2006
Informations sociales
Partie 2 : Le savoir social à l’épreuve du territoire
Le rôle de la DGAS au regard des formations sociales
Une nécessaire articulation état/région
Raymonde Michel
DGAS, chef du bureau Professions sociales et Travail social
La décentralisation (loi du 13 août 2004) amène l’État à redéfinir son rôle au regard des compétences et des responsabilités qui lui incombent, principalement en ce qui concerne les diplômes du travail social et le contrôle des établissements, ainsi que la garantie de la qualité des formations. La DGAS met l’accent sur sa volonté d’associer tous les partenaires concernés, notamment grâce à différentes structures de concertation.
Construction des diplômes de travail social sur la base de référentiels professionnels et ouverture à la validation des acquis de l’expérience : deux exemples concrets de réalisations relevant de la responsabilité de l’État dans le champ des formations sociales. Toutefois, la définition des objectifs de ces formations au plan national passe par une coopération étroite avec tous les acteurs concernés, dont, désormais, la région au premier plan.
La loi du 13 août 2004 relative aux libertés et aux responsabilités locales confie aux régions la responsabilité de la définition et de la mise en Å“uvre de la politique de formation des travailleurs sociaux ainsi que celle du financement de la formation initiale et des aides aux étudiants. C’est dans le cadre du Plan régional de développement de la formation professionnelle (PRDF), adopté par la région et élaboré avec l’ensemble des acteurs concernés, que la région définit sa politique en matière de formation des travailleurs sociaux. Le PRDF, qui vaut schéma régional des formations sociales, constitue l’outil par lequel la région recense les besoins de formation et indique comment elle compte y répondre : voies et moyens, priorités, localisation des formations.
Le transfert de compétences aux régions s’accompagne d’un recentrage du rôle de l’État. Les diplômes de travail social demeurent nationaux et sont délivrés par l’État. Ils sont créés et organisés dans le cadre des orientations du ministre chargé des Affaires sociales. L’État contrôle également les établissements de formation préparant aux diplômes de travail social afin de s’assurer du respect des programmes, de la qualification des formateurs et des directeurs d’établissement et de la qualité des enseignements dispensés.
On le voit, l’articulation État/région est nécessaire et ces deux acteurs y apporteront leurs savoir-faire complémentaires. Pour la région : sa compétence de droit commun en matière de formation professionnelle et d’apprentissage ; pour le ministère chargé des Affaires sociales : ses compétences et son expérience en matière de politique d’action sociale, d’organisation et de certification des formations sociales.
Naturellement, la DGAS recherche constamment le dialogue avec les régions. Ceci n’a rien d’étonnant car l’habitude du travail en partenariat est profondément ancrée dans cette maison, tout comme le sens du service public et de l’intérêt général.
Comme le prévoit la loi du 13 août 2004, les objectifs liés aux certifications demeurent de la compétence de l’État dans le cadre des orientations définies par le ministre chargé des Affaires sociales, après avis du Conseil supérieur du travail social (CSTS). Ces orientations se substitueront à celles du schéma national des formations sociales 2001-2005 en ce qui concerne l’adaptation qualitative de l’offre de certification. À titre d’illustration, on peut citer quelques axes essentiels, en matière de construction des diplômes, de ce schéma national qui fut adopté après des travaux menés en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, via le CSTS : construction de la certification (diplôme et formation) sur la base de référentiels professionnels (fonctions/activités et domaines de compétences) ; diplômes généralistes attestant de compétences génériques propres à chaque métier et donc mises en Å“uvre dans différents domaines d’intervention et face à des publics diversifiés ; renforcement de la fonction qualifiante des sites de stage (lieux d’acquisition de connaissances et de savoir-faire) permettant aux employeurs de prendre toute leur place au sein du processus de formation dans le cadre de l’alternance enseignement théorique/formation pratique, fondement pédagogique des formations sociales ; évolution du mode d’élaboration et de réforme des diplômes de travail social par la mise en place d’une Commission professionnelle consultative (CPC) du travail social et de l’intervention sociale.
De telles orientations demeurent probablement d’actualité et serviront de socle. Pour s’en assurer et afin que les prochaines orientations ministérielles en matière de formations et de diplômes de travail social puissent être définies, un travail préalable doit être réalisé. Il faut à la fois évaluer les grandes orientations du schéma national des formations sociales 2001-2005 pour identifier ses avancées et ses limites, actualiser les données ainsi que les prospectives de base et prendre en compte les changements et les évolutions des politiques sociales avec leurs impacts sur les savoirs et les méthodes professionnels du travail social.
Il va de soi, pour la DGAS, que ces travaux doivent être conduits en coopération avec l’ensemble des partenaires concernés (régions, départements, ministères concernés, partenaires sociaux, établissements de formation). C’est pourquoi un comité de pilotage associant ces différents partenaires a été constitué. Les travaux se poursuivront toute l’année.
Les textes réglementaires (décrets et arrêtés) relatifs à chacun des diplômes de travail social concrétisent les travaux d’adaptation qualitative des certifications réalisés par la DGAS avec la collaboration active de la CPC du travail social et de l’intervention sociale. Cette dernière est composée de l’ensemble des acteurs et est présidée alternativement par un représentant des employeurs et un représentant des salariés. Concrètement, elle intervient à plusieurs étapes. Elle est consultée quant à l’opportunité d’entreprendre des travaux visant à actualiser, à réorganiser ou à reconstruire un diplôme de travail social. Elle mandate des professionnels qui constituent le groupe technique spécifique aux travaux menés sur le diplôme, sous l’égide de la DGAS. Enfin, elle formule un avis sur les travaux ainsi menés.
Ces travaux s’inscrivent dans le cadre des orientations nationales. L’exemple le plus emblématique est celui de la reconstruction des diplômes de travail social sous forme de référentiels selon une démarche de compétences. Ces refontes sont opérées selon une démarche inversée de construction des diplômes. Il ne s’agit plus de commencer par définir le contenu de la formation, puis les épreuves du diplôme, mais de déterminer d’abord les contenus de l’exercice professionnel (contexte, fonctions et activités principales) et les compétences professionnelles nécessaires pour exercer ce métier de manière qualifiée : c’est le référentiel professionnel, puis les modalités de validation de ces compétences professionnelles (référentiel de certification et VAE), et enfin, la formation permettant de les acquérir (référentiel de formation).
La rénovation des diplômes permet en outre :
- d’une part, de mettre en évidence la spécificité de chacun des métiers et, en parallèle, d’identifier les similitudes de compétences entre métiers afin d’organiser des transversalités entre certifications, ce qui permet à la fois la mobilité des professionnels et des parcours de formation adaptés et plus courts ;
- d’autre part, d’appliquer pleinement la validation des acquis de l’expérience (VAE). Les diplômes de travail social peuvent très concrètement être obtenus en tout ou partie par la VAE : un candidat auquel le jury attribue une partie du diplôme par ce biais a la possibilité de choisir de poursuivre sa qualification par la formation menant au diplôme, tout en étant dispensé de la partie correspondant aux compétences qui lui ont été validées.
La mise en Å“uvre de la VAE, qui est devenue une voie importante de certification pour les diplômes de travail social, montre aussi la complémentarité des acteurs qui opèrent tous dans le même objectif de qualification : les régions en matière de mise en place de la formation initiale et également, avec les branches professionnelles, de la formation tout au long de la vie et de l’apprentissage ; l’État pour la certification des professionnels par la VAE, comme par les autres voies d’accès aux diplômes. Ainsi, par exemple, en 2005, l’État (DRASS) a délivré près de 8 500 Diplômes d’État d’auxiliaire de vie sociale (DEAVS), dont environ la moitié par la VAE.
La qualité de la formation
Il appartient à l’État de garantir la qualité des formations dispensées par les établissements de formation publics ou privés qui préparent aux diplômes de travail social ; ces établissements participent au service public. En amont, il s’assure de la conformité aux textes et de la capacité pédagogique des établissements de formation souhaitant dispenser les formations sociales dans le cadre de la déclaration préalable auprès du directeur régional des affaires sanitaires et sociales, à laquelle chaque établissement est soumis par la loi du 13 août 2004.
La formation est ensuite mise en Å“uvre par l’établissement, et les référentiels de formation des diplômes de travail social sont suffisamment souples pour que le contenu de l’enseignement puisse s’adapter à l’évolution des politiques et que la place soit laissée aux projets pédagogiques des établissements. Les DRASS apportent, par ailleurs, leur appui technique auxdits établissements pour la mise en place des diplômes. En outre, l’État vérifie la conformité et la qualité de la formation dispensée aux candidats préparant le diplôme, dans le cadre du contrôle des établissements de formation confié aux préfets de région (DRASS) par la même loi du 13 août 2004.
Garantir une prise en charge et un accompagnement social et/ou éducatif de personnes en situation de fragilité par des professionnels qualifiés constitue un enjeu majeur dans un champ aux problématiques complexes où trois préoccupations (certification, politiques sociales, développement de l’emploi) se croisent. La décentralisation a mobilisé un nouvel acteur essentiel au regard des formations sociales : la région. Cette nouvelle donne offre la possibilité d’élargir les partenariats autour d’une ambition commune : développer la qualité et l’efficacité de l’accompagnement social en Å“uvrant à la qualification des professionnels, et il serait dommageable d’y travailler de manière cloisonnée. La détermination des modalités de partage d’informations, de coopération et d’articulation entre l’État et la région est une nécessité évidente.