2006
Informations sociales
Partie 3 : Les municipalités et leurs politiques sociales et familiales
Une dynamique intercommunale
Le rôle des CCAS
Daniel Zielinski
Délégué général de l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (UNCCAS) depuis plus de quatre ans, il a été, jusqu’en janvier 2004, président de la conférence plénière des Organisations internationales non gouvernementales (OING, associations internationales) du Conseil de l’Europe.
Le Centre communal d’action sociale (CCAS), en tant que service public de proximité, contribue à ce que la ville reste un lieu propice à l’épanouissement des familles, quelles que soient leurs difficultés matérielles, sociales ou financières. Pour autant, toutes les communes n’ont pas les moyens suffisants pour développer l’ensemble des services nécessaires aux familles. Dans ce contexte, la dynamique intercommunale est venue apporter des réponses nouvelles en montrant que l’une des solutions pour garantir l’accès de tous aux services dédiés à l’enfance et à la famille se trouve peut-être hors les murs.
Une nouvelle dynamique intercommunale vient bousculer l’action traditionnelle des CCAS, au cĹ“ur de l’action municipale. Les communes peuvent transférer aux Centres intercommunaux d’action sociale (CIAS) les actions relevant d’un niveau plus global. D’où une politique de partenariat, une logique de mutualisation des moyens, une solidarité entre communes : un véritable projet de territoire.
La participation des familles à la vie de la cité suppose que soient régulièrement adaptées les réponses apportées par les politiques municipales. Le Centre communal d’action sociale (CCAS), au-delà de l’obligation légale d’instruire les demandes d’aide sociale qui lui sont adressées, “
anime une action générale de prévention et de développement social dans la commune, en liaison étroite avec les institutions publiques et privées”
[1]. Cette mission généraliste lui donne une marge de man
Ĺ“uvre assez large dans le choix des actions qu’il sera susceptible de réaliser en faveur des familles au sein de la cité. En cela, il définit sa propre politique d’action sociale, en lien toutefois avec ses partenaires, notamment grâce à une Analyse des besoins sociaux (ABS) devant servir de fondement à la mise en
Ĺ“uvre d’un ensemble de projets dont le but est de répondre aux besoins des usagers et, parmi eux, des familles.
Entre prévention et développement social
À ce titre, le CCAS peut créer ou gérer divers établissements et services sociaux et médico-sociaux en direction des personnes âgées, des personnes handicapées, des personnes en situation de précarité, etc., mais aussi, bien sûr, des structures d’accueil de la petite enfance. De plus, sa localisation en centre-ville lui permet de jouer pleinement son rôle de guichet de proximité. Dès lors, entre prévention et développement social, on peut attendre du CCAS un triple rôle en faveur des familles.
Tout d’abord un rôle d’écoute, d’information, d’orientation et de conseil. Le CCAS doit être en mesure d’apporter des solutions adaptées à divers problèmes de la vie quotidienne des habitants ; cette mission est d’autant plus importante qu’elle s’exerce dans un contexte de profondes mutations socio-économiques (isolement, augmentation du nombre de familles monoparentales, dégradation du lien social, développement des emplois précaires, horaires de travail décalés, etc.). Ce contact privilégié avec les familles peut parfois déboucher sur une aide à la parentalité dans le cadre de lieux d’accueil parents-enfants.
Ceci suppose ensuite une coordination des partenaires institutionnels et associatifs. Qu’il s’agisse des services du conseil général, des services de la ville, de la CAF mais aussi des associations, les partenaires du CCAS ne manquent pas, a fortiori en ville où les services à la population sont les plus développés. De même, il n’est pas rare que les CCAS soient associés aux “Points info famille”, ces guichets uniques d’information lancés par la conférence de la famille de 2003 et qui contribuent au travail en réseau.
Le CCAS joue enfin un rôle clé en direction des familles
via la gestion de centres de loisirs sans hébergement mais aussi par la gestion de structures d’accueil de jeunes enfants. Selon une étude réalisée par l’UNCCAS en avril 2005 auprès d’un tiers de ses adhérents
[2], les CCAS interrogés seraient deux fois moins nombreux que les communes à gérer des équipements petite enfance mais le nombre de places géré par les CCAS serait supérieur à celui géré par les municipalités (en moyenne 111 places contre 54). Il s’agit en priorité des crèches familiales, des structures multi-accueil, preuve s’il en est du besoin de souplesse exprimé par les familles.
Les structures petite enfance jouent un rôle essentiel notamment dans l’accueil des enfants issus de l’immigration, où un travail avec les parents s’impose d’autant plus, comme facteur d’intégration de la famille dans le quartier, et de l’enfant dans la structure. De manière générale, la présence des services déconcentrés du CCAS notamment dans les quartiers auprès des familles en difficulté constitue un facteur déterminant de cohésion sociale.
Une dynamique intercommunale
En ville, l’isolement des personnes croît, paradoxalement, avec la densité de population. L’intervention des CCAS s’exerce alors principalement dans le cadre de la lutte contre les exclusions, bien que tous ne soient pas en mesure d’en décliner les différentes actions, faute de moyens. C’est pourquoi nombre de communes se sont regroupées afin de créer des services adaptés aux besoins des usagers. Cette dynamique intercommunale semble aujourd’hui porter ses fruits.
Les regroupements de communes étaient auparavant davantage motivés par le développement économique ou les services techniques. Mais nous assistons à une prise en compte progressive de l’intérêt, voire de la nécessité du développement social dans la notion de développement territorial. En pratique, l’intercommunalité a généralement permis de mobiliser des financements sur des équipements coûteux, d’étendre ou de créer de nouveaux services, notamment dans le domaine de la petite enfance.
Ainsi, tel que le souligne l’ADCF
[3], les crèches et les haltes-garderies ont vu le jour au point d’être aujourd’hui en tête des investissements réalisés par les établissements publics de coopération intercommunale en matière de petite enfance. De même, les centres de loisirs ont été transférés ou créés ces dernières années à un rythme soutenu. Enfin, les services du type Relais assistantes maternelles (RAM), lieux de rencontre et d’échange créés dans une démarche de soutien à la qualité de l’accueil des enfants, se sont multipliés. Les villes se sont ainsi organisées entre elles pour mieux répondre aux besoins des familles.
La reconnaissance de l’action sociale intercommunale
Cette dimension sociale de l’action intercommunale a été récemment renforcée par la loi de cohésion sociale qui a donné aux communautés de communes et aux communautés d’agglomération toute légitimité pour agir dans ce domaine. Sous l’impulsion de l’UNCCAS, le législateur a en effet donné à ces Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) la possibilité de se saisir d’une compétence “action sociale d’intérêt communautaire” au titre de leurs compétences optionnelles. Jusque-là, les pratiques intercommunales en la matière étaient plutôt exercées dans le champ du logement, de l’habitat, de la politique de la ville, de l’insertion, de la culture ou des loisirs. Il est intéressant de souligner à quel point le caractère optionnel préserve la dynamique propre aux regroupements intercommunaux. Il y a là une réelle volonté collective des élus locaux de s’engager dans une démarche partenariale. Le texte de loi précise également que les EPCI peuvent confier l’exercice de cette nouvelle compétence à un Centre intercommunal d’action sociale, ou CIAS, dont la création a été par la même occasion clarifiée et simplifiée. Lorsqu’on sait qu’au 1
er janvier 2005, 88 % des communes faisaient partie d’un regroupement intercommunal, représentant ainsi près de 52,2 millions d’habitants
[4], on voit bien l’enjeu quantitatif que représente le développement des CIAS.
Le développement des CIAS présente également un enjeu qualitatif. À bien des égards, l’EPCI est au CIAS ce que la commune est au CCAS (similitude dans le mode de composition du conseil d’administration, parité entre les membres élus par l’assemblée délibérante de l’EPCI et les membres nommés par son président, dont un représentant des associations familiales désigné sur proposition de l’UDAF, budget propre, etc.). En revanche, si le CCAS mène une action générale de prévention et de développement social dans la commune, disposant ainsi d’une plénitude de compétence, le CIAS dispose d’une compétence d’attribution qui permet aux communes de transférer, au nom de l’intérêt communautaire, ce qu’elles jugent plus pertinent d’être exercé au niveau intercommunal. Il y a là un gage de cohérence et d’efficacité pour les communes concernées, en toute subsidiarité par rapport aux communes et aux CCAS existant déjà sur le territoire.
Cette dynamique territoriale s’inscrit dans une logique de mutualisation des moyens, de solidarité intercommunale et de projet de territoire. Il s’agit en effet de proposer et de développer des services à la population, lesquels contribuent à renforcer l’attractivité du territoire, notamment aux yeux des familles susceptibles de venir s’y installer. Il y a là un enjeu fort qui s’inscrit dans une véritable démarche de développement socio-économique. En matière de politique de la petite enfance, cette logique de développement a engendré deux types de démarches : soit l’extension de services antérieurement portés par les communes et transférés à l’échelon intercommunal, soit le développement d’actions initiées directement au niveau intercommunal, comme la création de structures multi-accueil ou de relais assistantes maternelles.
Dans les deux cas, une analyse fine des besoins et des ressources déjà existantes sur le territoire intercommunal est essentielle, notamment lorsque les communes sont détentrices de moyens financiers limités pour développer des services à la population. Or le CIAS, tout comme le CCAS, dispose à ce titre d’un atout. Depuis le décret du 6 mai 1995, le CCAS est en effet tenu de réaliser annuellement une Analyse des besoins sociaux (ABS). Au niveau intercommunal, cet outil revêt un caractère fondamental. En effet, quel que soit le projet d’extension ou de création de service, l’état des lieux quantitatif et qualitatif des équipements et des services existants, l’analyse des besoins et si possible un diagnostic partagé entre le CIAS et ses partenaires, dont la CAF, sont autant d’étapes incontournables. L’approche extra-communale du CIAS et son rôle de coordination constituent ici une réelle valeur ajoutée.
Le développement de relations contractuelles avec la CAF
Les caisses d’allocations familiales, qui jouent un rôle central dans la gestion des politiques locales d’accueil et de loisirs des enfants, sont ainsi des partenaires clés des CIAS. D’après une enquête de l’Institut de développement des activités de proximité (IDAP) réalisée en 2002, 34 % des communautés de communes ou d’agglomération citaient la CAF comme étant un partenaire privilégié. Les relations contractuelles devraient d’ailleurs évoluer positivement dans les années à venir, à mesure que les intercommunalités gagnent en légitimité, notamment par le bais du développement des contrats enfance. Aujourd’hui, 90 % des villes de plus de 20 000 habitants sont signataires d’un contrat enfance, contre seulement 11 % des petites communes
[5]. Or les groupements intercommunaux qui mettent en place des structures nouvelles du type haltes-garderies, “ludobus” ou relais assistantes maternelles répondent aux objectifs des contrats enfance, à savoir le développement quantitatif et qualitatif de l’offre d’accueil des équipements et des services, ainsi que la couverture de la diversité des besoins de la population. En toute logique, les relations contractuelles entre les CAF et les structures intercommunales devraient se multiplier, chacun y trouvant son intérêt.
Le CCAS est au cĹ“ur de la ville, au sens propre comme au figuré. Son action s’inscrit pleinement dans le cadre des objectifs de la politique nationale de la famille. Il a également un rôle important en termes de cohésion sociale, laquelle trouve au niveau intercommunal une nouvelle forme d’expression via le développement des centres intercommunaux d’action sociale et l’apparition de nouveaux services en direction des familles. Avec leurs partenaires, les CCAS et les CIAS réaffirment tout l’intérêt du service public dans la réponse apportée aux usagers.
Le développement des enseignes nationales de services aux personnes doit donner encore plus de légitimité et de possibilités aux CCAS/CIAS pour intervenir dans le champ de la petite enfance. L’UNCCAS s’associe aujourd’hui à la FNMF et à l’UNA
[6] pour créer une enseigne qui porte le nom de “France domicile”. Une convention de travail entre l’UNCCAS et la CNAF sur le thème de la nouvelle dynamique sociale territoriale que représente le CIAS ainsi que sur celui du diagnostic partagé serait aujourd’hui utile pour une solidarité territoriale plus forte. â–
[1]
Code de l’action sociale et des familles.
[2]
L’UNCCAS compte plus de 3 350 adhérents, soit la quasi-totalité des communes de plus de 10 000 habitants, les trois quarts des communes de 5 000 à 10 000 habitants, et plus de 1 700 communes de moins de 5 000 habitants.
[3]
Assemblée des communautés de France,
Intercommunalité et action sociale, 2004.
[4]
Source DGCL.
[5]
Assemblée des communautés de France.
[6]
FNMF : Fédération nationale de la mutualité française. UNA : Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles.