2006
Informations sociales
Partie 1 : Répartition
La parenté en milieu urbain
À partir d’enquêtes ethnologiques
Martine Segalen
Professeur à l’Université de Paris X-Nanterre/Institut parisien de recherche : architecture, urbanistique, société (IPRAUS), elle a repris une enquête de terrain, dans le cadre d’un projet européen, sur la parenté dans un quartier de Nanterre. Elle publiera en 2006 une sixième version de Sociologie de la famille, entièrement remaniée.
La parenté est un concept essentiel de l’ethnologie, fondé sur le recueil de généalogies et utilisé par l’anthropologie anglo-saxonne auprès de sociétés situées en Afrique de l’Ouest ou dans les îles du Pacifique. Il a été importé pour éclairer les modes de reproduction des sociétés rurales, qui, toutes proportions gardées, présentaient des similitudes sociales avec ces sociétés “autres”. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, certains secteurs urbains relevaient de la métaphore du village dans la ville. Aujourd’hui, le recueil de généalogies couplé à d’autres modes d’investigation peut aider à éclairer les manières dont les familles habitent la ville.
Désormais, pour un grand nombre de familles, parenté, travail et résidence sont disjoints, loin des modèles de la France rurale et industrielle. Connaître les manières dont elles habitent et ont habité la ville oblige à recourir à différents types d’études qui relèvent de l’ethnologie, de la sociologie de la famille et de la sociologie de l’habitat. Retour sur les enquêtes pionnières.
Une ancienne division du travail a fait que famille et parenté se sont trouvées séparées ; la famille concernait les sociétés modernes – c’était le champ d’étude de la sociologie –, tandis que la parenté concernait les sociétés “autres”, exotiques, lointaines – et c’était le domaine de l’ethnologie (Goody, 1994). Depuis une vingtaine d’années, les deux thèmes se sont rencontrés. On admet que, même dans les sociétés fondées sur des structures de parenté unilinéaire, l’unité familiale père-mère-enfants était reconnue, et que dans les sociétés modernes, la parenté a cessé d’être considérée comme périphérique : désormais, la sociologie analyse l’articulation entre le couple, ses enfants et les autres membres de la parenté. Passant d’abord par les sociétés rurales d’Europe, l’histoire de cette rencontre a posé et continue de poser de sérieux problèmes épistémologiques.
Les liens entre familles et villes
L’importation de concepts forgés par l’anthropologie fonctionnaliste anglo-saxonne et structuraliste française a suscité une floraison de recherches sur les systèmes de dévolution des biens et de perpétuation des groupes domestiques dans les sociétés rurales en France et en Europe. Mais en milieu urbain, l’application des concepts de parenté comme ensemble de règles organisant de nombreux aspects du social (résidence, travail, affiliations politiques, professionnelles ou religieuses, mariage) fait problème. Certes, les plus récents travaux anthropologiques contestent aujourd’hui le rôle majeur et parfois exclusif qu’on attribuait à la parenté pour structurer le social dans les sociétés exotiques (Godelier, 2004) ; il n’en reste pas moins que l’existence d’un État centralisé, d’un système de marché et d’une société de salariat contribue à reléguer à une place cachée la parenté et à minorer son rôle dans l’organisation du social. De plus, la segmentation et les inégalités sociales, avec la ségrégation spatiale qui leur est attachée, interdisent tout discours généralisant, comme on pouvait en tenir à propos des Ashanti ou des Bretons du pays bigouden sud.
Les études consacrées aux liens entre la famille et la ville, ou mieux, entre les familles et les divers espaces urbains, sont multiples. D’un côté, des travaux sur le logement et l’habitat cernent les liens entre société, économie, marché, pratiques et choix résidentiels ; de l’autre, les enquêtes sociologiques attachées à l’étude des transformations de la famille portent le plus souvent sur des familles dans la ville, sans essayer de spécifier ce qui qualifierait une “famille urbaine”, et encore moins une “parenté urbaine”. L’insistance de la sociologie contemporaine de la famille sur la privatisation, sur la montée de l’individualisme a peut-être conduit cette discipline de recherche à se détourner de l’investigation des liens que le noyau conjugal entretient avec le local. Depuis les années quatre-vingt-dix, des travaux portent sur les relations inter-générationnelles et redécouvrent l’importance des réseaux puissants de soutien et d’échanges, attestant l’existence de la parenté dans la modernité. De tels réseaux sont largement délocalisés : les familles urbaines les entretiennent soit par le biais des formes modernes de communication (téléphone, sites Internet, blogs…), soit dans le cadre des résidences secondaires, sises au bord de la mer ou à la campagne. Ces lieux sont d’ailleurs pensés comme s’opposant aux contraintes associées à la vie urbaine : ils sont synonymes d’espace, de liberté, de temps libre, de convivialité, de fête, etc.
En passant de la petite communauté “exotique” ou rurale à l’espace urbain se sont accomplis non seulement un saut d’échelle, mais un saut de nature dans les relations entre famille, parenté et espace. Rares sont les travaux qui réussissent à nouer ensemble les trois thématiques, parce que les usages de l’urbain ne sont pas toujours médiatisés par la parenté, pas plus que la parenté ne recoupe l’urbain. Aujourd’hui, parenté, habitat et mode d’existence ne se recouvrent plus dans la ville, sauf peut-être aux deux extrémités de la hiérarchie sociale, dans les beaux quartiers ou dans les cités en voie de paupérisation. La masse floue des classes moyennes expérimente plutôt la disjonction entre ces trois registres.
Les définitions de l’ethnologie sont multiples. On peut s’accorder sur le fait qu’au minimum, la démarche consiste à observer et à collecter des faits sur le terrain et, dans le champ de la parenté, à collecter des généalogies, B.A.-BA de la recherche. Rien n’empêche a priori de se livrer à une telle entreprise auprès de familles résidant en ville. Mais à quelles fins ? Connaître l’étendue du champ parental d’un individu ne sert que si l’on en reconnaît les usages sociaux, et ces usages sont de moins en moins localisés spatialement. Tel n’était pas le cas dans la France rurale ni au temps de la grande industrialisation.
La parenté en action servait autrefois en milieu rural à mobiliser les réseaux familiaux locaux pour former les équipes nécessaires à la réalisation des grands travaux agricoles, pour constituer les équipages de bateaux ; elle était tout entière occupée par les questions de transmission et de succession. En milieu ouvrier, dans les premiers temps de l’industrialisation, elle servait à accueillir le migrant, à le loger, à l’aider à trouver une embauche. Ce phénomène a été attesté partout dans le contexte de la grande industrialisation, jusque dans les années soixante-dix. Ainsi, la généalogie recueillie dans la famille B. à Nanterre fait apparaître que, à cette époque, la moitié des parents de cette famille en âge de travailler était embauchée par l’usine des Grandes Papeteries de la Seine, réputée pour ses hauts salaires et parce qu’elle offrait un logement à ses ouvriers. Parenté, travail et résidence se confondaient au sein des grandes réalisations paternalistes. Mais avec les transformations sociales, familiales et urbaines, le concept de parenté était-il encore utile ?
Après guerre, plusieurs travaux anthropologiques et sociologiques en Angleterre et aux États-Unis ont fait date dans l’histoire de l’étude de la parenté en ville.
La première enquête sur la parenté en milieu urbain a été menée par Raymond Firth, un anthropologue élève de Malinowski qui avait conduit une étude sur une île de Polynésie. Son but explicite était de tester la méthode ethnographique du recueil de généalogie, expérimentée sur l’île de Tikopia en 1936, auprès d’une population urbaine, ce qu’il fit à Londres en 1956. Les enseignements de ces travaux pionniers sont toujours pertinents sur le plan méthodologique. Dans toute enquête généalogique, on distingue deux niveaux : d’une part la collecte de noms de parents, et d’autre part le contenu des liens entre ces parents, les deux types de données ne coïncidant évidemment pas. Le premier niveau détermine ce que Raymond Firth appelle “l’univers de la parenté”, et le second, les usages effectifs de la parenté, comme nous l’avons rappelé plus haut. L’enquête de Firth a apporté une double surprise aux enquêteurs et aux enquêtés, s’étonnant eux-mêmes de l’étendue de leur parenté et en tirant un sentiment de satisfaction : “Les généalogies recueillies au cours de l’enquête révèlent que le nombre total de ménages que les interviewés pouvaient citer était supérieur à cent. Pour douze ménages pour lesquels les renseignements étaient particulièrement complets, l’univers de parenté variait de trente-sept à deux cent quarante-six, avec un chiffre moyen de cent quarante-six. Enquêtés et enquêteurs se trouvaient ensemble surpris de cette amplitude qu’ils ne soupçonnaient tout d’abord pas. Pour les enquêtés, cela était source de fierté. Dans les généalogies étaient inclus les parents morts qui n’étaient pas toujours des ascendants directs, les deux tiers étant des consanguins, un tiers des alliés. Ils n’étaient pas toujours de degrés généalogiques supérieurs à Ego” (1956, p. 40-45). De plus, l’enquête montrait qu’en milieu urbain comme en milieu rural, l’amplitude de la parenté se rapportait aux collatéraux, alors que la profondeur généalogique était relativement restreinte, s’étendant sur deux générations au-dessus d’Ego au plus. La mémoire des parents décédés se montrait sélective. Enfin, il existait dans toute parentèle un parent pivot, réservoir de mémoire de la famille. À la recherche d’une unité qui fasse sens, Raymond Firth tentait de cerner un groupe qui formerait une communauté, même si elle n’était pas localisée spatialement. Ainsi avait-il enquêté auprès de certaines populations ouvrières et auprès d’un groupe d’Italiens émigrés en Angleterre qui faisaient bon usage de leurs réseaux familiaux.
Une seconde enquête, conduite par Michael Young et Peter Willmott en 1957, a permis d’observer, comme dans une expérience de laboratoire, ce qu’il advient des liens de parenté lorsque des familles habitant un quartier ouvrier de taudis londoniens, très intégré socialement et spatialement, sont déplacées vers des logements neufs, mais où règne une certaine mixité sociale. À Bethnal Green, un quartier ouvrier de Londres, tous les résidents avaient des liens sociaux, soit de parenté directs, soit par le biais de réseaux d’amis ; la proximité résidentielle entre un jeune couple et ses parents maternels était très grande, dans la mesure où le lien mère-fille restait actif tout au long de la vie. Par exemple, sur 45 couples comptant 1 691 parents, 4 n’avaient aucun parent à Bethnal ; 8 en avaient entre 1 et 4 ; 12 entre 5 et 9 ; 9 entre 10 et 19 ; 7 entre 20 et 29 ; et 5 couples avaient plus de 30 parents autour d’eux (1987, p. 87). Cette monographie, restée célèbre dans l’histoire de la socio-anthropologie, développait la métaphore du “
village dans la ville”
[1] où s’entrecroisent les réseaux de parenté, de voisinage, de solidarités professionnelles et familiales.
Le cas de Bethnal Green forme un cas d’école, grâce au second volet de l’enquête qui suit une partie des habitants relogés, en 1968, dans un quartier neuf à Greenleigh. Du fait de la distance, les relations avec la mère se distendent, et l’isolement relatif du couple tend à estomper les différences sexuelles de rôle ; au réseau d’inter-connaissance familial qui permettait à chacun d’assigner une place à l’autre se substitue le statut comme identificateur social, avec ses signes extérieurs de richesse : la marque de la voiture, les vêtements des enfants pour fréquenter l’école et les soins apportés au jardin sont désormais les marqueurs sociaux. En passant de Bethnal Green à Greenleigh, le réseau de sociabilité se déconnecte du réseau de parenté et se délocalise.
Aux États-Unis, des études similaires furent conduites après la guerre, inspirées soit par l’école de Chicago, soit par la sociologie de la famille américaine. L’enquête d’Herbert Gans, de 1962, appartient à la première catégorie. Yves Grafmeyer observe que pour l’école de Chicago, c’est le ghetto qui incarne le mieux les situations d’intégration spatiale.
Dans un cadre sociologique inscrit dans la problématique des travaux d’Eugène Litwak et Marvin Sussman, qui s’intéressaient alors à la proximité résidentielle des parentèles dans l’espace urbain, une enquête conduite auprès de familles juives émigrées originaires d’Europe de l’Est, résidant à New York et clientes d’une agence d’aide sociale, s’inspirait des recherches s’appuyant sur la reconstitution commentée de généalogies (Leichter et Mitchell, 1967). À propos de ces familles juives, sans parler de quartier ethnique, l’étude repérait une importante proximité géographique, certains ménages résidant parfois dans le même bâtiment, dans le même quartier ou dans la banlieue de l’agglomération new-yorkaise. Les familles élargies s’entraidaient, se rencontraient pour des fêtes familiales ou à l’occasion de Thanksgiving, certaines partageaient des activités professionnelles. L’enquête montrait le même sentiment de satisfaction des enquêtés qui découvraient, après établissement de leur généalogie, l’extension du réseau de leurs parents, plus élevé même que pour les familles anglaises, puisque la moyenne des parents reconnus et nommés, vivants ou morts, était de 241.
Ces travaux anglo-saxons étaient contemporains de ceux de Talcott Parsons, dont la thèse, selon laquelle la famille se serait restreinte avec la modernité, faisait écho aux propositions d’Émile Durkheim cinquante ans auparavant. Les auteurs de l’étude de Bethnal Green, Michael Young et Peter Willmott, en étaient visiblement imprégnés, puisqu’ils remarquaient dans l’introduction de leur ouvrage : “Nous avons été surpris de découvrir que la famille large, loin d’avoir disparu, était très vivante au milieu de Londres. Cette découverte nous a semblé la plus intéressante de tout ce que nous nous attendions à trouver, et d’autant plus lorsque nous nous sommes aperçus que l’absence de la parentèle dans le lotissement neuf était aussi évidente que sa présence dans le quartier. Bien que nous ayons fait cette découverte de façon accidentelle, nous nous sommes décidés à faire de la parenté le sujet central de l’enquête” (1957, p. 12). Dans ces années d’après-guerre, la modernité de la famille, caractérisée par sa taille restreinte, allait de pair avec la théorie de l’industrialisation et de l’urbanisation. En ville, on n’avait plus de famille, et cette thèse était devenue une telle vulgate que les enquêteurs s’attendaient à recueillir une dizaine de noms tout au plus. Pourtant, non seulement les citadins n’avaient pas oublié leurs parents, mais ils interagissaient avec eux.
La modification du contexte de l’enquête
Ces enquêtes pionnières sur les “villages urbains” sont restées sans suite parce que les transformations de l’espace urbain, l’augmentation du niveau de vie, ainsi que la mobilité sociale et spatiale ont contribué à les faire disparaître. La description de la communauté intégrant famille, travail et sociabilité servait souvent d’ailleurs de tableau de départ pour analyser les effets déstabilisateurs de la rénovation urbaine sur le plan social.
La délocalisation des liens familiaux, le démariage entre famille et espace n’ont pour autant pas rendu caduque l’enquête de parenté. Mais d’autres paradigmes la construisent et, dès lors, le contexte de l’enquête se modifie singulièrement. Puisque la parenté n’a plus de rôle social affiché ou latent en milieu urbain, la question est renvoyée à la sphère domestique, la sphère de l’intime. Autant il pouvait sembler normal à mes interlocuteurs bigoudens que je les interroge sur leurs ancêtres et collatéraux pour comprendre ce qui était au cÅ“ur de leurs soucis – la transmission de la propriété –, autant l’enquêté dans sa demeure urbaine peut avoir le sentiment que l’enquêteur commet une intrusion dans le champ du privé. Dans la mesure où les parents figurant sur la généalogie ont de fortes chances de ne pas habiter dans la proximité de l’espace urbain, au contraire de ce qui se passe dans de petites communautés à demi isolées, le recueil des généalogies ne conduit plus à la construction d’une communauté aux limites géographiques et sociales clairement définies.
La sociologie de la famille, la sociologie urbaine et la sociologie de l’habitat se recoupent à travers d’autres problématiques, telles que la proximité résidentielle dans les cités HLM, où les jeunes ménages cherchent à trouver un logement proche de leurs parents qui les aident, notamment à travers la garde des petits-enfants. Même si l’enquête de parenté n’est pas directement utilisée, cette proximité résidentielle ressort des travaux portant sur des classes ouvrières en voie de mutation (voir les travaux d’Olivier Schwartz, Stéphane Beaud et Michel Pialoux). Intégrant une dimension plus proprement sociologique, l’interprétation de cette proximité montre qu’elle renvoie parfois à une crise de la mobilité sociale, car les enfants qui ont le mieux réussi cherchent à se loger dans un autre secteur d’habitat, ce qui les conduit à s’éloigner de leurs vieux parents restés en HLM. Ce mouvement est particulièrement marqué pour les familles immigrées, dont les enfants qui ont réussi, s’affranchissant de la proximité spatiale, vont s’établir dans d’autres quartiers.
À l’autre extrémité de l’échelle sociale, on retrouve les familles les mieux dotées, y compris en capital immobilier, qui permet le maintien de “l’entre-soi” dans les beaux quartiers. Enquêtant sur les “manières d’habiter Lyon”, Yves Grafmeyer observe le rôle ambigu et complexe que joue l’assise territoriale dans la construction de l’identité : l’enquêté prend de la distance par rapport à son quartier de résidence, même si plusieurs membres de sa famille y résident. Les repères spatiaux cités peuvent être aussi bien une maison de campagne transmise de génération en génération que le quartier habité pendant l’enfance où résident encore des membres de la parenté. Le discours insiste sur la prise de distance.
Dans l’enquête conduite sur la ville de Nanterre (1990), nous avons essayé de nouer les fils de la parenté et de l’identité urbaine. L’analyse du Nanterre au XIXe siècle, à travers la reconstitution des généalogies, montrait de façon très classique l’importance des liens de parenté, leur rôle dans la compétition pour l’accès à la terre, dans le cadre d’un système d’héritage égalitaire. Parenté et localité continuaient d’être nouées, dans une autre dimension, avec la Nanterre rouge, banlieue ouvrière fortement intégrée sur le plan culturel et social. Lors de l’enquête conduite à la fin des années quatre-vingt, l’identité était détachée des liens familiaux (sauf pour les migrants, notamment les familles italiennes), et séparait ceux qui se considéraient comme des “vieux” nanterriens des autres. L’identité des premiers se constituait d’une mémoire partagée des transformations urbaines considérables dont la ville avait été le théâtre. Pour les autres, nouveaux venus, appartenant à des couches sociales plus aisées, la parenté se repliait sur le privé, et l’identité sur l’investissement dans le local, afin de lutter contre les développements urbains imposés par le développement de La Défense, ou contre la ville.
L’étude de la parenté en milieu urbain mène aux questions posées par la ségrégation sociale et spatiale ; elle recoupe aussi la sociologie de l’habitat, lorsqu’on le pense en tant que système qui intègre les multi-résidences, logement HLM en France/maison construite au pays d’origine/résidence secondaire (Bonvalet et al., 1999). Elle rejoint les questions posées par la sociologie de la famille, concernant la forme et la fréquence des liens sociaux : ici la perspective du cycle de vie est particulièrement topique car elle permet de suivre à la fois les géographies résidentielles de plusieurs générations et les stratégies résidentielles de proximité afin de pouvoir soutenir ses enfants ou, à l’inverse, d’aider de vieux parents dépendants.
La construction et le recueil de généalogies en milieu urbain ne relèvent plus des problématiques canoniques de l’ethnologie de la parenté, qui elles-mêmes se sont déportées vers d’autres champs, tels que les nouveaux modes de filiation, les métaphores de la parenté, etc. L’interdisciplinarité, invoquée si souvent de façon incantatoire, doit être mise en Å“uvre à condition que l’enquête de parenté s’accompagne du recueil de biographies, de trajectoires, parfois sur plusieurs générations. Celle-ci constitue, aux côtés de l’étude des dimensions économiques et macro-sociales, un outil utile pour comprendre les façons dont la famille habite la ville. â–
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Stéphane Beaud, Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, enquête aux usines Peugeot-Montbéliard, Paris, Fayard, 1999.
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Catherine Bonvalet, Anne Gotman, Yves Grafmeyer (dir.), La famille et ses proches, Paris, PUF, INED, 1999.
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Herbert Gans, The Urban Villagers : Group and Class Life of Italian-Americans, The Free Press of Glencoe, New York, 1962.
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Maurice Godelier, Métamorphoses de la parenté, Paris, Fayard, 2004.
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Jack Goody, Introduction in André Burguiere, Christiane Klapisch-Zuber, Martine Segalen, Françoise Zonabend (dir.), Histoire de la famille, Paris, Le Livre de poche, 1994, p. 7-17.
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Yves Grafmeyer, Habiter Lyon. Milieux et quartiers du centre-ville, Lyon, Presses universitaires de Lyon/éditions du CNRS, 1991.
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Raymond William Firth, We, the Tikopia : a Sociological Study of Kinship in Primitive Polynesia, with a Preface by Bronislaw Malinowski, Londres, Allen and Unwin, 1936.
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Raymond William Firth (ed.), Two Studies of Kinship, Londres, The Athlone Press, 1956.
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J. Leichter Hope, William Mitchell, Kinship and Casework, New York, Russell Sage Foundation, 1967.
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Olivier Schwartz, Le monde privé des ouvriers. Hommes et femmes du Nord, Paris, Presses universitaires de France, 1990.
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Martine Segalen, Nanterriens, les familles dans la ville, Toulouse, Presses universitaires de Toulouse-Le Mirail, 1990.
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Michael Young, Peter Willmott, Family and Kinship in East London, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1957, trad. fr : Le village dans la ville, Paris, Centre Georges-Pompidou/CCI, Coll. “Alors”, 1983.
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Michael Young, Peter Willmott, Family and Class in a London Suburb, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1968.
[1]
Comme en atteste le titre donné à la traduction française de l’ouvrage.