Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 137 à 142
doi: en cours

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Le social en recherche

n° 136 2006/8

2006 Informations sociales Le social en recherche

Le social en recherche

 
Éducation éthique
 
 
Marie Hélène JOURDAN, Questions d’éthiques. Ethique et prévention des conduites addictives en milieu scolaire. Master professionnel d’éducation à la santé en milieu scolaire., Université d’Auvergne-Clermont 1, IUFM d’Auvergne, 20 avenue Raymond-Bergougnan, 63100 Clermont-Ferrand, 2006, 275 p. + annexes
À l’école, on doit apprendre ceci ! Si cela n’a pas été appris tout petit à l’école, alors il ne faut pas s’étonner que les adultes fassent n’importe quoi ! Combien de fois n’avons-nous pas entendu ces discours qui permettent de clore un débat sur un large accord ? Le plus souvent le débat ne porte pas sur l’acquisition des règles de grammaire ou sur l’apprentissage de l’arithmétique mais plutôt sur des façons d’être en société, des comportements ou des valeurs. Interrogés sur ces questions les enseignants se réfugient le plus souvent derrière les programmes et les savoirs arguant qu’ils sont des enseignants et non des éducateurs. Il arrive pourtant que ces enseignants doivent se confronter à l’enseignement de normes, c’est le cas, par exemple, en éducation pour la santé. Dans un passionnant mémoire de master professionnel, Marie-Hélène Jourdan s’interroge sur l’émergence de la question de l’éthique chez les professionnels des collèges, enseignants, chefs d’établissements, personnels administratifs ou autres qui doivent expliquer à des enfants les questions relatives à la prévention des conduites addictives. Le mémoire est passionnant car il construit, pas à pas, un questionnement à la croisée des réflexions les plus théoriques sur l’éthique et des plus pragmatiques, l’auteure n’oubliant jamais qu’elle fut infirmière. Passionnant aussi par la méthode employée. Les résultats s’appuient sur quatre-vingts entretiens dépouillés avec une grande minutie et qui restituent, tout en l’analysant, la parole des acteurs. Passionnant enfin parce que ce mémoire décrit des professionnels qui s’inscrivent principalement dans une éthique de la loyauté, soucieux surtout “de bien faire ce qu’ils ont à faire”, sans que les convictions personnelles amendent le poids des textes et des programmes. Seul un petit groupe d’enseignants, plus militants, déroge à ces principes, mettant en avant le souci d’accompagner des enfants dans un meilleur vivre ensemble. 1380
 
Le souvenir des leçons oubliées
 
 
Fabrice BRETEL, Éducation à la santé en milieu scolaire : représentations et pratiques de santé des jeunes déscolarisés en situation de précarité., Master professionnel d’éducation à la santé en milieu scolaire. Université d’Auvergne, Clermont-1, IUFM de Lyon, IUFM d’Auvergne, 20 avenue Raymond-Bergougnan, 63100 Clermont-Ferrand, septembre 2006, 59 p.
Que reste-t-il de ce qui a été enseigné lorsque l’école s’éloigne de nous ? Pour répondre à cette question, Fabrice Bretel, assistant de service social, se place dans une situation doublement difficile. Les jeunes rencontrés sont ceux d’une mission locale pour lesquels l’éloignement de l’école a pris la forme d’une déscolarisation. Les ruptures scolaires viennent alors s’ajouter aux ruptures familiales. L’enseignement n’est pas le français ou les mathématiques, c’est à peine un enseignement puisqu’il s’agit de l’éducation à la santé. On pourrait faire l’hypothèse qu’une telle matière, loin du cÅ“ur des savoirs scolaires, ceux qui ouvrent la porte à la réussite ou à l’échec, constitue pour ces élèves le moment d’une respiration, comme pourrait l’être la musique ou l’éducation physique. Ce n’est pas tout à fait vrai, les souvenirs qui demeurent portent sur l’alimentation, le sport et la prévention du sida. Les autres thèmes sont un peu enfouis, voire oubliés. À l’exception des comportements liés à la contraception ou à la prévention du sida, peu d’informations alors données semblent avoir une influence sur les comportements actuels. Comment expliquer cela ? Ces jeunes étaient-ils aussi rétifs que cela à tout enseignement ? Au contraire s’agit-il d’une défaillance des méthodes où ne nous sommes nous pas assez posé la question de savoir pourquoi nous adoptons des comportements, fumer, boire, manger, que la santé publique réprouve ? Le problème ne concerne pas que les jeunes en précarité mais ce sont eux qui en souffrent plus que les autres. Une raison au moins pour suivre les propositions de Fabrice Bretel. 1381
 
Insertion, en avant marche
 
 
Françoise GENG, “Défense deuxième chance” : favoriser l’insertion professionnelle des jeunes., Rapport du Conseil économique et social, 9 place d’Iéna, 75775 Paris cedex 16, 2006, 134 p.
En juin 2005, le ministère de la Défense a lancé un programme tourné vers les jeunes en difficulté d’insertion professionnelle en mobilisant les compétences d’anciens militaires. À la différence des perspectives traditionnelles d’intégration sociale de l’ancien service militaire, ce programme est résolument tourné vers l’accès à l’emploi. Avant d’aborder ce programme dit de “deuxième chance”, le rapport revisite longuement les multiples expériences conduites par les militaires en matière d’insertion professionnelle, qu’il s’agisse des jeunes volontaires, ou des engagés, mais aussi des initiatives prises dans le cadre de la politique de la ville. Inspiré du service militaire adapté outre-mer, ce programme est exclusivement orienté vers les emplois civils et aucun militaire d’active ne participe à son encadrement. Ouverts aux hommes comme aux femmes, sans diplômes ni emplois et surtout faisant acte de volontariat, cette action touche quelque 500 jeunes entre 18 et 21 ans. Le dispositif comprend une triple formation, comportementale, scolaire et pré-professionnelle, le tout en internats dont la rigueur du règlement intérieur n’étonnera personne. Arrivant quelques mois après la mise en place du dispositif, le rapport ne peut constituer une évaluation, il témoigne juste d’une expérimentation dont il pointe les intérêts mais aussi les faiblesses. L’avis rendu par le Conseil économique et social marque un intérêt unanime pour le projet mais se fait plus nuancé s’agissant de la pédagogie employée et des moyens mis à la disposition des équipes qui encadrent ce dispositif. 1382
 
Quand des chômeurs parlent travail
 
 
Yolande BENARROSH, Le travail vu du chômage, une comparaison hommes/femmes., Document de travail, nËš 62, Centre d’études de l’emploi, “Le Descartes”, 29, promenade Michel Simon, 93166 Noisy-le-Grand. Mai 2006, 34 p. www.cee-recherche.fr
Face à la forte montée du chômage dans les années quatre-vingt-dix, de nombreux auteurs et chercheurs se sont alors interrogés sur l’avenir du travail, allant, pour certains, jusqu’à évoquer l’hypothèse de la fin du travail. Dans le même temps, d’autres études montraient que le travail restait une valeur forte et attractive pour les personnes les plus éloignées du travail, allocataires du RMI ou chômeurs de très longue durée. Comment se représente-t-on le travail lorsqu’on en est privé ? Pour répondre à cette question, Yolande Benarrosh adopte une double perspective en confrontant d’abord des discours d’hommes et de femmes pour lesquels la perte du travail a constitué un bouleversement dans leur vie. Hommes et femmes ne réagissent pas de la même manière à cette rupture. Pour les hommes, le travail apparaît lié à une reconnaissance à l’intérieur de leur propre famille, alors que pour les femmes, le travail est surtout vécu comme la possibilité d’une existence en dehors de la sphère familiale. Dans tous les cas, le travail est plutôt pensé par ce qu’il défait en cas de perte que parce qu’il apporte. À cette première approche, Yolande Benarrosh ajoute un second changement de perspective en comparant les discours des femmes françaises et des femmes migrantes. Plus qu’un simple clivage entre ces deux catégories, l’auteure montre que la multiplicité des situations dans le pays d’accueil, les circonstances et l’ancienneté des migrations déterminent les représentations du travail. 1383
 
Du foyer au studio
 
 
Luisa FOMBUENA, Vanessa, Luc et quelques autres : comment passer de “personne entourée à personne seule” ?, Mémoire pour l’obtention du DSTS, IRTS de Lorraine, 201 avenue Raymond-Pinchard, 54100 Nancy BP 2009, 116 p. + annexes, février 2005. (Dir. Ph. Milburn)
Vanessa, Luc, mais aussi Etienne, Caroline, Allan et quelques autres ont en commun, à l’âge de 17-20 ans, de vivre dans des services relevant de l’aide sociale à l’enfance. Certains, peu nombreux, n’ont connu qu’une vie de placement, les autres sont arrivés dans les foyers ou dans des familles d’accueil au moment de l’adolescence. Lorsque Luisa Fombuena les rencontre, ces grands adolescents ou plutôt ces jeunes adultes vivent en studio et non plus dans des structures collectives. L’association qui les accueille a fait le choix de proposer, à côté des foyers traditionnels, des lieux de vie totalement individualisés sous forme de logements autonomes. Cette stratégie éducative pourrait n’être qu’une réponse, presque d’évitement, aux difficultés et violences rencontrées par les internats avec certains jeunes majeurs. À partir d’entretiens, Luisa Fombuena montre que le studio est pour ces jeunes l’opportunité de s’inventer une bonne distance avec leur famille d’origine, le plus souvent avec leur mère, de penser un avenir devenu possible en terme de formation professionnelle et de se créer des relations sociales moins contraintes. À l’inverse des tentations d’enfermement qui redeviennent plus marquées, cette démarche s’inscrit dans un mouvement de fond qui tend à donner un rôle plus actif à la personne, mouvement dont témoigne la mise en Å“uvre de la loi de janvier 2002-2. 1384
 
Adultes-enfants, règles du jeu
 
 
Gerison LANSDOWN, Les capacités évolutives de l’enfant, Centre de recherche INNOCENTI, Unicef, 12 Piazza SS. Annunziata, 50122, Florence, Italie. 78 p. 2005. www.unicef-irc.org
L’article cinq de la Convention internationale des droits de l’enfant indique que l’orientation et les conseils donnés par les parents ou les autres personnes en charge de l’enfant doivent tenir compte des capacités de celui-ci à exercer ses droits en son nom propre et complète cette approche en introduisant le concept des capacités évolutives de l’enfant. Cette notion est tout à fait passionnante par la pluralité des équilibres qu’elle construit autour de l’enfant. Équilibre entre le droit au respect et à la protection et le droit à une autonomie croissante de participation et de décision, équilibre aussi évolutif entre les droits des parents et ceux des enfants, reconnaissance du fait que les enfants acquièrent des compétences à des âges différents en fonction des environnements, des expériences de vie et des cultures. Le rapport de recherche de l’Unicef propose une mise en forme de ces capacités évolutives autour de plusieurs thématiques : la capacité à comprendre et à transmettre des informations pertinentes, la capacité de penser et de choisir avec une certaine autonomie, la capacité d’évaluer les avantages, les risques et les dommages potentiels, la possession d’une échelle de valeur relativement stable. Chaque domaine des droits de l’enfant pourrait alors être approfondi en utilisant ces critères, qu’il s’agisse de la liberté religieuse, de la liberté d’association et d’information, de l’âge de la responsabilité pénale ou du consentement sexuel et, bien sûr, du rôle du travail et du fonctionnement des relations familiales. Il s’agit, à travers de ce rapport, de redéfinir dans le fond les responsabilités des adultes à l’égard des enfants et les interactions que cette redéfinition suppose. À lire, surtout pour celles et ceux qui penseraient encore que le rôle de l’Unicef se limite à la vente des cartes de Noël. 1385
 
Les toiles de Paris
 
 
Agnès de FLEURIEU, Laurent CHAMBAUD, Rapport de mission, ONPES-IGAS, septembre 2006. Téléchargeable sur http://www.cohesionsociale.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_A_de_Fleurieu_et_L._Chambaud.pdf
Les personnes sans domicile ne sont jamais autant visibles que lorsqu’elles trouvent un abri, même si celui-ci n’est que transitoire et fragile. La décision de l’association Médecins du monde de distribuer des tentes lors de l’hiver 2005-2006 cherchait d’abord à améliorer les jours et surtout les nuits des personnes à la rue. On ne vit jamais autant les personnes sans abri sur les berges de la Seine ou au bord du canal Saint-Martin. Les promoteurs de l’expérience ne s’attendaient pas non plus à ce que les tentes se rapprochent et forment de véritables villages de toiles. Lorsque vint l’été et que ces mêmes lieux furent investis par les promeneurs de Paris-Plage, deux univers se rapprochèrent mais la jonction ne fut pas souvent réussie. La mission confiée par le Ministère à Agnès de Fleurieu et à Laurent Chambaud devait permettre de prendre la mesure des besoins d’hébergement en été et de rapprocher les points de vue des associations, des centres d’hébergement et de la mairie de Paris. Il s’agissait autant d’une médiation que d’une expertise. Les propositions issues du rapport sont nombreuses : ouvrir toute l’année et 24 heures sur 24 les lieux d’hébergement d’urgence qui s’y prêtent, amorcer une sortie des CHRS vers le logement de droit commun des personnes qui ne relèvent pas de ce type d’hébergement, assouplir les règles de nuitée qui font que des personnes sont obligées de rechercher un hébergement chaque nuit et engorgent le 115, assurer une coordination des maraudes. À côté de ces propositions, les auteurs insistent sur la nécessité de développer des recherches sur des situations de fragilité mal connues : grand âge, handicap, problème de santé, troubles psychiatriques. 1386
 
Petits crédits, grandes insertions
 
 
Line DESCOURRIERE, Catherine CHAZE, Créateurs d’entreprise immigrés et microcrédit., Association pour le droit à l’initiative économique, 4 boulevard Poissonnière, 75009 Paris, juin 2006, téléchargeable sur www.adie.org
Si le microcrédit n’était pas encore bien connu, l’attribution du prix Nobel à Muhammad Yunus, un des promoteurs de ce mode d’intervention, devrait attirer l’attention sur cet outil au service du développement. En France, le microcrédit est porté principalement par l’Association pour le droit à l’initiative économique, une association, créée en 1989 par Maria Nowak, qui aide des personnes exclues du marché du travail et du système bancaire classique à créer leur entreprise et leur propre emploi. Particulièrement efficace dans le cadre de l’économie du Tiers-Monde, le microcrédit s’est développé de façon considérable en Asie, en Afrique et en Amérique Latine. Depuis une quinzaine d’années, le microcrédit se développe dans les pays industrialisés d’Europe et d’Amérique du Nord. S’inscrivant dans le cadre d’un programme comparatif européen, l’étude réalisée par l’Adie insiste sur le fait que les créateurs d’entreprises immigrés recourent très fréquemment à cette technique financière. Elle rappelle d’abord que 13 % des entrepreneurs en France sont des artisans, des commerçants et des chefs d’entreprise immigrés comme si le déplacement pouvait être une condition favorable à l’entrepreneuriat. Ce développement serait sans doute plus fort si l’accès à de nombreuses professions indépendantes ne se trouvait pas interdit ou fortement réglementé. Ainsi, pour s’installer comme gérant d’un salon de coiffure, il faut avoir un diplôme français. La discrimination bancaire constitue le blocage le plus fort au développement des entreprises par les migrants, le microcrédit trouve là son origine. Le rapport se termine par une série de recommandations relatives à l’évolution du cadre législatif, à la nécessité de mettre en place des stratégies d’information spécifiques et surtout à renforcer l’accompagnement des porteurs de projets vers le réseau bancaire traditionnel. 1387
 
Privilégier l’accompagnement social
 
 
Christian CHASSERIAUD, Jean-Baptiste PLARIER, Line GILLON, Paola PARRAVANO, Franck TANIFEANI, André ROUSSELET., Le travail social confronté aux nouveaux visages de la pauvreté et de l’exclusion., Conseil supérieur du travail social, DGAS, 11 place des Cinq-martyrs-du-lycée-Buffon, 75014 Paris, 2006, 109 p.
Parce que l’univers dans lequel il s’inscrit a été profondément bouleversé par les transformations sociales et économiques engagées depuis le milieu des années soixante-dix, le travail social ne peut plus continuer d’être ce qu’il était et ce qu’il était enseigné. Sur la base de ce constat, le rapport 2006 de l’un des trois groupes de travail du Conseil supérieur en travail social s’engage dans une réflexion sur ce que pourrait être une pratique du travail social dans les situations de grande pauvreté. Par grande pauvreté, il faut entendre, à la fois, les situations les plus extrêmes de pauvreté, mais aussi l’étendue d’une pauvreté qui atteint, sous une forme ou sous une autre près d’un Français sur neuf. Il ne s’agit pas d’une réflexion purement théorique, ce n’est pas le genre du CSTS, mais s’appuyant sur des travaux de chercheurs et d’experts comme sur des contributions de professionnels qui expérimentent de nouvelles formes d’action depuis plusieurs années, le rapport formule plusieurs préconisations. Certaines s’adressent au législateur et aux pouvoirs publics, lorsqu’il s’agit, par exemple, de mieux articuler et d’homogénéiser les politiques de lutte contre la pauvreté, d’autres visent plus directement les employeurs lorsqu’il leur est fait suggestion de réorganiser et de repositionner les pratiques des acteurs du travail social pour les adapter aux besoins des publics en situation de pauvreté. Dans une logique très actuelle, le rapport propose de rendre plus accessible le droit à l’accompagnement social pour les personnes en situation de pauvreté dans une dynamique de participation en vue de leur promotion sociale. S’agissant des centres de formation, le rapport met l’accent sur la nécessaire évolution des compétences et des qualifications par une formation professionnelle initiale et continue orientée sur le développement des apprentissages de co-production avec les personnes pauvres et exclues. Les rapports du CSTS ont souvent été l’objet de nombreux débats, celui-ci ne devrait pas rompre avec cette bonne habitude. 1388
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