Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 125 à 126
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Partie 3 : Valeurs appliquées : l'idéal du social à l'épreuve – ... en contrepoint

n° 136 2006/8

2006 Informations sociales Partie 3 : Valeurs appliquées : l’idéal du social à l’épreuve – ... en contrepoint

Laïcité(s)...

Alain Vulbeau

GREP, “1905-2005, laïcité... laïcités”, revue Pour, nËš 186, juin 2005

À l’occasion du centenaire de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, la revue Pour, issue du Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective (GREP), a consacré un numéro au thème de la laïcité, en posant d’emblée l’idée que cette valeur pouvait avoir plusieurs niveaux d’interprétation, ce qui devait se traduire logiquement par le pluriel “laïcités”. Ce pluralisme est assuré par des contributions d’auteurs appartenant à différentes confessions religieuses ou familles de pensée.
La loi votée au début du XXe siècle instaure la séparation des Églises – essentiellement l’Église catholique en l’espèce – et de l’État, ainsi que la neutralité de cette dernière institution vis-à-vis des différentes confessions qui intégraient la sphère de l’espace privé. Plusieurs articles rappellent le contexte historique de la loi, les différentes étapes de sa maturation jusqu’à sa promulgation, ainsi que les aménagements dont elle fit l’objet.
Le paysage qu’elle a remis en cause était installé depuis des siècles. Il n’avait connu qu’une brève interruption pendant la Révolution française, vite rétablie et confortée par le Concordat, voulu par Bonaparte, en 1801. Ce traité stipulait une dépendance de l’Église puisque, notamment, les évêques étaient nommés par l’État puis entérinés par le pape.
La loi qui a fait l’objet d’un travail parlementaire de plusieurs années, à partir de 1903, institue un nouveau contexte : la liberté de conscience et la liberté des cultes ; la jouissance des lieux de culte par les confessions, ces lieux restant la propriété de l’État ; enfin, diverses dispositions laissant à l’Église catholique un rôle central dans les associations de gestion de ces espaces.
Il faut noter que le terme “laïcité” n’est pas prononcé dans la loi de 1905 et qu’il apparaîtra dans la constitution de 1946. La perception de la loi, elle-même, a évolué tout au long du XXe siècle. Ainsi, selon P. de Charentenay, le couple État-Église est passé “de la séparation à la négociation”. Alors que le pape s’est d’abord senti menacé par la loi – au point de rappeler son nonce apostolique –, par la suite, il comprit que la neutralité laïque pouvait avoir des côtés positifs, notamment en raison de l’entretien des bâtiments religieux subventionnés par l’État et les collectivités locales ou de la prise en charge des enseignants de l’enseignement catholique (loi Debré de 1960). Un exemple relativement récent peut être cité avec la cathédrale d’Évry : l’édifice aurait dû être construit exclusivement à partir de fonds privés mais l’idée d’aménager un musée dans un espace du bâtiment a permis de disposer de subventions publiques.
Désormais en paix avec la religion catholique, l’État laïc trouve un nouveau défi, en ce début de XXIe siècle, avec l’islam. Cette religion, relevant d’une sorte d’“impensé”, avait été mise à part en 1905, alors que l’Afrique du Nord était sous dépendance française. Il faut désormais lui trouver une place avec, entre autres, des formules de financement des mosquées et de formation des futurs imams compatibles avec la neutralité et le respect portés aux autres cultes. Au-delà de l’obligation légale, c’est une véritable culture laïque qui émergera.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis