2006
Informations sociales
Partie 2 : Comment gérer les rapports entre générations – ... en contrepoint
Générations politiques des années soixante-dix
Alain Vulbeau
Hélène Hatzfeld, Faire de la politique autrement, Paris, PUR/ADELS, 2005
Les années soixante-dix ont été prises dans des bouleversements politiques qui ont affecté les partis, les syndicats et les associations. Jusqu’à cette période historique, les partages traditionnels entre ces groupements attribuaient aux premiers la représentativité des électeurs, aux seconds celle des travailleurs, et aux troisièmes celle des usagers. Ce, depuis le début du xx e siècle. L’après-68 fut un moment de recomposition où l’on vit émerger de nouvelles formes d’engagement, d’autres terrains de luttes, des acteurs jusque-là improbables ou méconnus.
Avec le slogan “Tout est politique”, s’ouvrent des perspectives alors qualifiées de gauchistes ou d’utopiques. Faire de la politique, c’est se donner les moyens de mettre fin à une domination qui doit être débusquée partout et pas seulement dans le monde économique, que ce soit dans les médias, l’éducation, la santé ou la vie quotidienne. L’action politique se trouve sur des terrains inattendus pour l’époque : la place des femmes, la question du nucléaire et, plus généralement, du cadre de vie et de l’environnement, la société de consommation et les logiques productivistes, etc.
Les caractéristiques dominantes de cette nouvelle approche de la politique se trouvent à deux niveaux. D’abord, il y a la transversalité des questions de rapports de pouvoir : elles désignent de nouveaux couples antagonistes, au-delà du patron et du travailleur, comme l’homme et la femme, l’adulte et l’enfant, le travailleur social et le pauvre, le médecin et le malade, ce qui s’exprime avec la volonté de “libération”. Ensuite, on note la volonté de réappropriation collective d’un pouvoir qui serait partagé par tous, avec l’idée de participation.
Du côté de la gauche, des réseaux issus de la Résistance et de la Libération irriguent ces courants, comme le réseau mendésiste, le réseau Reconstruction ou le club Jean-Moulin. Mais c’est surtout avec le Parti socialiste unifié, qui prône l’autogestion, les groupes d’actions municipales, tenants de la participation et du pouvoir local, et la CFDT, “quasi-parti politique”, que se développent des courants de pensée qui vont irriguer le parti socialiste jusqu’à sa prise du pouvoir en 1981.
La notion de mouvement social, mise en lumière notamment par Alain Touraine, questionne la politique à partir d’une orientation humaniste où sont reconfigurés les liens de l’individu et du collectif, et réinterrogées les valeurs du “vivre ensemble”. Ainsi, l’espace local et l’action participative deviennent des critères incontournables du renouvellement démocratique.
Les années 1970 semblent maintenant bien éloignées et des noms comme Plogoff ou Lip ne parlent plus beaucoup. Pourtant, c’est bien dans ce creuset que s’est opéré un travail de traduction entre l’utopie de Mai 1968 et le travail de réforme des années 1980.