Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 75 à 76
doi: en cours

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Partie 2 : Le savoir social à l'épreuve du territoire – ... en contrepoint

n° 135 2006/7

2006 Informations sociales Partie 2 : Le savoir social à l’épreuve du territoire – ... en contrepoint

Le travail social en question

Paule Paillet

Michel Perrier, La construction des légitimités professionnelles dans la formation des travailleurs sociaux, L’Harmattan, 2006

Michel Perrier évoque dans son ouvrage la difficulté pour les métiers du social à mettre en relation les exigences du terrain. Une analyse précise qui met bien en lumière la situation des éducateurs spécialisés (ES) et des assistants sociaux (AS). Les qualités requises pour les travailleurs sociaux ne posent pas problème : un souci de l’autre de type humanitaire, une capacité d’écoute, de contact, un équilibre personnel assuré. Mais au-delà de ce tronc commun indiscutable, des divergences se font jour. L’accent mis sur le vécu, sur le savoir-être (notion elle-même difficile à cerner...) oblige l’ES à s’appuyer sur une sorte d’autojustification, puisqu’il doit incarner le modèle d’identification qu’il propose, modèle lui-même induit par la norme sociale. La position de l’AS semble mieux assurée : il est le médiateur entre l’État et l’usager, dispose d’un savoir-faire opérationnel grâce à des connaissances acquises en formation, mais celles-ci relèvent d’une somme de savoirs “subordonnés aux savoirs des autres” : médecins, juristes, psychologues, sociologues. La divergence entre ce qu’on demande aux ES, d’une part, et aux AS, d’autre part, se révèle par la place accordée à l’oral et à l’écrit, ce dernier étant indissociable du diplôme. Les points de vue exprimés par les formateurs quant à l’exigence du baccalauréat pour l’accès à la formation d’ES sont très révélateurs. Certains y voient l’assurance d’un certain niveau de culture, tandis que d’autres formateurs objectent que l’absence de diplôme ne doit pas devenir un obstacle à la légitimation, la mystique du terrain ne devant pas s’effacer devant un savoir labellisé ni l’éthique devant l’impératif managérial ni la compétence “vocationnelle” perdre sa valeur devant la qualification acquise.
Le débat relatif au partage entre l’oral et la culture écrite débouche sur le problème du pouvoir et touche par là au politique. Les interventions réparatrices du travail social ne contribuent-elles pas, à la fois, à conforter la structure de l’État, certes garant du statut social mais aussi des inégalités, à freiner une remise en cause des valeurs inculquées dont le politique use à ses fins, à faire obstacle à une conscience contestataire ? Il ne s’agit pas de nier l’intérêt du travail social mais d’interroger ses possibles ambivalences.
Le livre n’aborde pas de front cette interrogation relative au pouvoir, mais son analyse rigoureuse des moralités de formation la suggère fortement. Ces moralités peuvent-elles concilier l’idée que le travailleur social a, par tradition, appris à intégrer avec ce que la société attend de lui ? Dans un monde régi par la loi du rendement et de l’efficacité, à quelle aune mesurer la valeur d’une éthique humaniste face au diktat de la quantification ? La tension entre la logique orale “vocationnelle”, qui privilégie la parole, et la logique scolaire-professionnelle, par laquelle la maîtrise de l’écrit est indispensable, demeure une des difficultés que rencontre la formation des travailleurs sociaux dans la construction de leur légitimité.
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