et lorsqu’ils travaillent dans ce secteur, c’est plus souvent que les autres dans des conditions précaires. 1317
Michel DESTEFANIS, Elisabeth DUGUE, Catherine MATHEY-PIERRE, Barbara RIST, Dans une zone urbaine sensible : les acteurs de l’éducation et de l’insertion des jeunes “en difficulté”, Centre d’Etudes de l’Emploi, Le Descartes, 29 promenade Michel-Simon, 93166 Noisy-le-Grand. 232 p. + annexes, octobre 2005
Comment se structure et fonctionne le social dans un quartier sensible du "neuf-trois" ? Que deviennent les métiers et les pratiques de travailleurs sociaux qui usent et s’usent d’un partenariat sans répit avec les autres personnels des collectivités locales, les formateurs et tous les membres des nouveaux métiers apparus au fil des politiques d’insertion et de la ville ? Les auteurs de cette recherche répondent à ces questions en décrivant le système d’action sociale local constitué dans une zone urbaine sensible. Long et dense, ce rapport est toujours passionnant tant il met en tension les questions qui traversent le social et, sans doute bien au-delà, les questions liées à ce qui serait un modèle d’intégration à la française. Comment agir dans ces situations ? Replié sur son cÅ“ur de métier mais en prenant le risque d’apporter des réponses qui ne coïncident pas avec les demandes de la population en quête de travail et d’emploi ou alors tenter de trouver des réponses plus vastes mais sans avoir de cadre structurant de l’action ? Plus profondément, le rapport décrit des professionnels qui s’interrogent sur les fondements de leur action auprès d’une population d’origine étrangère. Faut-il appuyer son intervention sur un accès identique pour tous ou tenter un aménagement communautaire ? Ces questions ne concernent pas que les travailleurs sociaux. Le personnel enseignant du collège confronté à une demande d’éducation plus que d’enseignement comme les conseillers de l’ANPE font état des mêmes constats. Comment répondre au plus près des besoins de la population tout en restant inscrits dans les politiques sociales, alors que l’on assiste à un décrochage socio-économique de la zone qui rend plus difficile les conditions d’insertion ? Un rapport qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses mais où chaque question est source de réflexions. 1318
La pauvreté, année après année
Secours catholique, Logement : révélateur d’exclusion. Statistiques d’accueil 2004., Secours Catholique, Caritas France, 106 rue du Bac, 75431 Paris cedex 07. 85 p., novembre 2005. www.secours-catholique.asso.fr
Cela fait maintenant onze années que le Secours Catholique dresse un portrait de la France pauvre. L’image n’est pas complètement représentative puisqu’elle est composée de l’ensemble des personnes qui s’adressent aux permanences de cette association. 67 000 bénévoles regroupés dans 4000 équipes rurales et urbaines ont accueilli en 2004 quelque 650 000 situations, soit 1 500 000 personnes dont 810 000 adultes et 690 000 enfants. Mis en perspective avec les années précédentes, ces chiffres ne disent par l’accroissement quantitatif de la pauvreté, mais plutôt son approfondissement. Les pauvres rencontrés en 2004 ne sont pas plus nombreux, mais ils sont un peu plus pauvres, un peu plus âgés, ils appartiennent un peu plus à des familles monoparentales dans lesquelles les pères seuls sont un peu plus nombreux. Au premier rang de cet appauvrissement figure la baisse de l’indemnisation dans les situations de chômage, vient ensuite le fait qu’en monnaie constante le montant du revenu mensuel moyen diminue, tout comme le revenu minimum d’insertion. Mais la tension la plus forte résulte des inflexions du marché du logement. Les loyers augmentent et les aides perdent de leur pouvoir solvabilisateur. La France se clive entre le nord où le parc social reste plus dense et le sud où les situations de logement précaire sont les plus nombreuses. La seconde partie du rapport, moins analytique, reprend les principaux indicateurs nationaux et les décline région par région. 1319
Emplois et logements palliatifs
Geneviève DECROP et coll., Dossier annuel 2005, Mission régionale information Rhône-Alpes sur l’exclusion, 14 rue Passet, 69007 Lyon. Novembre 2005, 202 p.
Depuis près d’une trentaine d’années, la question de l’accès ou de la perte d’emploi est devenue centrale pour rendre compte de la pauvreté et de la précarité des ménages. Comment vivre au quotidien au chômage, sans ressources, lorsqu’il faut payer les courses, rembourser les crédits, régler le loyer et les charges ? Cette spirale a été souvent décrite par les professionnels du secteur social et les militants associatifs. Une nouvelle séquence semble apparaître qui place au premier rang des ruptures l’impossibilité d’accéder à un logement décent, voire même à un logement. La décohabitation massive des couples et des familles, la demande sociale de logements plus grands, l’essoufflement des politiques publiques constituent des motifs forts de tension sur le marché de l’habitat. La pauvreté serait alors d’appartenir à cette zone grise entre la rue et le logement décent. Zone grise aussi entre l’emploi et le non-emploi dans laquelle se retrouvent les quasi-chômeurs non indemnisés, découragés, ou encore ces personnes dans les multiples dispositifs sociaux, précaires, stagiaires, de l’emploi palliatif. Zones grises encore pour ces demandeurs d’asile déboutés, ces roms d’Europe centrale qui ne trouvent d’endroit pour se poser et se reposer. Le dernier rapport de la MRIE explore en profondeur ces zones de l’emploi et du logement qui restent des palliatifs à demeure. 1320
Jeunes, sept ans plus tard
Marie CHOQUET, Christine HASSLER, Delphine MORIN., Santé des 14-20 ans de la Protection judiciaire de la jeunesse, sept ans après., INSERM U.669 97 boulevard de Port-Royal, 75679 Paris cedex 14. Ministère de la Justice, Direction de la protection judiciaire de la jeunesse, 193 p.
En 1997, l’INSERM avait réalisé une étude épidémiologique auprès d’un échantillon de jeunes pris en charge par les services de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Sept années plus tard, Marie Choquet renouvelle cette démarche en proposant une enquête par auto-questionnaire à plus de 1300 jeunes entre 14 et 21 ans, relevant de la PJJ. Les jeunes de la PJJ sont majoritairement en difficultés scolaires, précocement déscolarisés et sans activités professionnelles. Si le sport n’est pas absent, les jeux vidéos sont omniprésents plus encore que la télévision. Les filles ont une vie relationnelle moins diversifiée et un sentiment de solitude plus important que les garçons. Avec l’âge, les jeunes se sentent de plus en plus seuls, la fugue est alors un comportement fréquent surtout chez les filles. Le rapport montre une population qui consomme des substances psycho-actives, en priorité du tabac et du cannabis mais aussi de l’alcool et toutes les autres drogues illicites. La violence fait partie de la vie quotidienne des jeunes de la PJJ, violence plus forte chez les 16-17 ans, et chez les filles. Les jeunes de la PJJ sont à la fois auteurs et victimes de violences. Les filles plus que les garçons ont été victimes de coups, de violences verbales et surtout de violences sexuelles.
Globalement la situation sociale familiale et scolaire des jeunes de la PJJ s’est plutôt améliorée depuis sept ans alors que les troubles comme les fugues, la consommation de drogues illicites, le sentiment de fatigue ont augmenté, les tentatives de suicide sont restées stables et les accidents et consommation de tabac et d’alcool ont régressé. Les jeunes semblent socialement mieux insérés en dépit d’un problème lourd d’intégration scolaire, particulièrement pour les filles. Ce n’est sans doute pas sans liens avec le fait qu’un nombre plus important des jeunes vivent dans des familles monoparentales de faible niveau d’étude. S’agissant du recours aux soins, Marie Choquet et son équipe constatent une augmentation tendancielle de la consommation médicale depuis sept ans. 1321
IDRH, Projet de mise en place d’un système de mesure de l’impact des dispositifs de lutte contre l’exclusion sur les usagers, Rapport final. Etude réalisée à la demande de la DGAS, ministère de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, 8 av. de Ségur, 75350 Paris 07. Septembre 2005, 48 p.
Un assez large accord existe chez les praticiens et les théoriciens de l’évaluation des politiques publiques pour admettre qu’il n’y a pas d’évaluation juste sans la participation des usagers des services. Deux questions restent alors en suspens. La première porte sur les formes de cette participation. Du questionnaire quantitatif et représentatif permettant de recueillir des faits et des opinions au groupe d’échanges peu formalisés, une large palette est à la disposition des gestionnaires de politiques et des évaluateurs. La seconde question porte sur le moment de cette participation. Alors que certains opérateurs préconisent une participation des usagers à tous les moments de l’évaluation, du lancement au rapport final, d’autres se limitent à recueillir les avis des usagers, sous une forme d’audimat. La dernière – ce fut aussi la première – conférence nationale de lutte contre les exclusions s’était, en partie, appuyée sur la parole de personnes en difficultés recueillie au cours de forums locaux. La société IDRH qui avait animé ce dispositif de forums locaux a prolongé ces travaux et propose une méthodologie plus précise, mieux documentée et, surtout, analyse les modalités de mise en Å“uvre de ces forums qui présentent l’intérêt de confronter la parole des professionnels et celle des usagers des dispositifs sociaux de lutte contre les exclusions. 1322
Banque de France, Enquête typologique 2004 sur le surendettement, 31 rue Croix-des-Petits-Champs, 75001 Paris, Septembre 2005, 35 p.
La Banque de France réalise tous les trois ans une enquête à partir des dossiers de surendettement. La dernière enquête porte sur 338 461 dossiers et ne tient pas compte de la nouvelle procédure de rétablissement personnel instituée par la loi du 1er août 2003, entrée en vigueur en 2004. Une majorité croissante des personnes surendettées sont célibataires, divorcées ou veuves, avec une personne à charge, au moins pour la moitié d’entre elles. Les ouvriers et les employés sont les plus nombreux parmi les surendettés. La perte d’un emploi, le divorce, la séparation ou le décès d’un conjoint restent les causes les plus fréquentes du surendettement avec l’accident ou la maladie. Les arriérés d’entretien du domicile et du loyer se font de plus en plus lourds et l’on constate une importance croissante des crédits de trésorerie. La part des crédits à la consommation et particulièrement des crédits revolving augmente aussi régulièrement. En règle générale, le surendettement apparaît plutôt lié aux ruptures et aux pertes d’emploi pour des ménages dont les revenus pour près de la moitié sont égaux ou inférieurs au SMIC, qu’à un accroissement démesuré de la dette. Les commissions qui ont à traiter des dossiers sont confrontées, dans les trois quarts des situations, à des capacités de remboursement inférieures au RMI. Les personnes ne sont pas des propriétaires ou accédants mais surtout des locataires. On a cru pendant longtemps qu’on ne prêtait qu’aux riches et qu’il fallait avoir les moyens de son surendettement, le dernier rapport de la Banque de France casse nettement cette image. 1323
Médecins du Monde en France
Georges FAHET, Françoise CAYLA, Nadège DROUOT, Nathalie SIMONNOT, Guillaume FAUVEL, Rapport de l’observatoire de l’accès aux soins, Mission France de Médecins du monde, 62 rue Marcadet, 75018 Paris, Juillet 2005,195 p. wwww. medecinsdumonde. org
Pour la cinquième année consécutive, la Mission France de Médecins du monde rend public le rapport de son observatoire. L’analyse statistique réalisée avec l’Observatoire régional de la santé de Midi-Pyrénées porte sur 20 641 personnes accueillies au cours de plus de 40 000 consultations médicales effectuées dans les centres d’accueil, de soins et d’orientation de cette association. Les patients de Médecins du monde sont majoritairement des hommes jeunes et de nationalité étrangère, venus le plus souvent de l’Algérie, du Maroc, de la Roumanie et du Cameroun. En grande précarité de logement, 80 % des personnes qui devraient bénéficier d’une couverture maladie au titre de la CMU ou de l’Aide médicale d’État, n’ont en fait aucun droit ouvert lorsqu’ils se présentent à Médecins du monde. Le rapport s’attarde longuement sur les blocages générés par la réforme de l’Aide médicale d’État. La suppression de l’immédiateté de l’accès à l’AME, l’obligation d’une domiciliation et d’une résidence ininterrompue de plus de trois mois en France ont eu des conséquences dramatiques pour les usagers des consultations humanitaires en 2004. Le rapport présente également des actions moins connues comme le programme de prévention et de dépistage de l’hépatite C à Paris, la mission Lotus Bus qui intervient auprès des personnes chinoises se prostituant à Paris ou encore les missions Squats à Lyon ou Sans domicile à Nice. 1324
ASE, petits pas vers la réforme
ODAS, Protection de l’enfance. Observer évaluer pour mieux adapter nos réponses., Rapport 2005 de l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée, 250 bis boulevard Saint Germain, 75007 Paris, Octobre 2005. wwww. odas. net
En 2004, 95 000 enfants ont fait l’objet d’un signalement aux services de l’enfance des conseils généraux, soit une hausse de 6000 par rapport à l’année précédente. Cette augmentation porte surtout sur les enfants considérés comme “en risque” plutôt que sur les enfants maltraités dont le chiffre reste stable sur les dernières années. Le rapport met l’accent sur les risques liés aux carences éducatives des parents plus que sur les environnements économiques et sociaux dans lesquels vivent ces familles. On regrettera que les données chiffrées ne permettent pas mieux d’expliciter ces analyses. Réalisé dans une période où une réforme de l’aide sociale à l’enfance commence à s’inscrire sérieusement sur l’agenda politique, ce rapport, dont on aurait aimé qu’il soit plus long, tente d’apporter sa pierre aux réponses à venir. L’ODAS insiste, une fois de plus, sur la nécessité d’un développement local harmonieux dans lequel les familles trouveraient leur place et leur équilibre. Plus pragmatique, la notion de “parcours en protection de l’enfance” désignant l’instauration d’une coordination solide des intervenants autour d’un même enfant, expérimentée par l’Odas dans 25 départements, pourrait figurer dans les bonnes pratiques d’une future réforme. 1325