Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 90 à 91
doi: en cours

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Partie 3 : L'articulation formation/métier dans un nouveau contexte – Rubrique

n° 135 2006/7

2006 Informations sociales Partie 3 : L’articulation formation/métier dans un nouveau contexte – Rubrique

Quels diplômes... pour quels métiers ?

François Chobeaux Après avoir été animateur, infirmier de secteur psychiatrique puis éducateur en prévention spécialisée, il est aujourd’hui directeur national des CEMEA, chargé des politiques sociales. Par ailleurs animateur du réseau national “Jeunes en errance” et de la Conférence permanente des organisations professionnelles du social (CPO), il a récemment publié Les nomades du vide, nouvelle édition augmentée, La Découverte, 2004.
Posons-le abruptement : est-il nécessaire d’effectuer trois ans de formation pour être éducateur en foyer, conseillère en économie sociale et familiale, ou encore assistante sociale chargée de gérer au quotidien la misère humaine dans une circonscription d’action sociale ? La question est ainsi posée par des employeurs pragmatiques qui y répondent durement en cherchant des salariés porteurs d’expériences mais pas nécessairement titulaires des diplômes consacrés par la profession et par les conventions collectives.
Compétence contre qualification, la question n’est pas d’aujourd’hui. Et elle mérite d’être examinée. Que vaut la compétence acquise sans le diplôme ? Le principe de la Validation des acquis de l’expérience (VAE) y répond de façon dynamique en postulant la possible certification de ceux qui ont appris sur le terrain et qui sont capables de prendre du recul. Ce qu’il advient actuellement des premiers dossiers de VAE pour les diplômes d’éducateur spécialisé et d’assistant de service social est alors à observer de près, afin de faire la part entre la juste validation des savoirs et des pratiques pour des personnes qui n’ont pas suivi le “bon” circuit initial et l’accusation permanente de bradage des diplômes dans une défense des statuts corporatiste portée par nombre de formateurs et d’organisations professionnelles.
D’autres employeurs, les mêmes parfois, se sont engouffrés dans les possibilités ouvertes par la dynamique des emplois jeunes et, plus largement, des emplois insertion. Médiateur de rue, correspondant de nuit, femme relais, adulte relais… autant de fonctions que les travailleurs sociaux en titre, diplômés, pourraient assumer si l’organisation de leur travail leur en donnait le temps et la possibilité. Mais il est facile de dire qu’ils ne savent pas le faire tout en les limitant à des tâches d’urgence ou de visibilité médiatique.
Revenons au point de départ. En fait, les diplômés sont de plus en plus interrogés sur l’intérêt et l’adaptation de leurs diplômes à leurs missions. Prenons le cas des métiers et des diplômes de niveau 3 [1] : assistant de service social (AS), conseiller en éducation sociale et familiale (CESF), éducateur spécialisé (ES). Trois ans de formation solide, coûteuse pour la collectivité publique, n’est-ce pas trop pour des fonctions de technicien supérieur ? N’est-il pas possible de faire le même travail à moindre coût, à moindre diplôme ? Question politiquement incorrecte qui vaut d’être posée.
Et si une grande part de ce que font les AS, CESF et ES interchangeables dans des organisations qui ne leur laissent aucune initiative pouvait être fait par d’autres ? C’est ce qui est en train de se passer dans les secteurs périphériques du “noyau dur” des pratiques du social, hors protection des conventions collectives. Et si on lisait ainsi les choix d’employeurs qui vont vers les moniteurs éducateurs pour des fonctions d’éducateurs, et vers des femmes relais ou adultes relais ? Certes, certains d’entre eux le font par intérêt financier, et parfois par intérêt clientéliste. Est-ce toutefois une raison pour ne pas chercher à comprendre ce qui se passe, au-delà de ces analyses souvent légitimes mais partielles ?
Je ne dis pas ici que les métiers de niveau 3 doivent disparaître au profit de ceux de niveau 4 et de leurs diplômes. Mais il me semble que la réalité des fonctions qu’occupent nombre de titulaires de diplômes de niveau 3 tend fortement vers du niveau 4, et que l’adaptation des embauches se pose.
Le problème pour ces titulaires de diplômes de niveau 3 est qu’ils ne sont pas préparés à occuper des postes plus complexes s’approchant du niveau 2, et que quand bien même ils s’y forment après des années de pratique dans une logique promotionnelle qui a longtemps été à l’Å“uvre dans le social, ils se retrouvent en concurrence avec des jeunes diplômés qui sortent de l’université. Des employeurs croient trouver chez ces jeunes les perles rares, dynamiques et non corporatistes ; le proche avenir dira ce qu’il en est sur le terrain, le présent montre que tout ne va pas si simplement.
Alors, comment articuler la professionnalisation, et la certification qui y est liée, avec les impératifs des emplois ? Peut-être en revisitant de fond en comble la conception française de l’action sociale, et en faisant alors évoluer fortement les formations et les diplômes. Si le social devient encore plus qu’aujourd’hui, malgré les discours politiques et les affirmations généreuses, une structure assistancielle et réparatrice pour les usagers, centrée sur l’individu et chargée de faire comprendre à ce dernier le poids de sa responsabilité propre dans ce qui lui arrive, nul besoin de professionnels aux formations complexes. Cela relève aussi bien des actuels métiers de l’accompagnement que de ceux de l’ingénierie. En revanche, si l’objectif du social est l’autonomie responsable et active des citoyens au moyen de démarches d’action collective et de développement coopératif, un grand besoin de professionnels de niveau 3 et de cadres formés radicalement autrement se fait entendre.
 
NOTES
 
[1]La grille interministérielle des niveaux d’homologation définit cinq niveaux. Parmi ceux-ci, le niveau 3 regroupe les emplois exigeant normalement des formations du niveau DUT ou BTS, ou de fin de premier cycle universitaire ; le niveau 4 regroupe les emplois de maîtrise ou d’ouvrier hautement qualifié et pouvant attester d’un niveau de formation équivalent à celui du brevet professionnel, du brevet de technicien, du bac professionnel ou du bac technologique.
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