2006
Informations sociales
Partie 2 : Le savoir social à l’épreuve du territoire – ... en contrepoint
Les débats de la formation
Alain Vulbeau
Jacques Ion (dir.), Le travail social en débat(s), Paris, La Découverte, coll. “Alternatives sociales”, 2005
Les auteurs de cet ouvrage collectif dirigé par Jacques Ion l’ont titré Le travail social en débat(s). Le “s” entre parenthèses à la fin du mot débat doit être pris comme un marqueur primordial et non comme un signe de mise à l’écart ou de minoration. Les débats portent sur les acteurs directs du social, sur leurs commanditaires, ainsi que sur les modes d’intervention et sur les formations. Ils se sont également diversifiés au plan de la recherche. Les sociologues du champ sont passés des thématiques du contrôle social et du “trop d’État” à l’interrogation sur comment “faire société” dans un contexte de montée du libéralisme. De plus, il faut désormais compter avec l’émergence des travailleurs sociaux dans la recherche. La formation des professionnels n’échappe pas à cette mise en débat(s) généralisée. Comme le rappelle, en premier lieu, F. Chobeaux, qui signe ce chapitre, ce secteur concerne “37 000 personnes dont 25 000 en formation initiale, 15 certifications dont 7 ouvertes à la formation initiale, 305 centres de formation agréés par l’État”. On recense “9 formations accessibles sans le bac, 6 exigeant le niveau bac+3 qui permettent de conduire à des diplômes de niveau V au niveau I”. Mais il faut ajouter des formations particulières à ce tableau : celles des professionnels de la PJJ, des métiers de la ville, des métiers de la médiation et des divers secteurs de l’animation, etc.
Les diplômes de niveau 3, qui concernent le cÅ“ur du métier du social sont en cours de refonte pour intégrer les contraintes liées à l’arrivée de la validation des acquis de l’expérience. Le vieillissement des générations de professionnels est un problème puisque, selon les secteurs, c’est en moyenne 37 % de jeunes diplômés qu’il faudra intégrer en remplacement des départs massifs en retraite.
Le financement de la formation est un point crucial. L’État agrée les centres, définit les contenus et valide les diplômes, tandis que la région finance les centres de formation. Comment concilier la fonction régulatrice du premier face à la montée en puissance de la seconde ?
La formation débouche sur une inflation de titres, de certificats et de diplômes. La question de l’identité professionnelle et d’une culture collective est ainsi posée, que ce soit dans les programmes de formation ou du point de vue de l’action des professionnels. Pourtant, le choix de l’État ne semble pas avoir pris en compte ces données : celui-ci continue d’inventer des formations uni-thématiques et uni-sectorielles.
La relation aux formations universitaires interroge l’autonomie de départ des formations en travail social. Ces dernières se situent dans des perspectives professionnalisantes mais en tirant vers le haut (niveaux 2 et 1), ce qui déconsidère de fait les niveaux de qualification 4 et 5.
Les formations sont à un carrefour. Ou bien elles continueront de s’effectuer entre pairs, en lien avec une forte alternance, mais ce sera au prix d’un statut d’“exception culturelle” dans le paysage européen. Ou bien elles deviendront un mode de formation d’opérateurs, de techniciens, de cadres et d’ingénieurs, de façon homogène par rapport à tous les autres secteurs de la formation.