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CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 29 à 30
doi: en cours

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Partie 1 : Crise des valeurs, crise du sens ? – ... en contrepoint

n° 136 2006/8

Le livre noir de la psychanalyse, sous la direction de C. Meyer, Les Arènes, 2005, 830 p., L’anti-livre noir de la psychanalyse, sous la direction de J.-A. Miller, Le Seuil, 2006, 470 p.

Pour une belle empoignade, c’était une belle empoignade ! Février 2004, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) sort une expertise sur l’efficacité comparée de différentes thérapies, qui conforte les Thérapies comportementales cognitives (TCC). Février 2005, le rapport est enlevé du site Internet du ministère de la Santé. Septembre 2005, publication du Livre noir de la psychanalyse : la réponse des psychanalystes (essentiellement lacaniens) ne se fait pas attendre. Février 2006, l’Anti-livre noir de la psychanalyse sort en librairie. Les médias s’emparent du conflit. Ne voir là qu’une lutte de praticiens défendant leur pré carré (encore que l’animosité perceptible des deux côtés pourrait le suggérer...) serait malséant et réducteur. Le combat TCC/psychanalystes touche au philosophique, au social, au politique, au fonctionnement tout entier de notre civilisation, à l’idée que notre humanisme se fait de la liberté de l’être.
Qui aura lu les deux livres, déconcerté par les échanges de disqualifications croisées, aura au moins en main les pièces du dossier. La psychanalyse est une psychologie des profondeurs. Les névroses s’expliquent par des traumatismes de l’enfance que refoule l’inconscient. La cure analytique permettra au sujet analysé de dévoiler les mécanismes d’inhibition et de “le rendre à lui-même” par la parole. Ce qu’il dit, le contenu, les lapsus, les hésitations, est révélateur de ce qu’il se cache. Le matériel onirique est riche, lui aussi révèle l’inconscient. La thérapie des TCC est toute différente. Elle prend le patient dans l’ici et maintenant. L’élaboration d’un protocole à partir du problème et des solutions envisageables s’effectue entre patient et thérapeute. Le traitement se poursuit, le thérapeute fixant au fur et à mesure des “tâches assignées” au patient qu’il évaluera par un système de notation. Des situations proposées confronteront le patient à ses blocages, désamorceront son malaise existentiel en suggérant des comportements mieux adaptés.
Les TCC dénient à la psychanalyse toute valeur scientifique, mettent en question les thèmes fondateurs. Freud n’aurait pas découvert l’Œdipe, la peur de la castration, les stades de la fixation de la libido, etc. dans sa pratique clinique. Il les aurait en quelque sorte induits chez l’analysé. Les TCC, en ce qui les concerne, pourraient-elles se prévaloir de neutralité, d’absence de suggestion ? Les analystes critiquent durement les protocoles qu’elles mettent en Ĺ“uvre : les évaluations chiffrées, c’est un faux positivisme scientifique. La norme supposée, objectif de la thérapie, traduit le diktat néolibéral du rendement. Le traitement TCC, avec “son aspect managérial à visée orthopédique”, n’empêchera pas le symptôme de réapparaître ailleurs ou autrement.
TCC et psychanalyse sont des thérapies, pas des valeurs. Mais elles dévoilent des antagonismes quant à l’accès de l’être à l’autonomie ou à sa mise en tutelle. Le débat reste ouvert.
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