2006
Informations sociales
Partie 3 : Le sens d’une institution – en contre point
Renoir, du père au fils
Alain Vulbeau
À la suite de l’exposition de la Cinémathèque française (septembre 2005-janvier 2006), deux publications permettent de retrouver la mise en parallèle des Å“uvres de Pierre-Auguste et Jean Renoir : Renoir, Renoir, Paris, La Martinière/Cinémathèque française, 2005 ; “Renoir, père et fils”, Télérama, hors série, septembre 2005
Des trois fils de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Jean Renoir (1894-1979) est celui qui a laissé une Å“uvre où la question de la filiation est, au sens propre, visible. Du peintre au cinéaste, c’est la toile qui sert de support à l’expression, qu’elle soit picturale ou cinématographique. Nombre de films de Jean vont prendre leur source dans les tableaux de Pierre-Auguste, à partir d’une inspiration commune au père et au fils sur les thèmes de la nature, de la danse et de la femme modèle.
Un tableau de baignade dans Torse, effet de soleil (1876), reprise dans Baigneuse (1880), se retrouve dans une scène du Déjeuner sur l’herbe (1959). Une scène de chasse du film Partie de campagne est l’occasion d’une citation de Jean en chasseur (1910), où le modèle est le cinéaste lui-même. Une femme sur La balançoire (1876) se balance également dans une séquence de Partie de campagne (1936). En ville, la danse est un thème constant, ainsi que le montre le film Éléna et les hommes (1956), avec ses images qui rappellent des toiles comme Bal du Moulin de la Galette (1876) ou Dame à la ville (1883).
Nombre de scènes présentes dans les films du fils montrent une filiation simple, de l’ordre de l’hommage de la génération descendante à la génération ascendante. Cependant, certains tableaux illustrent autrement le processus de filiation. Pierre-Auguste a fait de ses enfants en général, et de Jean en particulier, ses modèles, et ce, dès leur naissance. On peut le constater avec Maternité, l’enfant au sein (1886), ou encore Jean aux cheveux longs en buste (1899) et L’enfant aux jouets (1895-1896). Ce qui fait dire à l’un des fils Renoir : “Il avait fait notre portrait avant que nous ne soyons au monde.”
Dans ces Å“uvres, l’épouse de Pierre-Auguste Renoir est un modèle obligé, mais l’on voit aussi Gabrielle, la nourrice de Jean. Celle-ci devient une inspiratrice du peintre, notamment dans le tableau Gabrielle, où elle est vêtue d’une robe rouge que l’on retrouve portée par Nénette dans une séquence du Déjeuner sur l’herbe. Pour le père, le modèle est tout, “même si je ne le regarde que quelques secondes”, aimait-il à dire. La peinture doit rendre un mouvement vital et une ambiance solaire. De son côté, le cinéaste a poussé le culte du modèle très loin puisque, de céramiste, il est devenu cinéaste pour mettre en vedette Catherine Hessling, sa femme, dans son premier film, La fille de l’eau (1924).