Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 87 à 88
doi: en cours

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Partie 2 : Réalisations et perspectives – en contrepoint

n° 129 2006/1

2006 Informations sociales Partie 2 : Réalisations et perspectives – en contrepoint

Protection sociale : les cinq familles européennes

Caroline Helfter
Les systèmes de protection sociale en Europe diffèrent sensiblement selon les États, explique Bruno Palier, chercheur au Cevipof, qui les regroupe en cinq grandes familles [1]. Constituée des pays nordiques (Danemark, Suède, Finlande, Norvège, Islande), la première d’entre elles est celle qui a poussé le plus loin la logique universelle : la protection y est un droit de tous et la plupart des prestations, forfaitaires et d’un montant élevé, sont versées automatiquement dès qu’apparaît un besoin social. Dans les pays du deuxième groupe (Royaume-Uni, Irlande), si l’accès à la protection sociale n’est pas lié à l’emploi, seul le service national de santé (gratuit pour tous) est véritablement universel, souligne le chercheur. En ce qui concerne les prestations en espèces servies par le système public d’assurance nationale (en cas de maladie, de chômage et pour la retraite), leur montant – forfaitaire – est beaucoup plus bas qu’en Europe du Nord. D’où l’importance des assurances privées et des régimes de protection sociale d’entreprise, cependant que les personnes n’ayant pas pu suffisamment cotiser à l’assurance nationale perçoivent des prestations sous conditions de ressources. Dans les pays du centre du continent européen (Allemagne, Autriche, Bénélux et France), le niveau des prestations sociales est lié au niveau de salaire de l’assuré et les assurances sociales sont obligatoires, sauf dans le cas de la santé pour les revenus les plus élevés en Allemagne et aux Pays-Bas. Dans cette troisième famille d’États, l’essentiel du financement du système provient des cotisations sociales versées par les employeurs et les salariés, et non pas de l’impôt, comme dans les pays des deux premiers groupes. Cependant, pour les personnes qui ne sont pas ou plus couvertes par les assurances sociales, il existe un filet de sécurité de prestations minimales (sous conditions de ressources) qui est financé par des recettes fiscales. Relativement proches du modèle précédent, les pays de l’Europe du Sud (Espagne, Grèce, Italie, Portugal) s’en distinguent par plusieurs traits spécifiques : une grande hétérogénéité des différents régimes d’assurances sociales à base professionnelle (plus ou moins généreux selon les professions), le développement de services de santé nationaux à vocation universelle qui a commencé dans la décennie 1975-1985, et la mise en place progressive – et très tardive – d’un revenu minimal garanti. Dans les pays d’Europe centrale et orientale, enfin, après une période de lois sociales généreuses, au tout début des années quatre-vingt-dix, la plupart ont dû recourir à l’aide du FMI et de la Banque mondiale et se plier aux conditions de leurs bailleurs de fonds les obligeant, notamment, à privatiser une partie des systèmes de retraite et de santé. Aussi les pays de cette cinquième famille européenne se sont-ils engagés dans cette voie libérale où l’État doit se contenter d’une intervention minimale destinée aux plus pauvres, le degré de privatisation de leur système de protection sociale étant fonction de leur niveau d’endettement et donc de leur dépendance aux institutions financières internationales.
 
NOTES
 
[1]In L’état de la France 2005-2006, Éditions La Découverte, 2005, 446 p., 18,50 euros.
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In L’état de la France 2005-2006, Éditions La Découverte, 2...
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