Informations sociales 2006/2
Informations sociales
2006/2 (n° 130)
146 pages
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Partie 2 : Mobilité et sociabilité – La pensée de…

Vous consultezHenri Lefebvre (1901 - 1991)

AuteurJulien Damon du même auteur



Philosophe communiste, biographe et lecteur critique de Nietzsche, Hegel, Kierkegaard ou Pascal, Henri Lefebvre est passé à la postérité universitaire en tant que sociologue du quotidien, de la ville et de l’urbain. Pourfendeur des technocrates et défenseur des services publics, plutôt utopiste et autogestionnaire, souhaitant une reconquête de la ville par le peuple, il considère que les regroupements urbains aiguisent les contradictions et les aliénations générées par le capitalisme.

2 Un temps intellectuel officiel du PCF, avant d’en être exclu et ensuite d’y revenir, Lefebvre a beaucoup écrit et beaucoup enseigné. Auteur notamment du “Que sais-je ?” sur Marx, on lui doit l’idée, qui s’est affirmée même si toujours avec un contenu juridique flou, d’un “droit à la ville”. Celui-ci serait un “droit à la vie urbaine” pour tous ceux qui habitent, au premier rang desquels les membres de la classe ouvrière. Englobant droit au logement et droit au travail on y ajouterait maintenant, certainement en accord avec Lefebvre, un droit au temps. Droit d’accès aux services urbains, mais aussi droit de changer la ville en fonction des besoins, ce droit serait une réponse au déploiement et au dévoiement capitalistes.

3 Avec son projet, depuis repris, de “changer la vie”, le sociologue marxiste voulait étudier et transformer la globalité de la vie quotidienne. Enquêtant sur les usages collectifs de la ville, il critiquait les politiques d’urbanisme et d’aménagement. Contre les jeux d’intérêts et les interventions d’autorités publiques peu préoccupées du quotidien des habitants, il dénonçait le mal des grands ensembles et des villes nouvelles, revisitant les aspirations pour l’habitat pavillonnaire.

4 Visant politiquement à sortir les masses et les classes de “la dégradation du vivre social dans l’habiter”, il cherchait à montrer que la lutte des classes devait désormais se comprendre à partir de leur rapport à l’espace. Dit autrement, la lutte pour le temps et pour l’espace serait la forme supérieure (en tout cas moderne) de lutte des classes. Inspirateur et organisateur d’une sociologie urbaine à la française, certains font aussi de lui un “père putatif” de Mai 1968. Professeur à Nanterre avant et pendant les événements, il était proche des milieux gauchistes et situationnistes, après avoir été dans sa jeunesse lié aux surréalistes.

5 Parmi les premiers à s’intéresser aux dimensions politiques et sociales de l’espace et du temps, il notait, avec sa conceptualisation de l’urbain, que la ville moderne était à la fois “nostalgie de la cité” et “constatation de son éclatement”. Plus philosophe que sociologue, il a été assurément un des premiers à s’intéresser à “la vie quotidienne”. Plus personnellement et assez joliment, dans un de ses premiers propos il appelait à “créer lucidement sa vie comme une œuvre”.

Bibliographie

Critique de la vie quotidienne, 1947.

Le droit à la ville, 1968.

La révolution urbaine, 1970.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Julien Damon « Henri Lefebvre (1901 - 1991) », Informations sociales 2/2006 (n° 130), p. 77-77.
URL :
www.cairn.info/revue-informations-sociales-2006-2-page-77.htm.