Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 23 à 23
doi: en cours

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Partie 1 : Les fondamentaux du social dans l'enseignement – La pensée de...

n° 135 2006/7

2006 Informations sociales Partie 1 : Les fondamentaux du social dans l’enseignement – La pensée de...

Emile-Auguste Chartier dit Alain (1868-1951)

Julien Damon
Normalien, agrégé de philosophie, Emile-Auguste Chartier est le type même du grand enseignant. Connu pour ses célèbres propos – tirés de ses chroniques publiées régulièrement dans la presse sous le pseudonyme de Alain – c’est en tant que professeur de Khâgne au lycée Henri IV qu’il a laissé une empreinte très marquée sur une génération (voire plusieurs) d’intellectuels qui entreront, entre autres, à l’Ecole normale supérieure.
Enseignant philosophe, tourné également vers le journalisme, inspiré de pragmatisme et de vie quotidienne, Alain était pleinement engagé dans la vie de son temps. Républicain radical, pacifiste militant, moraliste tolérant, il devient engagé volontaire, comme artilleur, sur le front où il perd à la fois une certaine insouciance et un pied qui, broyé, le laissera boiteux à vie.
Traducteur d’Aristote, passionné de peinture, auteur – au-delà de ses recueils de propos – de grands traités d’esthétique et de métaphysique, d’un violent pamphlet contre la guerre (une abdication de la volonté), et d’un texte (qui paraîtra en Braille) pour l’harmonie des aveugles, Alain se caractérise par ce genre littéraire qu’il a mis au point : les propos. Ceux-ci sont de petits textes, aux formules séduisantes et aux thèmes d’actualité, qui couvrent presque tous les domaines, s’adressant à tout un chacun et pas seulement aux érudits. On en décompte plus de cinq mille !
Célèbre pour ses combats et espoirs pacifistes et antifascistes déçus, pour son humanisme et son souci de bonne mesure, Alain a consacré sa vie à l’enseignement. En témoignent ses propos sur l’éducation ou sur la pédagogie enfantine. L’éducation, c’est ne pas enfermer l’enfant dans l’enfance, mais le conduire à l’humanité adulte. Alain note précisément que “l’enfance n’est pas en elle-même sa propre fin”. Et d’ajouter “Que signifie éduquer, en effet, si ce n’est instituer l’homme dans l’enfant ?”. L’initiation à la pensée, l’apprentissage de la liberté, l’exercice de l’esprit critique : telles sont les missions de l’école et les vertus de la lecture. Car, pour Alain, “savoir lire est le tout”. Une remarque certainement à placer encore aujourd’hui au frontispice de bien des lieux où l’on enseigne…
Au centre de la réflexion connue d’Alain, on trouve le bonheur. Celui se conquiert plutôt qu’il ne se reçoit. Volonté et lucidité doivent autoriser l’atteinte du bonheur car “l’homme n’est heureux que de vouloir et d’inventer”. Etre heureux est le fruit d’un effort résolu. Et, en la matière, les propos sont aussi des leçons et des prescriptions. “Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux”.
Selon Alain, la volonté est au cĹ“ur du bonheur, et, plus largement, de l’activité et de la spécificité humaines. Raison, volonté et maniement du doute permettent de se trouver et de se gouverner pour gérer au mieux sa liberté. Temporel, certes, mais à vocation universelle, le travail d’Alain – qui se goûte dans ses si percutants propos – est toujours à lire et à méditer sans modération.
·  Mars ou la guerre jugée, 1921.
·  Propos sur le bonheur, 1925.
·  Propos sur l’éducation, 1932.
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