Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 37 à 38
doi: en cours

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Partie 1 : Questions de définitions et de problématique – ... en contrepoint

n° 134 2006/6

2006 Informations sociales Partie 1 : Questions de définitions et de problématique – ... en contrepoint

La transmission et le conte populaire

Pierre Grelley
Le conte constitue, avec l’enseignement magistral et l’échange verbal au sein des groupes d’appartenance – parmi lesquels la famille –, un vecteur intergénérationnel d’information très efficace. Deux de ses caractéristiques ont été fréquemment soulignées par ceux qui l’ont étudié. Il est en effet universel, aucune société ne semblant l’ignorer, mais il est également intemporel : le conte égyptien des deux frères a été retrouvé sur un papyrus datant du xiiie siècle avant J.-C., et la légende d’Etana et de l’aigle, sur des tablettes découverte dans les sables chaldéens. Le conte populaire a été sous-estimé pendant longtemps, passant pour un banal divertissement à l’usage des enfants ou des peuples ignorants. Mais le regard scientifique qui lui est porté depuis un siècle et demi par les ethnologues, historiens, linguistes, sociologues, psychanalystes et psychologues lui confère désormais des lettres de noblesse intellectuelles qui ne sont pas contestables.
Si le terme de conte présente, en littérature, des acceptions multiples et des frontières indécises, trois critères suffisent à le définir en tant que récit ethnographique : son oralité, la fixité relative de sa forme et le fait qu’il s’agisse d’un récit de fiction. Il s’inscrit d’abord dans ce vaste champ qu’on baptise parfois de l’expression paradoxale, “littérature orale”. Comme les comptines et les proverbes, il bénéficie de cette transmission de bouche à oreille qui caractériserait le “savoir du peuple” : le conteur puise la trame de son récit dans un répertoire connu depuis longtemps et l’interprète lui imprime sa marque propre. Le conte est donc à la fois création anonyme, en ce qu’il est issu de la mémoire collective, et création individuelle, celle du “conteur doué”, artiste à part entière, qui actualise le récit et, sans en bouleverser le schéma narratif, le fait sien. Il participe ainsi, avec la légende, de ce que l’anthropologue Arnold Van Gennep appelle la “littérature mouvante”, par opposition à la “littérature fixée” des proverbes et des dictons qui ne se modifient pas. Il renvoie enfin à des univers imaginaires où l’esprit exercé de l’analyste n’a guère de peine à repérer la trace, la Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim en étant un des exemples les plus connus.
Le conte est-il mort avec la disparition des veillées, la colonisation des foyers par la télévision ? Cette sombre hypothèse semble pouvoir être écartée, ainsi que le suggère le succès littéraire et cinématographique de récits dont la dimension “initiatique”, comme on le dit parfois, paraît bien assumer l’héritage des contes édifiants de jadis. Peter Pan et Harry Potter ont pris, depuis un demi-siècle, une place abandonnée par Ulysse, Barbe bleue ou Robin des Bois. À travers ces récits, l’affrontement des bons et des méchants, du vice et de la vertu, de la victime et du bourreau poursuit son cours sans fin. Comme dans la vraie vie…
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