Informations sociales
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I.S.B.N.sans
148 pages

p. 27 à 27
doi: en cours

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Partie 1 : Questions de définitions et de problématique – La pensée de...

n° 134 2006/6

2006 Informations sociales Partie 1 : Questions de définitions et de problématique – La pensée de...

Margaret Mead (1901-1978)

Julien Damon
Figure américaine de l’anthropologie, ethno- graphe, enseignante et intellectuelle engagée, Margaret Mead a beaucoup voyagé pour observer et décrire autant les microcomportements individuels que les grands équilibres sociaux. Elle dé-bute sa carrière par un succès en publiant, à la fin des années vingt, dans une Amérique très puri-taine, un ouvrage portant sur les adolescents à Samoa. Elle y décrit une société tolérante et heureuse dans laquelle les adolescents, notamment, s’adonnent à une sexualité naturelle et joyeuse. Ses détracteurs considèrent qu’elle donne là un large crédit, à partir seulement de quelques entretiens, au mythe de la liberté et du bonheur en Polynésie.
Elle poursuit toutefois dans cette direction en s’intéressant aux mĹ“urs des peuples mélanésiens. Elle cherche à montrer – en tout état de cause elle affirme – que les traits de caractère et le comportement des hommes et des femmes résultent de conditionnements sociaux. On dirait aujourd’hui qu’être homme ou bien qu’être femme est une “construction sociale”. Mead s’inscrit ainsi dans la catégorie des penseurs pour lesquels la relativité des cultures est fondamentale. Combattant l’idée d’un “éternel féminin”, elle passe pour une icône du culturalisme. Selon elle, hommes et femmes jouent à être des hommes et des femmes, mais ils ne sont pas intrinsèquement différents.
L’anthropologue a de la sorte baptisé “sexe social” ce que maintenant nous entendons par “genre”.
Passant par l’écrit, mais aussi par le film et la photographie, ses travaux ont marqué plus d’une génération de chercheurs et de dirigeants soucieux de mieux se comprendre à la lumière d’autres “civilisations”. Ils ont également touché le grand public, notamment lorsqu’elle relate les différents modes de vie des familles, et plus précisément encore les manières dont les mères donnent le bain aux bébés, sur trois continents. Clichés, films, croquis, conférences et ouvrages sont là pour marquer les contrastes culturels.
Au-delà des contextes particuliers, Mead met en exergue, autour de 1968, un “fossé des générations”. Distinguant une culture “postfigurative”, où les enfants sont avant tout instruits par leurs parents, et une culture “cofigurative”, où adultes et enfants apprennent de leurs pairs, elle consi-dère que la seconde partie du xxe siècle voit le passage à une culture “préfigurative”, dans laquelle les parents ont tout à apprendre de leurs enfants. Étudiant les ruptures et les continuités dans ce que les générations transmettent aux suivantes, elle souligne un fossé générationnel mondial entre des anciens qui traînent le passé et ralentissent le changement, et des jeunes qui se projettent dans l’avenir et veulent accélérer les transformations.
Faisant état de son grand “espoir pour l’humanité et ses potentialités”, elle est connue pour une de ses formules dynamiques : “Ne doutez jamais qu’un petit groupe de gens décidés puisse changer le monde”. Dans “ce monde où tout est temporaire”, comme elle le notait, Mead a fourni des remarques, des idées, des observations à des débats éternels.
·  Adolescence à Samoa, 1928.
·  Une éducation en Nouvelle-Guinée, 1931.
·  Le fossé des générations, 1968.
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