2006
Informations sociales
Partie 1 : Questions de définitions et de problématique
Espérance de vie, âges et générations
Le “système des âges” en pleine évolution
Jacques Véron
Démographe, adjoint au directeur de l’Institut national d’études démographiques (INED), il est l’auteur de Démographie, Armand Colin, 1991, Arithmétique de l’homme, Le Seuil, 1993, Population et développement, PUF, 2e édition 1996, coll. “Que sais-je ?”, Le monde des femmes, Le Seuil, 1997, et L’espérance de vivre, Le Seuil, 2005. Il est l’éditeur, avec Sophie Pennec et Jacques Légaré, de ”Âge, générations et contrat social”, Les cahiers de l’INED, nËš 153, INED, 2004.
L’allongement de la vie modifie en profondeur la dynamique des âges et des relations entre les générations. C’est la raison pour laquelle il paraît aujourd’hui nécessaire de raisonner non plus en termes de groupes d’âge particuliers – les personnes âgées, par exemple – dont on suit l’évolution, mais de “système des âges”, c’est-à-dire de relations d’interaction entre les diverses composantes de la population. Le contrat social liant les différentes générations est mis à l’épreuve par les changements démographiques (baisse de la mortalité et basse fécondité) mais l’avenir des relations intergéné-rationnelles dépend largement de la capacité des sociétés à gérer de manière équitable la présence sur le marché du travail.
Le fait de vivre plus longtemps comporterait-il autant d’inconvénients que d’avantages ? Le vieillissement (individuel et collectif) produit des inégalités, entraîne des coûts (personnels et économiques), alourdit la charge pour la population active (qui se rétrécit). Coûts/avantages à vivre vieux : une question de société qui mérite d’être posée.
La durée de vie moyenne s’allongeant toujours plus, les rapports entre groupes d’âges ainsi qu’entre générations ne cessent de se transformer. Il devient aujour-d’hui de plus en plus nécessaire de savoir “bien vieillir” et, le cas échéant, de pouvoir “bien mourir”. La question de l’équité entre générations se pose en des termes nouveaux. Comment le contrat social doit-il évoluer pour faire face aux changements démographiques en cours ou à venir (Véron et alii, 2004) ? Exprimées en termes simples, les deux interrogations fondamentales restent les suivantes : qui doit s’occuper de qui ? Qui doit payer pour qui ?
La question du vieillissement démographique, souvent considérée en elle-même, nous semble bien devoir faire l’objet d’une approche qui soit à la fois globale et dynamique, car c’est l’avenir des relations entre générations qui est en jeu.
Durée de vie et modification des âges
La baisse de la mortalité transforme l’horizon temporel de chacun, puisque les chances d’atteindre un âge élevé ne cessent d’augmenter. Ainsi, la probabilité pour une femme d’atteindre l’âge de 80 ans a été multipliée par quatre entre les générations 1806 et 1906 (tableau 1). Selon les estimations actuelles, plus de 80 % des femmes de la génération féminine 1956 peuvent espérer atteindre cet âge. La baisse de la mortalité a aussi pour conséquence de rendre plus fréquente la coexistence entre différentes générations. Ainsi, à la fin des années quatre-vingt-dix, il y avait en France plus de 12 millions de familles d’au moins trois générations et 2 millions de familles à quatre générations (tableau 2). Les familles à cinq générations n’étaient, elles-mêmes, pas exceptionnelles.
Tableau 1
Évolution de la probabilité d’atteindre différents âges pour une sélection de générations féminines, en France
Génération Probabilités, à la naissance, d’atteindre (année de naissance) différents âges (en %) 20 ans 40 ans 60 ans 80 ans 1806 61 50 36 10 1856 65 55 43 14 1906 78 71 64 40 1956 96 95 91* 81* * Estimations. Source : Jacques Vallin et France Meslé, Tables de mortalité par générations 1701-1993, sexe féminin, support informatique.
Tableau 2
Nombre de grands-parents, arrière-grands-parents et arrière-arrière-grands-parents, en France, en 1999
Génération Nombre de personnes Grands-parents (3e génération) 12, 6 millions Arrière-grands-parents (4e génération) 2 millions Arrière-arrière-grands-parents (5e génération) environ 30 000 Source : INSEE, Données sociales 2002-2003, p. 18.
L’allongement de la vie, a-t-on pu écrire, a eu pour conséquence d’“ajouter des âges” (Roussel et Girard, 1982). Dans la vie d’une personne, des temps intermédiaires sont apparus. Un jeune n’est plus vraiment dans l’adolescence sans pour autant être actif ; il peut avoir une vie sexuelle d’adulte sans pour autant avoir quitté le nid familial, etc. Les divisions de la vie humaine en différents “âges” supposent au demeurant un certain déterminisme de l’âge et un minimum d’homogénéité au sein de chaque catégorie. Or les frontières dans ce domaine évoluent au cours du temps : l’âge de 60 ou de 65 ans a longtemps été considéré comme une coupure entre “adultes” et “vieux”, alors que le groupe “personnes âgées” est apparu depuis très hétérogène (il y a une nouvelle coupure à 80 ou 85 ans).
L’âge auquel on devient vieux ne cesse de reculer avec le temps. Il est vrai qu’au milieu du xxe siècle, on entrait encore dans la vieillesse à 60 ans, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Une correspondance peut être établie entre des âges auxquels il reste n années à vivre, par exemple dix ans (Michel-Louis Lévy, 1982). Les âges, à différentes époques, auxquels l’espérance de vie est de dix ans pourraient ainsi être considérés comme équivalents. Si le seuil de la vieillesse est défini à partir de l’espérance de vie à la naissance, c’est-à-dire si on devient vieux quand son âge dépasse l’espérance de vie à la naissance, un homme était vieux, en France, en 1950, à 64 ans, et il l’est actuellement à 77 ans.
Lors de la construction de catégories fondées sur l’âge, il convient aussi de rester très attentif à l’imbrication entre effet d’âge et effet de génération. Dans quelle mesure le comportement des baby-boomers tient-il au fait que leur âge est compris entre 50 et 60 ans, et dans quelle mesure s’explique-t-il par le fait qu’ils ont une histoire qui leur est propre ? Si l’effet singularité de leur histoire est dominant, ceux qui auront entre 50 et 60 ans dans une dizaine d’années leur ressembleront peu, en termes de comportements et d’aspirations.
La durée de la vie constitue aussi un enjeu individuel et collectif sous l’angle du rapport entre quantité et qualité d’années vécues.
Quantité et qualité de vie : quels arbitrages ?
La maximisation de la durée de vie doit-elle être un objectif social ? Elle représente en tout cas un coût pour certaines personnes finissant leur vie en situation de forte dépendance et également pour la société (coût économique de la prise en charge de cette dépendance). L’espérance de vie doit-elle être la plus longue possible à n’importe quel prix ? Dans l’Émile, consacré à l’éducation, Jean-Jacques Rousseau (1762) considérait que l’important était moins de vivre le plus longtemps possible que de vivre réellement ; ce qui lui paraissait essentiel était finalement de “sentir la vie”.
La médicalisation de la fin de la vie représente une charge financière mais aussi un coût psychologique. Il apparaît aujourd’hui essentiel, non seulement de bien soigner les personnes âgées qui en ont besoin (ce que la langue anglaise désigne par le terme cure), mais aussi de bien s’occuper d’elles (en anglais, care). Une approche sociale du vieillissement doit venir compléter une approche médicale de celui-ci. Il faut éviter que la “lutte contre la mort”, en particulier aux âges élevés, ne finisse par devenir une “lutte contre la vie” (Légaré et Carrière, 1999).
Nous ne cessons de gagner des années de vie. Mais de quelles années s’agit-il ? Grâce au calcul d’“espérance de vie en santé”, on peut suivre l’évolution de la quantité de vie et la part des années vécues sans incapacité. Une très large part de l’augmentation de l’espérance de vie traduit, dans les pays développés, une amélioration de la santé. Bien évidemment, selon la définition de la “bonne santé” – ou la sévérité du handicap – retenue, les écarts entre l’ensemble des années vécues en moyenne par chaque génération (espérance de vie) et les années vécues sans handicap (espérance de vie en santé) sont de plus ou moins grande ampleur. En Allemagne, au milieu des années quatre-vingt-dix, 93 % des années vécues au cours de toute la vie (espérance de vie à la naissance) l’étaient sans handicap sévère (Robine, Jagger et Romieu, 2001). Alors que près de 80 % des années vécues au-delà de l’âge de 65 ans par les Allemandes étaient vécues sans handicap sévère, la proportion tombait à 40 % lorsque le critère était “vivre sans aucune incapacité”.
La dynamique des âges et des générations ne peut être abordée sans tenir compte des inégalités de durée de vie, en particulier entre hommes et femmes, et des inégalités sociales, ni en laissant de côté la dimension économique de ces questions.
Équité intra et intergénérationnelle
Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, c’est un fait bien connu. Ces inégalités de genre se doublent d’inégalités sociales. Ainsi, en Finlande, il existe, en termes de durée de vie, un “ordre strict”, combinant genre et catégorie sociale. Les valeurs de l’espérance de vie à 35 ans mettent en évidence l’existence d’une double hiérarchie : l’une selon le genre et l’autre selon le milieu social (figure 1). Quelle que soit leur catégorie sociale d’appartenance, les femmes vivent toujours plus longtemps que les hommes. Au sein des populations masculines et féminines règne un même “ordre social”. Les espérances de vie par ordre croissant sont celles des ouvriers, des agriculteurs, des employés et des cadres. Il est curieux de noter que les hommes qui connaissent au regard de la mortalité la situation la plus favorable – en l’occurrence les cadres – ont moins d’années à vivre, à partir de 35 ans, que les femmes dont l’espérance de vie à 35 ans est la plus basse – c’est-à-dire les ouvrières. Dans le même temps, l’espérance de vie à 35 ans ne cesse de progresser au cours du temps pour les hommes comme pour les femmes ainsi que pour toutes les catégories sociales, mais sur trente années d’observation, l’ordre n’est pas modifié. Il y a du progrès pour tous mais les inégalités demeurent.
Figure 1
Évolution de l’espérance de vie à 35 ans en Finlande, selon le sexe et la catégorie sociale, d’après des données de Valkonen
Source : J.Véron, 2005.
Les femmes vivent plus longtemps mais, quand elles ont été actives, elles touchent des retraites généralement inférieures à celles des hommes. Deux facteurs sont en cause : un salaire moyen des femmes inférieur à celui des hommes, lié notamment à une structure des emplois par qualification différente ; des discontinuités de carrière plus fréquentes. Chez les hommes les inégalités de durée de vie et de pensions de retraite se cumulent puisque ceux qui ont, à l’âge de la retraite, l’espérance de vie la plus forte sont aussi ceux qui disposent des revenus de remplacement les plus élevés. Il est à noter que, dans l’avenir, les inégalités économiques entre hommes et femmes à l’âge de la retraite devraient se réduire, en raison notamment d’une plus grande continuité dans les carrières féminines. Ces inégalités sociales et de genre se combinent avec des inégalités entre générations.
Le contrat social liant entre elles les générations est mis à l’épreuve par les changements à la fois démographiques, économiques et sociaux. Mais à partir de quel moment une différence devient-elle une inégalité ? Sans entrer véritablement dans ce débat, on peut mettre en évidence des différences susceptibles de compromettre cet objectif d’équité intergénérationnelle. C’est ce qu’a par exemple fait Susan McDaniel (2004). Elle s’est intéressée, dans le cas du Canada, à six groupes de dix générations, en considérant le contexte économique et social dans lequel elles vivaient à l’âge de 25 ans. Elle a fait apparaître une forte diversité de situations et, finalement, de grandes inégalités. Limitons-nous à l’examen de trois groupes de générations :
- les générations 1916-1926 ont connu une forte croissance économique, peu de chômage, des divorces rares, une faible participation des femmes au marché du travail ;
- l’environnement des générations 1946-1955 – première vague du baby-boom – était aussi celui d’une forte croissance économique mais accompagnée d’un chômage élevé, de divorces fréquents et d’une forte présence des femmes sur le marché du travail ;
- les générations 1965-1975 ont connu un contexte économique beaucoup plus difficile, une “insécurité familiale”, des budgets sociaux en baisse et une moindre équité entre femmes et hommes.
Mais comment bien poser le problème de l’équité entre générations ? Établir une comptabilité par génération et faire le bilan de ce que chacune a donné et de ce qu’elle a reçu, est-ce vraiment la bonne méthode ? Une approche exclusivement comptable, en dehors des difficultés techniques de mesure, ne nous semble pas appropriée pour rendre compte du jeu complexe des solidarités
En tout état de cause, le maintien de l’équité entre générations se joue largement sur le marché du travail.
Un partage du travail ou de l’activité ?
Les perspectives démographiques actuelles indiquent que, pour une personne âgée de 20 à 60 ans, on compte aujourd’hui 0,4 personne de plus de 60 ans, et que l’on devrait en compter 0,7 dans quarante ans. On en conclut immédiatement à un manque à venir d’actifs. Mais pour l’établissement de telles perspectives sont postulés des âges fixes à l’entrée et à la sortie du marché du travail. Or ces âges ont considérablement évolué, en un siècle, en France (figure 2). Que valent alors ces perspectives en termes économiques ? On manquera peut-être dans l’avenir d’actifs mais on manque dès aujourd’hui de travail. Devra-t-on avant tout faire face à une rareté des actifs ou à une rareté du travail ? Dans l’avenir, la population active sera-t-elle insuffisante, du fait de la persistance, sur une longue période, d’une fécondité à un niveau inférieur au remplacement des générations ? Ou le chômage se maintiendra-t-il à un niveau tel qu’une partie de la population souhaitant être active restera inoccupée ?
Figure 2
Taux d’activité par âge des hommes, en France, en 1896 et en 1996, d’après les données de Marchand et Thélot
Source : J. Véron, 2005.
Des raisons économiques avaient été invoquées pour justifier la mise en place des mécanismes de préretraite, notamment une baisse de la productivité des travailleurs avec l’âge. Or celle-ci n’a jamais vraiment été démontrée. Les emplois libérés devaient permettre aux jeunes d’obtenir un emploi. Ce ne fut pas le cas. Ce mécanisme n’a joué aucun rôle régulateur. Par la suite, on a pris conscience de l’importance pour des entreprises de l’expérience accumulée par des travailleurs plus âgés. Et finalement, plusieurs gouvernements comme ceux de la Finlande ou de la France adoptent des mesures pour que le taux d’activité et le taux d’emploi des 55-64 ans progressent substantiellement.
Les changements démographiques ne déterminent pas à eux seuls le devenir de la population active. L’évolution des comportements d’activité importe largement, comme le montre clairement l’histoire de la population active française sur un siècle (1896-1996). La montée de l’activité féminine, à partir des années soixante, a en particulier compensé l’effet d’entrées sur le marché du travail plus tardives et de sorties plus précoces sur le nombre total des actifs. Les modalités de “partage” de l’activité professionnelle, liées aux âges d’entrée et de sortie d’activité (âge de la retraite) de même qu’à l’intensité du travail à temps partiel, revêtent une importance capitale pour l’avenir des relations intergénérationnelles et de l’équité entre générations.
L’avenir des relations entre générations
Les changements démographiques conditionnent en partie la dynamique des âges et des relations entre générations sans pour autant la déterminer, en raison notamment de la relativité de l’âge. La signification sociale et individuelle de l’âge varie profondément dans le temps (du fait de l’allongement continuel de la vie), de même qu’en fonction de l’évolution de la composition par âge (Véron, 1993). Un même âge n’a pas la même signification lorsque la structure par âge d’une population est très jeune ou, au contraire, vraiment âgée.
Les situations sociales sont rarement strictement déterminées. Vivre vieux, est-ce que cela condamne par exemple à la solitude ? En d’autres termes, l’allongement de la vie est-il un facteur d’accroissement de la solitude dans nos sociétés ? Corrélativement, la solitude touche-t-elle essentiellement les personnes âgées ? Pour répondre à de telles questions il faut distinguer le fait de vivre seul du sentiment de solitude. Nombreuses sont les personnes âgées qui acceptent de vivre seules, parce qu’elles souhaitent avant tout rester indépendantes. À quel moment l’autonomie de ces dernières devient-elle isolement ? Par ailleurs, on peut très bien vivre seul – et souffrir de la solitude – sans être le moins du monde âgé. La solitude n’est pas un privilège exclusif de l’âge. Comme l’espérance de vie des femmes est supérieure à celle des hommes, la solitude aux grands âges est plus souvent féminine. L’augmentation des espérances de vie masculine et féminine aurait dû conduire, toutes choses égales par ailleurs, à un accroissement important de la durée de vie des couples, mais le divorce a en quelque sorte pris le relais du veuvage comme modalité de rupture d’union.
La dynamique des âges et des relations entre générations ne peut en outre être considérée en dehors de l’évolution du système de valeurs d’une société. Si les vieux sont avant tout égoïstes et les jeunes de plus en plus individualistes, le contrat social entre les générations ne peut, à terme, survivre aux changements démographiques, compte tenu de l’alourdissement prévisible des charges financières. Si les valeurs de solidarité ne cessent de régresser, chaque génération défendra ses propres intérêts et chaque individu essaiera de tirer son épingle du jeu le mieux possible. Mais cette atomisation de la société est-elle vraiment inéluctable ? L’individualisme sera-t-il de plus en plus la règle ? Rien ne permet de l’affirmer, d’autant plus que les logiques individuelles et collectives sont complexes. La famille est ainsi une unité de solidarité intergénérationnelle par nature. Les grands-parents, comme personnes âgées, peuvent vouloir améliorer leur bien-être tout en se préoccupant sérieusement de l’avenir de leurs petits-enfants.
Frances Goldscheider et Linda Waite (1991) se sont demandé si, aux États-Unis, la famille continuera d’être pourvoyeuse de solidarité, en envisageant deux révolutions possibles de celle-ci. L’une, qualifiée d’“intérieure”, correspond au changement des rôles masculins et féminins au sein de la famille. L’institution familiale demeure mais les relations hommes/femmes sont de plus en plus égalitaires, du point de vue de la répartition des tâches domestiques. L’autre révolution possible prendrait une forme “externe”, et l’existence même de la famille serait menacée. Il y aurait une défiance à l’égard des unions stables et finalement aussi un refus de l’enfant. La question posée par ces deux auteurs est de savoir si la famille change ou même se transforme très profondément mais en gardant un rôle important dans la gestion des relations intergénérationnelles ou si, au contraire, elle tend à disparaître comme institution centrale des sociétés. S’il est bien difficile de prévoir l’évolution future de cette institution, il faut se garder de toute vision réductrice du changement social. Au sein de la parenté, les relations potentielles ne se confondent ainsi pas avec les relations effectives : le fait que les familles à quatre ou cinq générations soient plus nombreuses peut s’accompagner d’une tendance des relations entre différentes générations d’une même famille à se distendre.
On sait que le vieillissement démographique est inéluctable. Même si la fécondité remontait, en France, jusqu’à atteindre le niveau du renouvellement de la population et s’y maintenait, avec une mortalité constante – une espérance de vie à la naissance de 85 ans, par exemple –, la population se stabiliserait, à terme, avec une proportion de personnes âgées de plus de 60 ans nettement supérieure à 30 %. On sait aussi que des migrations internationales, mêmes importantes, ne permettraient pas d’inverser la tendance au vieillissement. Les pays développés doivent – et devront – dans tous les cas s’adapter au profond changement de la structure par âge de leur population en cours et à venir. Un des grands défis sera de permettre une répartition entre actifs et inactifs qui soit socialement équitable et économiquement acceptable. Un autre défi consistera à réinventer une société qui soit véritablement intergénérationnelle, sur des bases sans nul doute différentes de celles du passé, mais dans laquelle des lieux et des moments permettront échange et partage entre toutes les générations. La famille restera sans doute un cadre privilégié, mais nullement exclusif, d’expression des relations intergénérationnelles. Pour promouvoir ces relations, on pourrait imaginer une sorte de discrimination positive conduisant à privilégier tout ce qui favorise des échanges entre générations… Ceci jusqu’au jour où l’on ne porterait plus aucune attention aux différentes générations, simplement parce que la société serait (re)devenue véritablement intergénérationnelle. â–
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Frances K. Goldscheider et Linda J. Waite, New Families, No Families ? The Transformation of the American Home, A Rand Study, University of California Press, Berkeley, Los Angeles, Oxford, 1991.
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Jacques Légaré et Yves Carrière, “Dying Healthy or Living Longer: A Society’s Choice”, in The Paradoxes of Longevity, Berlin-New York, Springer Verlag, 1999, p. 123-133.
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Michel-Louis Lévy, “Relativité de l’âge”, Population et sociétés, n° 164, 1982.
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Susan McDaniel, “Retraites, privilèges et pauvreté : un autre point de vue sur l’équité intergénérationnelle”, in Âge, générations, et contrat social, Jacques Véron, Sophie Pennec et Jacques Légaré (éd.), Les cahiers de l’INED, n° 153, INED, 2004, p. 221-242.
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Jean-Marie Robine, Carole Jagger et Isabelle Romieu, “Disa-bility-free Life Expectancies in the European Union Countries: Calculation and Comparisons”, Genus, LVII (n. 2), 2001, p. 89-101.
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Louis Roussel et Alain Girard, “Régimes démographiques et âges de la vie”, in Les âges de la vie, VIIe colloque national de démographie, tome I, Travaux et documents, n° 96, 1982, p. 15-23.
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Jacques Véron, Arithmétique de l’Homme, Paris, Le Seuil, 1993.
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Jacques Véron, L’espérance de vivre, Paris, Le Seuil, 2005.
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Jacques Véron, Sophie Pennec et Jacques Légaré (éd.), Âges, générations et contrat social, l’État-providence face aux changements démographiques, Les cahiers de l’INED, n° 153, INED, 2004.