2006
Informations sociales
Partie 2 : Désordres dans la parentalité – en contre point
Et les papys dans tout ça ?
Caroline Helfter
Du fait de l’allongement de l’espérance de vie et de l’abaissement de l’âge auquel ils voient naître leurs petits-enfants, les hommes et femmes ont, désormais, toutes les chances d’exercer l’art d’être grands-parents pendant une bonne partie de leur existence adulte. Cette nouvelle période de la vie suscite de nombreuses recherches. Mais traitant des grands-parents en général, ou d’un point de vue qui s’avère souvent être celui de la grand-mère, la littérature scientifique semble ignorer le sexe des intéressés, font observer Benoît Schneider et Sylvain Bouyer, maîtres de conférences en psychologie
[1]. Quant aux multiples ouvrages de conseils destinés au grand public, eux aussi n’accordent – au mieux – que quelques pages aux papys. Dénonçant cet oubli, les chercheurs rappellent que si l’organisation de la garde des petits-enfants reste prioritairement une affaire de femmes, les grands-pères font néanmoins preuve d’un investissement massif auprès de leurs petits-enfants : 75 % d’entre eux – et 85 % des grands-mères – s’occupent de leurs petits-enfants de façon plus ou moins régulière. Quelles sont les modalités originales de leur présence auprès de ces jeunes enfants ? À partir de l’étude que les psychologues ont réalisée auprès de quatre-vingt-sept couples de grands-parents dont les petits-enfants sont âgés de 3 mois à 3 ans, les grands-pères – selon leur propre évaluation, en grande partie confirmée par les grands-mères – contribuent de manière active à la prime éducation de leurs petits-enfants. Les tâches matérielles de nursing
sont, pour l’essentiel, l’apanage des grands-mères, mais les grands-pères se sentent et se montrent proches des tout-petits sur les plans affectif et relationnel, et ils adoptent un rôle qui n’est ni celui du père qu’ils ont été ni celui des parents d’aujourd’hui, soulignent les chercheurs. Ainsi, les grands-pères sont plus affectueux et “maternants” qu’ils ne l’étaient par le passé (consoler l’enfant, le porter, le caresser, l’embrasser) ; ils se voient également en faire plus que le père qu’ils étaient – et autant que les pères qu’ils observent – pour stimuler le tout-petit (jouer avec lui, avec et sans jouets, chahuter, l’emmener à l’extérieur de la maison).
“Les commentaires des grands-pères confirment leur aspiration à l’originalité de leur position par rapport au modèle parental : non pas une tentative d’imitation, mais une revendication qualitative de changement du fait de leur propre évolution”, précisent Benoît Schneider et Sylvain Bouyer. Il est vrai aussi, reconnaissent les grands-pères, qu’ils peuvent aujourd’hui s’autoriser à être “plus cool” qu’ils ne l’étaient autrefois comme pères car ils n’ont pas la responsabilité éducative directe de leurs petits-enfants. Ressentie comme particulièrement gratifiante par les intéressés, cette relation avec leurs petits-enfants très jeunes constitue une étape d’apprentissage où se construit leur identité “grand-paternelle”.
[1]
Cf.
“Grands-pères, qui êtes-vous ?”, in
Grands-parents et grands-parentalités, Érès, 2005, 280 p., 25 euros.