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I.S.B.N.sans
156 pages

p. 55 à 56
doi: en cours

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Partie 2 : Désordres dans la parentalité – en contre point

n° 131 2006/3

2006 Informations sociales Partie 2 : Désordres dans la parentalité – en contre point

“Terre humaine”, des auteurs enfants d’un monde

Alain Vulbeau

Pierre Chalmins, Terre humaine, une anthologie, Paris, Pocket, coll. “Terre humaine poche”, 2005

La parenté, en général, et la filiation, en particulier, sont des thèmes majeurs de l’ethnologie, discipline illustrée magistralement par la collection “Terre humaine”, fondée en 1955 par Jean Malaurie. Cette série d’ouvrages a eu et a toujours pour objectif de présenter des récits écrits à la première personne, témoignant de la rencontre entre une personne et un monde, qu’il soit proche ou lointain. Une centaine d’ouvrages sont publiés à ce jour. Si l’on ne s’étonne pas de voir les signatures des ethnologues Malaurie, Lévi-Strauss, Jaulin, Balandier ou encore Bastide, on pourrait se demander ce qui légitime la présence d’écrivains comme Émile Zola, Victor Hugo ou Michel Ragon, ou la publication d’ouvrages sur les clochards parisiens, les camps de concentration ou la mafia à New York. En fait, chaque titre, même ceux d’auteurs parfaitement inconnus, illustre le cahier des charges de l’édition : adjoindre à la “petite musique de l’âme” le témoignage d’une réalité souvent en danger de disparition, de fait ou dans la mémoire.
Jean Malaurie explique comment, dès 1948, les Inuits sont devenus sa famille dans le cadre d’une relation complexe où il a dû faire tout un chemin vers leur mode de vie, d’abord, et leur symbolique, ensuite. Cette relation s’est construite dans la solitude des espaces polaires, mais aussi dans le contexte des relations conflictuelles avec les troupes de l’OTAN qui s’installèrent à Thulé au début des années 1950, sans tenir compte de la vie des autochtones.
Alors que Malaurie est un chercheur au statut officiel, rattaché au CNRS et à l’EHESS, Jacques Lacarrière, qui publie L’été grec en 1975, dans cette collection, explique comment il a refusé toute attache avec les mondes universitaire ou littéraire. Sa filiation avec la Grèce est paradoxale puisqu’elle est ancrée dans le nomadisme, la solitude et l’esprit libertaire. Pourtant, il s’agit bien d’une liaison qu’il qualifie d’“amoureuse” avec un pays, un peuple et une histoire ; c’est cette relation qui lui permet d’atteindre la position de “familier différent”, seule à même de garantir une authenticité et un regard qui n’est jamais porté “à froid”.
L’ouvrage de Gaston Lucas illustre un phénomène de désaffiliation. Ce serrurier inconnu a été partie prenante du Front populaire avant d’être fait prisonnier en Allemagne. À son retour, plusieurs années plus tard, personne ne l’a reconnu, à commencer par ses enfants qui ne l’ont plus trouvé “à la page” et qui ne lui ont plus accordé d’autorité. Dans un contexte plus pacifique mais également très difficile, la vie des marins pêcheurs illustre la difficulté des relations familiales. Dans Le grand métier, un ouvrage de 1977 sur les marins hauturiers, on apprend comment l’absence des hommes était prise en charge symboliquement par les femmes. Au-delà de la tenue du foyer, elles déployaient des trésors de diplomatie pour envoyer des courriers rassurants à leurs maris et mobilisaient des ressources affectives pour entretenir le sentiment filial auprès de leurs enfants, en leur racontant à quel point leur père était un grand héros de la mer.
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