Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 141 à 146
doi: en cours

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Le social en recherche

n° 134 2006/6

2006 Informations sociales Le social en recherche

Le social en recherche

 
Avec la cmu, c’est dans trois mois
 
 
Caroline DESPRES, Michel NAIDITCH, Analyse des attitudes de médecins et de dentistes à l’égard de patients bénéficiant de la couverture maladie universelle, DIES, Immeuble Le Palatino, 17 avenue de Choisy, 75013 Paris. Mai 2006, 79 p.
— Allo, je voudrais un rendez-vous avec le dentiste !
— Bonjour madame, que vous arrive-t-il ?
— Un mal de dent, je crois bien que ce doit être un abcès…
— Il faudrait que vous veniez au cabinet !
— Oui je viens tout de suite, j’ai ma carte de CMU avec moi.
— Ah ! Vous avez la CMU ?
— Oui.
— Il faut que je regarde mon cahier de rendez-vous.
— Oui, j’attends.
— Ah ! C’est embêtant, je n’ai pas de possibilité de vous recevoir avant trois semaines, mais si cela vous fait mal pourquoi n’iriez vous pas au dispensaire, ils vous prendront tout de suite !
— C’est une bonne idée et je vous remercie, je les appelle.
Le dialogue est inventé, mais c’est pourtant à la suite d’un échange semblable que des personnes qui s’adressent à des médecins ou des dentistes se voient purement et simplement refusées ou renvoyées sur un confrère ou sur le secteur public. Dans d’autres cas, il arrive que les réponses soient franchement hostiles ou les délais incompatibles avec les demandes. Restons honnêtes, la grande majorité des médecins et des dentistes n’a pas ce comportement. Sur un testing portant sur 224 praticiens dans six villes du Val-de-Marne, seulement 4,8 % des médecins généralistes ont eu ce comportement discriminatoire. En revanche, il était de l’ordre de 40 % pour les médecins spécialistes et les dentistes. Cette méthode de testing bien connue des associations qui agissent dans le domaine de la discrimination liée à la couleur de la peau est ici intégrée dans une véritable démarche scientifique et mise au service d’une réflexion sur les conditions concrètes de l’accès aux droits. 1362
 
Montaigne contre la pauvreté
 
 
Collectif, Pauvreté, exclusion : ce que peut faire l’entreprise, Institut Montaigne, 38 rue Jean-Mermoz, 75008 Paris. Février 2006, 119 p. www. institutmontaigne. org
Créé en 2000, l’Institut Montaigne regroupe des universitaires, des chefs d’entreprise, des fonctionnaires et des membres d’associations. Sur le modèle des « think tanks » américains, cet institut produit des travaux qui oscillent entre l’essai et la recherche dans les domaines de la cohésion sociale, du fonctionnement de l’État et des stratégies économiques. Si ces travaux ne se situent pas, loin s’en faut, à la pointe de l’alter-mondialisme, ils présentent l’intérêt de rassembler des hypothèses et surtout des pistes de propositions qui s’inscrivent dans un univers libéralo-humaniste. Écrit dans le prolongement de la lecture du rapport présenté en 2003 par Didier Robert au Conseil économique et social sous le titre « L’accès de tous aux droits de tous par la mobilisation de tous », le rapport de l’Institut Montaigne insiste sur le gâchis social mais aussi économique que constitue dans notre société l’existence d’un grand nombre de personnes en situation de pauvreté, de précarité et d’exclusion. Parmi les propositions, le rapport met l’accent sur la nécessité et la possibilité pour les entreprises de recruter des personnes très éloignées de l’emploi, d’intégrer et de fidéliser dans l’entreprise les salariés les plus en difficulté, d’accompagner dans leur emploi les personnes en difficulté. Critiquant nettement le CDD, le rapport plaide pour une plus grande sécurité des parcours professionnels et un développement de la formation dans l’entreprise, formation ouverte en priorité aux moins qualifiés. Pourquoi les mondes rêvés ne deviendraient-ils pas possibles ? 1363
 
Les territoires de pauvreté
 
 
ONPES, Les travaux de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. 2005-2006, Paris, La Documentation française, 29 quai Voltaire 75344 Paris Cedex 07. Février 2006, 713 p.
Pour qui s’intéresse à la pauvreté et à l’exclusion sociale, la lecture du dernier rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale est un aliment de bonne qualité. Ce rapport est en fait une vaste note de synthèse qui s’appuie sur des études et des travaux de recherches produits par des organismes de recherche de l’administration comme la DARES, et la DREES, mais également des centres de recherche universitaires ou privés. Ces travaux, au nombre de vingt-cinq sont présentés in extenso dans un épais volume de plus de sept cents pages, annexé au rapport. Les principaux thèmes abordés portent sur les évolutions de la pauvreté au cours des dernières années, les relations entre le chômage et la pauvreté, la structure des consommations des ménages pauvres, les modalités d’accès à la formation des adultes à faibles qualifications. La partie la plus novatrice réside sans doute dans l’étude des relations entre pauvreté et territoires. Il ne s’agit plus comme cela a été fait dans de précédentes recherches d’analyser la répartition de la pauvreté sur le territoire français mais de s’intéresser à la genèse territoriale des situations de pauvreté. Les auteurs de ces travaux monographiques mettent en évidence l’existence de configurations différentes des facteurs économiques, mais également culturels et sociaux qui permettent de rendre compte des disparités de pauvreté d’une zone géographique à l’autre. Dans le prolongement de ces approches, des travaux sur les DOM montrent que les fortes différences entre les DOM et la métropole, particulièrement en matière d’usage des prestations sociales, s’affaibliraient si la comparaison était faite à structures démographiques identiques. 1364
 
Exclusion, livre blanc
 
 
FNARS, L’exclusion n’est pas une fatalité, Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale. 76 rue du Faubourg- Saint-Denis, 75010 Paris. Juin 2006, 93 p. www. fnars. org
En janvier dernier, la FNARS a engagé une démarche d’états-généraux proposant aux acteurs de terrain, associations, élus et professionnels de débattre collectivement des situations de pauvreté et d’exclusion et surtout des politiques et des mesures qui les accompagnent. Les nombreux intervenants de ces journées ont d’abord rappelé que l’hébergement devenait le logement des pauvres et que la durée moyenne du temps d’hébergement augmentait, discréditant le rôle du travail social face à des bailleurs de plus en plus exigeants. Bailleurs qui ont tendance à penser que les sortants des centres d’hébergement sont naturellement sources de tensions et de problèmes. La FNARS insiste sur l’idée d’une couverture logement universelle, dénonce la confusion entre hébergement et logement et s’interroge sur la présence accrue dans les structures d’accueil d’urgence de personnes ayant un travail. Parmi les autres constats extraits de ces états-généraux, on notera le maintien des inégalités de santé en dépit de la CMU et surtout le fait que trois millions de personnes sont encore sans couverture complémentaire. Face à l’affaiblissement du droit d’asile, les acteurs de la FNARS souhaitent retrouver le sens des droits de l’homme et refusent le fait que des conditions d’accueil catastrophiques provoquent de fortes inégalités de traitement. Un ensemble de réflexions qui pourrait bien alimenter les débats lors de la prochaine présidentielle sur le thème de la sécurité sociale à retrouver. 1365
 
La rentabilité de l’insertion
 
 
CNIAE, État des lieux de l’insertion par l’activité économique dans les Pays-de-la-Loire, Agence de valorisation des initiatives socio-économiques, 37 rue Bergère, 75009 Paris. Avril 2004, 181 p. www. avise. org
Réalisée à l’initiative du Conseil national de l’insertion par l’activité économique (CNIAE), cette vaste et passionnante étude visait non seulement, comme son titre l’indique, à réaliser un état des lieux des structures et services de l’insertion par l’économique mais surtout à comprendre la place de l’insertion par l’activité économique dans le développement des territoires. La perspective est particulièrement originale car la grande majorité des études réalisées jusqu’alors cherchaient surtout à analyser les effets de ces dispositifs sur les parcours des individus qui les utilisaient. Plus de 340 structures réparties dans les cinq départements des Pays-de-la-Loire, comprenant 1 900 salariés permanents, accueillent chaque année quelque 23 000 personnes, à cela s’ajoute un bénévolat particulièrement actif.
Contrairement à ce que l’on imagine, les structures d’insertion par l’activité économique bénéficient très peu des marchés publics et ont davantage de liens avec le secteur privé et les entreprises qui représentent plus de 75 % du chiffre d’affaires de la moitié d’entre elles. Au-delà de l’impact économique de ces structures sur leur environnement immédiat par les masses salariales versées et par les achats externes, les structures d’insertion par l’économique sont des vecteurs d’innovation économique qui investissent dans de nouveaux champs d’activités et qui, souvent, contribuent à mettre en place de nouvelles formes d’organisation du travail. La dernière caractéristique de ces structures, qui demeurent un dispositif de petite taille dans le champ des politiques publiques de l’emploi, est de favoriser l’insertion économique de publics parmi les plus fragiles, notamment eu égard à leur manque de formation, de mobilité et à leurs difficultés de santé. La dernière partie du rapport développe une analyse économique et montre que le coût d’une personne en entreprise d’insertion est inférieur au coût d’un demandeur d’emploi. Le secteur de l’insertion par l’activité économique générerait donc une économie nette comptable. 1366
 
Sectes, maladies et catastrophes
 
 
MIVILUDES, Rapport 2005. Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, 2006, 175 p. Téléchargeable sur www. miviludes. gouv. fr
Tsunami, inondations, tremblements de terre, guerres civiles – religieuses ou économiques – famines, chômage, etc. Comment expliquer les malheurs du monde ? De nombreux groupes religieux ont sur ce sujet des réponses bien affirmées. Pour les uns, il s’agit de signes avant-coureurs de la fin du monde, pour d’autres, ces mouvements préparent le retour ou l’arrivée d’un prophète, certains y voient la punition pour nos excès en matière de comportements sexuels ou addictifs. Peut-être encore n’avons-nous pas suffisamment prié, chanté ou sauté en l’air en nous tenant par les bras ? Ces explications pourraient prêter à sourire si l’on ne retrouvait ces groupes sur le terrain des grandes catastrophes, les uns vendant leurs journaux, les autres ouvrant des centres de massage, ou distribuant des bibles en bandes dessinées entre deux sandwichs. Toutes et tous cherchant à recruter des adeptes et à se rendre plus légitimes aux yeux des organismes internationaux et des gouvernants des pays qui vivent ces drames. Le dernier rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires pointe fortement ces comportements qui avaient déjà été signalés depuis quelques années par les ONG traditionnelles du secteur de l’intervention d’urgence humanitaire. Quelques autres tendances sont également mises en valeur dans ce rapport. En particulier une intervention plus fréquente autour de l’enfance. De la périnatalité avec un rêve d’enfant à naître que l’on pourrait rendre parfait avant qu’il ne vienne au monde aux multiples propositions de contribuer à l’éducation des enfants en recourant à une panoplie qui comprend des outils classiques comme les cours par correspondance, le soutien scolaire, le développement des organismes parascolaires, des centre de loisirs et des séjours de vacances à l’étranger.
La santé reste aussi une tendance forte dans les pratiques des organismes sectaires. Lorsque l’église de la scientologie promeut l’usage de la niacine, un dérivé de la vitamine B dans ses programmes de purification, lorsque les groupes charismatiques aux frontières des religions traditionnelles prônent la guérison par la prière et le recours au miraculeux, lorsque les médecines énergétiques, l’hygiénisme, le “respirianisme” ou l’instinctothérapie dans la mouvance new age se développent chaque jour, on se dit que les explications culpabilisantes de la genèse de la maladie ont encore de longs jours devant elles. 1367
 
Temps subis, temps choisis
 
 
Rachel SILVERA, Nadja BUSEYNE, Vicki DONLEVY-GOMES, Articuler vie professionnelle et vie personnelle, RACINE, 73 rue Pascal, 75013 Paris. 2005, 170 p. www. racine. fr
Confrontées aux difficultés d’une partie de leurs salariées, principalement des jeunes mères de famille, en matière de garde d’enfants, de nombreuses entreprises se sont engagées depuis longtemps dans des pratiques d’aménagement du temps de travail. Lorsque les instances communautaires se sont saisies de ce problème, principalement sous l’influence des mouvements féministes des États membres du nord de l’Europe, elles ont opéré une double inflexion. La première consistait à affirmer que la question de l’organisation du travail ne devait pas être pensée que dans l’entreprise mais abordée globalement, dans l’entreprise, certes, mais aussi dans le domicile et dans la cité. La seconde était de montrer que cette question concernait autant les femmes que les hommes. Sur la base de ces principes, le programme EQUAL a été mis en place. Il s’agit d’un programme d’initiative communautaire, cofinancé par le Fonds social européen qui soutient des projets expérimentaux et innovants avec l’objectif de lutter contre les discriminations et les inégalités sur le marché du travail. Au-delà de l’analyse des modalités de déroulement de ce programme, le rapport présente les vingt-deux projets des membres français du réseau sur l’articulation des temps de vie. On retrouve le bureau des temps de la ville de Rennes, la mise en place d’un système original d’accueil de la petite enfance à Épernay, des formations de sensibilisation des représentants des salarié(e)s à la négociation sur la conciliation des temps de vie parmi d’autres innovations. Plus qu’un rapport d’étude, ce document est un véritable outil de capitalisation d’expériences dont la plupart est transposable sur d’autres territoires. 1368
 
Insertion économiquement viable
 
 
Collectif, Étude des besoins de financement en fonds propres des SIAE, des ateliers protégés et des GEIQ, Agence de valorisation des initiatives socio-économiques, 37 rue Bergère, 75009 Paris. Février 2004, 75 p. www. avise. org
Comment financer le secteur de l’économie sociale et solidaire, notamment les structures d’inser- tion par l’activité économique, lorsque l’on sait que les fonds de pensions outre-atlantique où les spécialistes du capital-risque ne se précipitent pas sur des entreprises atypiques dont le taux de rentabilité annuel ne frôle pas les 15 % ? L’association France-Active mobilise déjà des financements dans ce secteur en créant des dispositifs originaux comme les contrats d’apports associatifs, ou des billets de caisse émanant d’un fonds commun de placement. Pour renforcer ces outils, il restait à analyser, d’un point de vue macro-économique, les besoins de financement de ce secteur. C’est l’objectif de ce rapport dont les résultats s’appuient sur une double investigation par questionnaires et par entretiens. L’enquête montre que les structures interrogées font état de besoins significatifs de financement, restant cependant dans des limites raisonnables de l’ordre de 70 000 à 130 000 euros. L’étude indique également la capacité de la plupart de ces structures à dégager des résultats d’exploitation positifs rendant possibles le remboursement des crédits et d’avances remboursables. 1369
 
Une prison, pas tout à fait
 
 
Adrien RIVOLLIER, Point de chute, Vidéo produite par Cocotteminute production, 38 rue de l’Université, 69007 Lyon. 52 minutes, 2006, www. cocottesminute. fr
Nés en 2002 des débats autour de la sécurité pendant la campagne présidentielle de 2000-2001, les centres éducatifs fermés ont été mis en place dès 2002. Ni réponse miraculeuse ni échec absolu, ces établissements ont connu bien des difficultés à se mettre en place. Difficultés liées au peu d’empressement des élus locaux à voir s’implanter des structures qui conduisaient des jeunes difficiles dans leur village, difficultés à trouver des associations prêtes à s’inscrire dans un projet fortement sécuritaire et difficultés encore plus profondes à tenter de rapprocher les concepts d’éducation et les pratiques de fermeture. Le film proposé par Adrien Rivollier, montre « sans images de bois » le fonctionnement au quotidien du centre de la Plaine du Forez dans le département de la Loire, un centre qui accueille une dizaine de jeunes pour des périodes de six mois renouvelables. Encadrés par vingt-quatre adultes, ces jeunes entre 15 et 18 ans vivent ensemble au risque de l’affrontement permanent, sous la menace constante d’un passage devant le juge, prélude à un retour à la case prison. Si les images de grilles, de barrières, de cours de promenade renvoient bien à l’incarcération, le ton des éducateurs et des éducatrices reste celui d’un lieu où l’idée d’éducation reste valorisée. 1370
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