2006
Informations sociales
Partie 3 : Valeurs appliquées : l’idéal du social à l’épreuve
Du sens, ici et maintenant
Repenser le type d’intervention
Hélène Strohl
Inspectrice générale des affaires sociales, rapporteuse générale du rapport annuel 2005 de l’IGAS. Ce document est édité par La Documentation française en 2005 et consultable sur www.ladocumentationfrancaise.fr/rapportpublic/igas
À partir du travail effectué pour l’élaboration du rapport annuel de l’IGAS, l’auteur analyse ce qui sous-tend les pratiques sociales, ce qui fait sens pour les travailleurs sociaux. Cependant, les évolutions de la société et des politiques sociales mettent en défaut les réponses possibles, rendant intenable la position de ces agents. Il conviendrait de sortir de ce modèle pour travailler davantage dans le registre du travail d’intérêt collectif, peu développé en France.
Situations de crise, d’urgence ou bloquées..., le quotidien confronte souvent les professionnels à un sentiment d’impuissance. Le modèle de la réponse sociale individuelle reste-t-il adapté ? Peu pratiquée en France, l’approche collective permet, quant à elle, de s’appuyer sur une dynamique qui vise à développer les solidarités de base et l’entraide entre pairs.
Parler du sens du travail social, c’est bien sûr renvoyer aux systèmes de valeurs qui sous-tendent ses objectifs à la fois pour les politiques et pour les commanditaires, pour les travailleurs sociaux et pour les usagers.
Cette réflexion s’inscrit dans deux perspectives. Tout d’abord, celle qui a fondé la commande de cet article, c’est-à-dire le travail effectué pour l’élaboration du rapport annuel de l’IGAS 2005 :
L’intervention sociale, un travail de proximité
[1]. Il s’agit d’un ouvrage collectif, réalisé par quatorze membres de l’IGAS, qui a été discuté dans différentes instances collectives et reflète donc des positions communes. En tant que rapporteure générale de cette synthèse, avec Claire Aubin, j’ai, pendant plus d’un an, exploré le domaine du travail social, essayant de décrypter les arcanes institutionnelles complexes de ses donneurs d’ordre, de comprendre et d’apprécier les différentes pratiques à l’
Å“uvre, de resituer nos observations de terrain, nos rencontres avec de nombreux professionnels, avec des usagers et avec des administratifs dans une perspective plus générale, notamment celle fournie par l’abondante littérature consacrée au travail social.
Ensuite, dans une perspective plus personnelle, six mois après la sortie du rapport et près d’un an après la fin de sa rédaction, il m’est apparu utile de reprendre certaines de ses conclusions, certains de ses constats ou certaines de ses propositions, en les replaçant dans une perspective sociologique plus large
[2].
Deux conceptions du travail social coexistent, s’opposant parfois, s’articulant plus rarement. Elles vont déterminer l’objectif et les modes d’intervention de ce dernier, qui est à la croisée des chemins et qui peut, s’il évolue, participer de manière très forte à la cohésion d’une société qui a profondément changé.
Dès l’origine, deux visions du travail social
Si l’on se réfère aux grands ancêtres, on trouve, dès l’origine, deux modes d’intervention : l’un de restauration et de suivi des personnes (
case work) ; l’autre, d’intervention sur le milieu de vie. Ce sont, dans les
settlements anglais, ces étudiants qui vont vivre sur place, dans les quartiers ouvriers, pour traiter avec les gens du changement de leurs conditions de vie ; ce sont, en France, les “maisons sociales”, bien décrites par les historiens du travail social : “
L’initiative des maisons sociales permet de faire émerger trois idées qui marqueront ultérieurement le travail social : d’une part l’idée de proximité géographique, d’autre part l’importance accordée à une présence permanente de ceux qui aident, enfin l’intervention collective et globale de l’intérieur d’un milieu donné sur tous les aspects de la vie quotidienne”
[3].
Longtemps, la France a opposé au modèle du case work celui de l’intervention auprès des familles. Il est clair cependant que tous les deux participent d’une même conception selon laquelle, dans une société d’individus égaux en droits, l’exclusion renvoie aux caractéristiques propres de ces individus, en termes de capacité ou de manque, en matière d’éducation, de formation ou encore d’accès aux droits sociaux, tels que le droit à la santé, au travail, au logement… L’exclusion, la pauvreté, le handicap sont conçus comme des caractéristiques individuelles qu’il convient de modifier par un travail sur et avec les sujets. Les outils de cette intervention sociale individuelle qui se décrit maintenant, de plus en plus souvent, comme un accompagnement social individualisé sont notamment le diagnostic ou l’évaluation de la personne (le bilan de compétences en est la version la plus sophistiquée) et le contrat d’insertion.
Il me semble qu’au terme de cette tendance vers toujours plus d’individualisation du travail social, on aboutit à faire de ce dernier un auxiliaire de la protection sociale. Rétablir la personne dans ses droits, lui permettre l’accès aux soins, aux dispositifs de formation, à divers circuits de demande de logement, de secours, de revenus de transfert constituent alors la principale activité de nombre de travailleurs sociaux, notamment dans les services sociaux départementaux.
Cette évolution bute sur plusieurs écueils. La quantité d’individus à aider ne fait qu’augmenter, d’une part, et le plus massivement, sous l’effet d’une évolution économique qui restreint l’accès à l’emploi et au logement, ainsi que le pouvoir d’achat d’un grand nombre de personnes ; d’autre part, parce que le modèle de protection sociale français lui-même conduit à une certaine asphyxie.
Notre système de protection sociale avec sa sophistication, sa complexité, les sentiments antagonistes de soupçon et de compassion judéo-chrétienne qui le fondent rend l’accès aux droits toujours plus long et compliqué. S’y ajoute l’aporie issue de la logique d’égalité des droits sociaux. En effet, au contraire du droit de l’aide sociale, fondé sur une appréciation des besoins des personnes, rapportée certes à leurs ressources, mais aussi à leurs besoins en situation et à leur environnement, le droit de la sécurité sociale se veut normatif et égalitaire a priori : l’accès aux minima sociaux ainsi que celui à la couverture maladie universelle sont régis par des règles strictes qu’aucune appréciation individuelle, même raisonnable ou évidente, ne peut transgresser. Or, pour fonctionner ainsi, seules les caractéristiques qui peuvent se traduire en normes universelles sont éligibles comme conditions de ces droits : seuil de revenu, ancienneté de la demande, âge, genre, niveau de diplôme…
Cette évolution a été largement confortée par la tendance à considérer l’information comme relevant essentiellement d’une approche statistique qui construit un usager moyen, gommant les situations particulières, les difficultés qui ne touchent que de petits nombres “non significatifs”, les solidarités informelles, les échanges non monétaires ou non matériels. Exclusion et pauvreté, isolement et marginalisation sont ainsi paradoxalement décrits comme des phénomènes individuels, des “cumuls de handicaps”, alors qu’il s’agit de situations sociales, d’interactions, de rapports sociaux.
Cette mutation des politiques sociales et de leur interprétation n’est pas sans effet sur le travail des intervenants sociaux.
> Effectué notamment par les assistantes de service social dans les unités territoriales d’action sociale du département, le travail social a été en quelque sorte absorbé par la grande machine à redistribution : certains de ces agents ont l’impression de s’être transformés en machines, d’une part à remplir des imprimés administratifs redondants et qui n’aboutissent pas, faute d’une offre suffisante en termes de logements, d’emplois ou encore de formations adaptées, et d’autre part, à distribuer, sans plus de vision sur l’évolution des personnes, des secours à tous les “sans-droits”, aux sans-domicile et surtout aux sans-papiers.
> À la place du noble case work, avec ses étapes bien répertoriées, de diagnostic/évaluation des besoins, de discussion, de contractualisation avec les personnes, de suivi sur le long terme, ses cas exposés et discutés en réunion de synthèse, parfois à partir de grilles de lecture telles que l’arbre de pertinence, les travailleurs sociaux de circonscription ont pour seul objectif la répartition des personnes entre divers dispositifs de recherche d’emploi ou de formation, de lutte contre le surendettement, d’aide aux impayés, de fonds d’urgence… Car l’imaginaire technocratique, qui croit que la transformation des conditions de vie et la résolution des problèmes socio-économiques passe par le classement des individus dans différentes cases, n’est pas avare de création en ce domaine. D’une certaine manière, les travailleurs sociaux sont ainsi devenus les aiguilleurs de la question sociale, chargés de répartir les flux d’exclus entre d’autres équipes de travailleurs sociaux ou d’administrateurs des fonds sociaux, ou, selon l’horrible expression utilisée par les spécialistes du traitement du chômage, d’“agiter le stock”.
Crise et urgence rythment les journées d’intervention sociale, laissant les travailleurs sociaux éternellement insatisfaits d’avoir proposé une réponse si minime (un secours, pire une demande de secours adressée à une association caritative !), de s’être épuisés à expliciter le manque (de logement, d’emploi…), d’être considérés de plus en plus par les usagers comme des employés de guichet, chargés de répondre à des demandes ponctuelles et insistantes, qui génèrent des situations agaçantes (quand une famille arrive au premier rendez-vous, accompagnée de son avocat, pour “s’assurer qu’on lui accordera tous ses droits”), parfois dramatiques ou cocasses (quand une famille de sans-papiers s’installe pour la journée dans les locaux de l’unité, utilisant les toilettes pour laver tous les enfants, réclamant qu’on chauffe les biberons jusqu’à ce qu’on ait enfin pu trouver une place dans le “Formule 1” voisin). Face à cette intervention individuelle, répétitive et d’une certaine manière désorganisée, l’intervention sociale d’intérêt collectif paraît à beaucoup de travailleurs sociaux inaccessible et quasiment luxueuse.
Une méconnaissance du travail d’intérêt collectif
L’intervention collective est ancienne, on l’a dit. Elle a toujours été considérée par nombre de travailleurs sociaux comme un mode d’intervention intéressant à développer, et pourtant, elle reste très minoritaire en France. Peut-être la redécouverte dans la politique de la ville, aux États-Unis, des bienfaits d’une vision communautaire (
community builders) va-t-elle permettre de réhabiliter cette approche en France
[4] ? Pour l’heure, elle reste cantonnée à quelques expériences : dans les services sociaux des CAF et dans les centres sociaux, comme dans quelques CRAM se sont perpétuées les traditions du développement social local et du travail social avec les groupes. Il ne s’agit pas tout à fait de la même chose, puisque dans un cas, l’objectif est d’effectuer, avec des habitants, un travail en commun qui les amène à faire évoluer leur environnement proche et, partant, à développer des solidarités de proximité, et que dans l’autre, il consiste le plus souvent à réunir des personnes qui partagent un problème (le manque de logement, le handicap, la dépendance à un produit, le fait d’être aidant d’une personne dépendante, etc.), et à s’appuyer sur la dynamique du groupe et sur l’aide mutuelle pour que chacun des membres résolve ou vive mieux ce problème.
Les fondements théoriques cependant sont proches, qui renvoient à une vision systémique des relations, à l’importance des solidarités de pairs et de base, à un travail interactionniste du type de celui de l’école de Chicago. Ce qui est frappant, et nous l’avons constaté dans tous les domaines, c’est que l’approche collective, quand elle est menée avec une utilisation rigoureuse des méthodes de travail avec les groupes et d’intervention communautaire, produit des effets très probants. Nombre de situations individuelles peuvent être prises en main par les usagers eux-mêmes, du fait de l’appui du groupe de pairs. Quantité d’environnements ont changé, dès lors qu’une dynamique de responsabilité collective pouvait être enclenchée
[5].
L’intervention sociale, un protocole compassionnel
Pourtant ce travail n’est pas reconnu, il n’est pas organisé de manière systématique, il est pratiqué sur l’initiative de quelques personnes formées, qui perpétuent une tradition parfois considérée comme archaïque par rapport aux méthodes dites modernes d’intervention car privilégiant une clinique du social, une prise en charge de la souffrance psychique des exclus, une sorte de dramatisation de la question sociale qui ne laisserait en face des travailleurs sociaux que des personnes déchiquetées, déstructurées, auxquelles on ne pourrait offrir autre chose qu’une présence empathique, sorte de protocole compassionnel.
C’est ainsi qu’on continue à bâtir des projets d’insertion, qu’on passe des contrats, qu’on pratique un accompagnement qu’on croit respectueux des personnes, alors même qu’on leur dénie l’imaginaire de leur propre survie. Sauf à espérer enfin – et nombre de travailleurs sociaux vivent encore ou de nouveau sur cette espérance – un changement eschatologique : logement et emploi pour tous, revenu minimum permettant une consommation “normale”, mais non “désincitatif”, demain on rase gratis.
Pour une part, me semble-t-il, le malaise des travailleurs sociaux vient de cette position idéologique intenable, qui les amène à considérer les usagers comme des personnes sans potentialité, sans compétence, comme de pures victimes, et la société, les élus, les politiques, les administrations comme responsables et seuls capables d’amender les conditions de vie de tous. Cette vision à la fois victimaire et rédemptrice de la société ne peut que générer impuissance et ressentiment des travailleurs sociaux aussi bien que des usagers et, partant, méfiance des élus qui emploient les travailleurs sociaux et qui doivent tenter de développer la cohésion sociale sur leur territoire.
La peur française de l’intervention communautaire renvoie à une peur des communautés. Pourtant, de tout temps, l’intervention sociale s’est située dans les communautés et non pas dans la perspective très large de la société. Elle était le fait des paroisses, des abbayes, des corporations de métiers, des confréries (religieuses et de métiers). Plus tard, elle s’est souvent inscrite dans les communautés de travail (les surintendantes), dans les communautés éducatives (l’école) et dans les territoires (la circonscription et son secteur). Il me semble d’ailleurs que l’attachement des conseils d’administration des organismes de Sécurité sociale, critiqué souvent par des esprits rationalistes et centralisateurs, est un héritage de cette vision d’un social local et communautaire.
L’intervention sociale communautaire n’est pas le communautarisme. Les objectifs qu’elle développe sont particulièrement importants dans une époque d’évolution des valeurs communes, notamment du point de vue de la régulation sociale des comportements en société. Le communautarisme est un mode politique d’organisation des pouvoirs et de leur répartition en fonction de l’appartenance des individus à diverses communautés originelles. La France est une république, organisée sur le principe de l’égalité de droits politiques entre tous les individus, quelles que soient leur origine, leur race, leur religion. Toute allusion à l’existence de communautés est donc ressentie dans notre pays comme dangereuse.
Pourtant, toute société fonctionne sur la double appartenance de chacun à la société dans son ensemble, au sein de laquelle il exprime, à travers un système démocratique, ses droits politiques, et à une ou plusieurs communautés, dans laquelle ou dans lesquelles il vit et développe des rapports quotidiens, matériels, affectifs, culturels. Dans les sociétés traditionnelles, habitat, travail et religion correspondaient, dessinant des groupes homogènes. Dans les sociétés industrielles, l’identité professionnelle a, pour une large part, segmenté la société en groupes ou en classes. Dans la société postmoderne, certains pensent que l’individualisme prédomine. On a plutôt l’impression que le réseau de communautés auxquelles chacun appartient s’est densifié et diversifié : l’origine et les religions peuvent toujours dessiner des formes de regroupement, ainsi que le territoire, mais s’y ajoutent les multiples occasions de se regrouper, qu’il s’agisse d’activités culturelles, sportives ou solidaires. La différence étant que ces regroupements sont beaucoup plus labiles, que les identités de chacun peuvent être multiples
[6]… C’est ce que M. Maffesoli a décrit comme un
néotribalisme, dès 1988.
Le problème de certains quartiers, notamment ceux dans lesquels le renouvellement des habitants est important, et dans lesquels les populations qui y logent ont quitté leur “pays”, qu’il s’agisse de leur nation, de leur province ou de leur village, est bien qu’il ne s’y constitue pas ou pas assez de communautés, de groupes solidaires, que les pratiques d’entraide et d’épaulement mutuel n’y sont pas assez présentes. Si bien que les personnes se retrouvent isolées, sans pouvoir disposer d’une communauté de proximité ou, si elles en disposent, appartiennent à une communauté qui exclut toute relation avec d’autres. Ce n’est pas seulement un problème lié à l’exil. Des personnes vulnérables et peu armées pour nouer des relations sont susceptibles de se trouver en situation d’isolement. Ainsi des personnes âgées, qui ne partagent plus les mêmes valeurs que la jeune génération, des personnes à la communication difficile, des personnes qui ne participent à aucune activité permettant la socialisation : travail, formation, activité de loisir sociale…
On aurait tort de se réjouir d’un tel éclatement des individus hors de toute communauté d’appartenance. C’est dans un tel isolement que se développent soit des comportements individuels pervers, violents, voire criminels, soit des tentations d’appartenance communautaire plus dangereuse, mafieuse, délinquante, sectaire. Car, d’une part, la meilleure protection sociale ne pourra jamais prémunir contre tous les aléas de la vie, que seul le partage avec d’autres, l’aide de proches permettra de surmonter
[7]. D’autre part et surtout, le groupe a également une fonction de régulation sociale, de contrôle social.
Les individus laissés à eux-mêmes, sans être redevables d’une quelconque justification de leur comportement à autrui, sont susceptibles d’effectuer des passages à l’acte extrêmement violents. Il nous semble inopportun, mais surtout irréaliste, de vouloir éradiquer tout fantasme pervers, toute pulsion violente, tout désir d’asservissement de l’autre à sa propre volonté ; en revanche, le passage à l’acte peut, lui, être contrôlé. C’est même le propre de toute civilisation que d’établir de telles règles qui empêchent l’assassinat de tous par tous. Notre société a largement eu tendance à déléguer l’exercice de cette autorité à des spécialistes : le juge, le policier, le travailleur social. Si bien que face à un comportement de maltraitance, d’abandon, de nuisance à l’autre, ce sont police, justice et services sociaux que l’on incrimine. Préparant ainsi une course sans fin à toujours plus de professionnels.
Il me semble que l’intervention sociale d’intérêt collectif, conçue comme une intervention visant à étayer les relations de proximité, à aider à construire des communautés de vie, à développer les solidarités de base, à encourager l’entraide entre pairs, non seulement permettrait aux usagers de devenir, ensemble, acteurs de l’amélioration de leurs conditions de vie, mais viserait aussi à protéger par le groupe les individus les plus faibles, face aux inévitables tentations prédatrices des individus non solidaires.
Il est bien clair que l’on ne se situe plus alors dans le registre politique, sociétaire, mais dans celui de la vie quotidienne, des liens de chacun avec les autres proches, les liens communautaires. Les travailleurs sociaux ont là un rôle fondamental à jouer, dans la participation à cette construction sociale. Il n’y a pas concurrence avec le rôle des élus, notamment parce qu’il ne s’agit pas de représentation d’usagers, conçus comme autant de citoyens égaux en droits et en voix, mais d’une présence avec les usagers, d’une sorte d’être là collectif, qui donne sens à la vie en société, au jour le jour. Non plus un sens de leur intervention rejetée vers un lendemain qui chante et une haine du présent, mais un sens ici et maintenant. Je terminerai, en ce sens, par ces mots de M. Maffesoli : “
Ainsi suivant en cela le cycle mystérieux des histoires humaines, à la fascination du futur ou à la recherche éperdue des origines succède parfois l’aventure du présent. Et l’on peut se demander si les chevaliers du Graal postmodernes ne sont pas, justement, les aventuriers du quotidien, ne projetant plus leurs espoirs en d’hypothétiques idéaux lointains, mais s’employant à vivre, au mieux, d’une manière qualitative, au jour le jour, une forme d’intensité existentielle”
[8].
[1]
Le rapport de l’IGAS est édité par La Documentation française et consultable sur son site, ainsi que les quatre rapports thématiques qui ont servi de fondement à sa rédaction.
www. ladocumentationfrancaise. fr/ rapportpublic/ igas
[2]
Je m’appuierai là sur les collaborations que je poursuis depuis de longues années avec le Centre d’études sur l’actuel et le quotidien, qui travaille à une lecture compréhensive de la société actuelle et notamment des changements de valeurs à l’
Å“uvre dans cette société postmoderne.
[3]
E. Jovelin, B. Bouquet,
Histoire des métiers du social en France, Éditions ASH, Paris, 2005.
[4]
C’est en tout cas ainsi que Jacques Donzelot la “rapporte” des États-Unis,
cf. Faire société, la politique de la ville aux États-Unis et en France, Le Seuil, 2003.
[5]
Je renvoie là au rapport de l’IGAS qui cite de nombreuses expériences relatives à la fois aux méthodes du développement social local, au passage d’une action de santé communautaire à une pratique de développement social, à la façon de s’appuyer sur les potentiels du collectif, sur le travail communautaire…
[6]
M. Maffesoli,
Le temps des tribus, 1988, La Table ronde, 4
e édition, 2005.
[7]
Le meilleur système de recensement et de signalement des personnes âgées isolées en cas de canicule ne remplacera jamais le regard attentif du voisinage, de la famille, du réseau de relations que la personne a pu nouer et qui s’inquiéteront de son sort en cas de risque.
[8]
M. Maffesoli,
L’instant éternel, le retour du tragique dans les sociétés postmodernes, Éditions Denoël, 2000.