Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 6 à 15
doi: en cours

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Partie 1 : Crise des valeurs, crise du sens ?

n° 136 2006/8

2006 Informations sociales Partie 1 : Crise des valeurs, crise du sens ?

“Crise des valeurs” et fonctionnement social

Le poids et les limites de la dialectique

Michel Borgetto Professeur à l’Université Panthéon-Assas (Paris-II), membre du Cersa (CNRS-Paris-II), auteur de La devise “Liberté, Égalité, Fraternité”, PUF, 1997, il a publié, en collaboration avec R. Lafore, La république sociale, PUF, 2000, et Droit de l’aide et de l’action sociales, Montchrestien, 6e éd., 2005.
L’article propose une analyse de l’interaction de deux instances intimement liées : le fonctionnement social et les valeurs. Les vecteurs traditionnels sont en déclin tandis que la société se trouve confrontée à de nouveaux défis qui interrogent le rapport à l’autre et à la loi. Produit de l’évolution, cette crise des valeurs se transforme en crise de la société. Toutes les valeurs ne sont pas égales au regard des idées de démocratie et de république. Aussi, il convient de repérer et de sauvegarder un noyau dur de valeurs communes essentielles à la cohésion sociale.
Les valeurs de neutralité, d’égalité, d’universalité, de fraternité ou de solidarité sont constitutives de la société, en tant que celle-ci est une république démocratique, indivisible, laïque et sociale. Il faut ainsi distinguer, lorsqu’on évoque la “crise des valeurs”, celles relatives aux mœurs, aux coutumes et aux usages, susceptibles d’évolution et d’appréciations diverses, et les autres, celles avec lesquelles on ne peut transiger.
S’il est sans doute aujourd’hui particulièrement présent dans une France confrontée aux défis de la modernité (mondialisation, globalisation, révolution technologique, etc.), le thème de la “crise des valeurs” n’est pourtant ni nouveau ni propre à la société française ou même européenne.
 
En tout temps et en tous lieux
 
 
Ce thème a fait florès en tout temps : que ce soit sous l’Empire romain, qui vit certains auteurs déplorer le déclin des valeurs d’ordre, de justice et d’humanité (Cicéron), ou au contraire la montée en puissance des valeurs de renoncement, de charité et de pauvreté affirmées par la religion chrétienne naissante (Flavius Josèphe) ; que ce soit au siècle des Lumières, qui vit nombre d’aristocrates ironiser sur les valeurs d’épargne, de travail et d’effort (l’“esprit de calcul”) ainsi que sur les valeurs de liberté et d’égalité en droit promues par la bourgeoisie montante ; que ce soit sous et après la Révolution, époques qui virent les “possédants” et/ou les conservateurs de toute sorte vitupérer contre les aspirations à davantage d’égalité réelle exprimées par certains (Thiers, Tocqueville) ou contre les valeurs d’une société préférant se placer sous l’égide de la Nation plutôt que sous celle de Dieu (Burke, de Maistre…) ; que ce soit après la défaite de 1871, époque qui vit des penseurs convaincus que cette dernière était imputable à une dégénérescence des valeurs traditionnelles en appeler à une “réforme intellectuelle et morale” (Renan) ; ou que ce soit encore dans l’entre-deux-guerres, qui vit un certain nombre de penseurs conservateurs dénoncer la France du Front populaire (la “France du pastis”), coupable, à leurs yeux, d’apprécier davantage les congés payés, le repos et le plaisir (sic) que l’effort, le travail et le sacrifice (Drieu La Rochelle)…
Par ailleurs, ce thème a fait – et fait aujourd’hui – également florès en tous lieux : sans qu’il soit besoin d’insister longuement, il est plus que probable que les aspirations à davantage de liberté, d’autonomie, d’égalité et de démocratie ressenties par une partie (variable) des populations vivant dans les sociétés du Proche et du Moyen-Orient voire du Sud-Est asiatique sont perçues, par tous ceux qui ne les partagent pas, comme le symptôme d’une réelle “crise des valeurs”…
Faut-il s’en étonner ? À l’évidence, non. La raison en est simple : c’est qu’il existe, entre crise des valeurs et fonctionnement social, une relation dialectique en quelque sorte inévitable, chacune de ces deux instances agissant et réagissant l’une sur l’autre. De là cependant à en déduire que cette relation dialectique ne peut ni ne doit être régulée ou maîtrisée, il y a bien évidemment un pas qu’il faut se garder de franchir.
 
Le poids de la dialectique
 
 
Si l’on part de l’idée que le concept de valeur renvoie à ce qui est vrai, beau ou bien, “selon un jugement personnel plus ou moins en accord avec celui de la société de l’époque” (Petit Robert), nul doute que la “crise des valeurs” censée affecter la société française contemporaine ne saurait être dissociée de la manière dont fonctionne et évolue cette dernière : non pas seulement parce que cette crise ne fait que refléter, finalement, l’évolution qui affecte la société ; mais aussi parce qu’elle ne manque pas d’agir, en retour, sur cette même évolution.
Que la “crise des valeurs” soit tout d’abord le reflet de l’évolution qui affecte la société ne saurait faire ici aucun doute. La plupart des vecteurs grâce auxquels l’intégration des valeurs de citoyenneté et de cohésion sociale par l’ensemble de la population s’effectuait sont aujourd’hui en panne ou en déclin : qu’il s’agisse de l’école, laquelle a du mal à remplir sa mission traditionnelle de structuration culturelle et/ou sociétale de ses usagers ; qu’il s’agisse du service national qui, compte tenu de son coût financier et des mutations opérées en matière de défense stratégique, a été supprimé et ne joue donc plus son rôle de ciment de la Nation ; qu’il s’agisse des partis politiques, dont la perte d’audience (on pense en particulier au rôle de mobilisation autrefois joué par le PCF) a laissé en déshérence (provisoire ?) une fraction importante des personnes qu’ils parvenaient, jadis, à regrouper autour de valeurs communes fortes ; qu’il s’agisse des syndicats (notamment de la CGT), dont le déclin sensible bien que relatif est concomitant de celui des partis ; ou qu’il s’agisse encore de l’Église, dont la force d’attraction n’a cessé, au fil du siècle dernier, de régresser (en témoigne la baisse de la pratique voire de la foi), entraînant un étiolement là aussi relatif mais palpable des valeurs attachées à son message.
Par ailleurs, la société se trouve confrontée, compte tenu notamment de la mondialisation et de la globalisation de l’économie, de l’amplification des échanges et de l’accélération des communications qui en résultent (le “village-monde”) et aussi, on doit le souligner, de notre système politico-social, à de redoutables défis : exacerbation des règles de la concurrence, qui pèse sur la capacité et/ou sur la volonté des employeurs de ménager le capital humain (“Vous acceptez mes conditions ou je délocalise”) ; nécessité d’intégrer (au sens de ne pas exclure) des populations issues de vagues plus ou moins récentes d’immigration d’origines culturelles et/ou religieuses fortement différenciées ; tendance d’une partie (certes marginale mais non négligeable) de ces populations à se replier sur des valeurs communautaires pas toujours en harmonie (c’est le moins que l’on puisse dire) avec les principes républicains d’universalité, d’égalité et de laïcité ; insuffisance voire absence de sanctions à l’égard d’un grand nombre de ceux (de toutes origines et de toutes conditions) qui enfreignent la loi (situation délétère qui conduit certains à penser que tout ou presque est permis : échapper à l’impôt, soit par la fraude, soit par la délocalisation, compte tenu du niveau “insupportable” atteint par celui-ci ; se livrer à des incivilités croissantes eu égard à la fois au rejet dont on s’estime victime et au sentiment de relative impunité que l’on nourrit)…
Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que les valeurs anciennes sur lesquelles s’appuyait jusqu’alors notre société soient considérées par certains comme en crise : qu’il s’agisse des valeurs de laïcité et de neutralité (voir le débat sur le “foulard islamique” à l’école) ; des valeurs de tolérance et de respect de l’autre (ceux qui se retranchent derrière des valeurs identitaires et/ou communautaires reprochant aux “républicains” de déroger à leurs valeurs de tolérance, ces derniers reprochant, à l’inverse, aux premiers de nier les valeurs de la République…) ; des valeurs de fraternité et de solidarité (que devient le rêve de la solidarité organisatrice et égalitariste exprimé en 1945 lorsque le mouvement du monde et la force supposée des choses la contraignent à n’être plus que réparatrice et “équitariste” ?) ; des valeurs de liberté, d’égalité et de responsabilité (quelle valeur peut avoir la liberté pour celui qui est sans emploi et sans logement ? l’égalité pour celui qui est victime de la panne de “l’ascenseur social” ? la responsabilité pour celui qui éprouve, à tort ou à raison, un sentiment de relative impunité, pour celui qui, mû par ses seuls intérêts personnels, n’hésite pas à transférer ses avoirs et/ou sa résidence à l’étranger pour échapper à l’impôt, ou, à l’inverse, pour celui qui, cherchant surtout à tirer profit de l’État-providence de manière soit passive soit active – voir la thématique anglo-saxonne du “passager clandestin” – en arrive parfois à compter non pas tant sur lui-même que sur les autres pour améliorer son sort ?).
Mais si la “crise des valeurs” doit, de toute évidence, se saisir comme le reflet ou le produit de l’évolution que connaît notre société, elle ne manque pas d’influer et de réagir, en retour, sur cette même évolution. Ainsi n’est-il guère contestable, par exemple, que c’est la croyance moins forte d’une partie des élites aux valeurs de solidarité qui a permis – via une résurgence de la valeur “responsabilité individuelle” et une priorité donnée aux valeurs de liberté voire d’équité (donner à ceux qui en ont le plus besoin, les autres se débrouillant par eux-mêmes) de préférence à celle d’égalité – un affaiblissement relatif bien que sensible de l’État-providence. Et ce, même s’il n’est pas davantage contestable, à l’inverse, que c’est l’attachement d’une grande partie de la population aux valeurs de solidarité sociale et de responsabilité collective qui, jusqu’à présent en tout cas, a permis de freiner une évolution rapide de la société française vers un système de protection sociale à l’anglo-saxonne…
De même n’est-il guère douteux, dans un ordre d’idées similaire, que si les attaques portées (au nom des valeurs d’efficacité, de responsabilité ou d’équité) à l’État-providence n’ont pas peu contribué à mettre un terme à l’expansion quasi continue dont celui-ci avait bénéficié depuis la Libération, le relatif repli qu’il a connu depuis une trentaine d’années a généré, en retour, une résurgence des valeurs de solidarité personnelle et intergénérationnelle d’entraide familiale, de fraternité via des engagements associatifs de plus en plus nombreux : constat qui tend clairement à montrer que le combat pour les valeurs doit se saisir autant comme un agent de structuration de la société que comme sa résultante…
On peut même aller plus loin : en l’occurrence, soutenir que si le fonctionnement de la société est bel et bien à l’origine de la crise des valeurs, les valeurs (anciennes ou nouvelles) qui tendent à prévaloir à un moment donné sont bel et bien à l’origine, à leur tour, de la crise de la société. Ainsi, et pour ne s’en tenir qu’à ce seul exemple : qui pourrait penser que le déclin des valeurs d’égalité, de justice, de solidarité (avec son corollaire : la résurgence des valeurs du “chacun pour soi”, d’irresponsabilité, de liberté personnelle poussée à l’excès voire d’adhésion sans réserve aux communautés) qui touche aussi bien certains membres des élites (voir les rémunérations faramineuses que s’octroient certains dirigeants de sociétés) que certains membres des classes dites “défavorisées” (voir la multiplication des actes de petite délinquance, les incivilités croissantes, l’importance du groupe ou du clan, etc.) n’est pour rien dans la crise latente et dans la morosité ambiante qui affectent aujourd’hui notre société ? Comment inciter les uns à faire des sacrifices en termes de rémunérations et de revendications lorsque les autres s’estiment dispensés d’y consentir ? Comment sanctionner de manière cohérente les auteurs de petits délits (qui, en “pourrissant” la vie de ceux qui en sont victimes, les poussent parfois dans les bras des partis extrémistes) lorsque les auteurs – puissants et connus – d’autres délits (fraude fiscale, corruption, etc.) parviennent à passer entre les mailles du filet ?
Entre la “crise des valeurs” et le fonctionnement social, il existe donc bien, on le voit, une relation dialectique à la fois forte et inévitable. Ce qui ne saurait signifier, bien évidemment, que cette relation ne puisse – ou ne doive – connaître certaines limites.
 
Les limites de la dialectique
 
 
Pour étayer le propos, on partira ici de l’hypothèse selon laquelle toute société organisée repose nécessairement sur des valeurs, c’est-à-dire sur une représentation de ce qui, à l’intérieur du groupe, est considéré majoritairement comme bon, bien ou juste ; valeurs dont il est certes possible de récuser aussi bien l’universalité (celles de la France contemporaine ne sont pas les mêmes que celles en vigueur dans certaines sociétés du Moyen ou de l’Extrême-Orient, etc.) que l’intemporalité (les valeurs de la société romaine préchrétienne ne sont pas les mêmes que celles de la Renaissance ou de la Révolution française, etc.) mais dont il n’est guère pensable, en revanche, de nier l’existence.
Évoquer la “crise des valeurs” ne saurait avoir de sens, dans cette perspective, que pour autant que l’on postule que les valeurs en crise ne sont pas n’importe lesquelles : ce sont celles-là même qui sont en vigueur dans une société donnée à un moment donné. Autrement dit, celles qui peuvent se réclamer d’une certaine tradition et qui ont réuni, de manière plus ou moins durable, un minimum de consensus.
Parmi elles, certaines sont plus particulièrement marquées au coin de la contingence (même si cette dernière peut se révéler relativement durable dans le temps et assez répandue dans l’espace…) car liées, pour l’essentiel, aux mœurs, aux coutumes et usages, et, plus largement, au fonctionnement de la société civile : ainsi, par exemple, des valeurs liées à la sexualité (liberté sexuelle, avortement…), au couple (place du mariage, unions hors mariage, unions entre personnes du même sexe…), au statut de la famille (familles recomposées, place de l’enfant adultérin…), etc. L’évolution qui les affecte pourra donner lieu à une appréciation très différenciée selon les convictions de chacun : elle pourra être considérée comme une crise par les uns et comme une évolution positive voire salutaire par les autres. Autant dire que la crise, ici, ne revêt pas (quel que soit le jugement que l’on peut porter sur elle) une importance fondamentale pour le devenir de la société : celle-ci pourra se pérenniser sans problème majeur sans être remise fondamentalement en cause dans son être ou dans sa forme politique (république, etc.) d’organisation.
Il en va différemment, en revanche, pour d’autres valeurs dont le déclin, l’oubli voire le non-respect se révèlent beaucoup plus dangereux pour la pérennité de la communauté nationale. Tel est le cas, tout d’abord, des valeurs qui, étroitement liées au fonctionnement même de la société politique, sont de nature à porter atteinte, si on les ignore ou les récuse, aux idées mêmes de démocratie et de république : on pense ici aux valeurs de laïcité, de neutralité, d’égalité, d’universalité, de fraternité ou encore de solidarité qui, en France en tout cas, ont accompagné et structuré la construction de la république en général, de la république démocratique, indivisible, laïque et sociale en particulier. Pour ces valeurs, en effet, les choses sont claires. Toute remise en cause substantielle de leur existence ne saurait que menacer sinon le devenir même de la société (à moins qu’elle ne se disloque, celle-ci pourra perdurer indépendamment du régime politique qui est le sien), du moins la pérennité de ce modèle particulier d’organisation politico-sociale que constitue la République française : modèle aux termes duquel celle-ci est censée renvoyer non pas seulement à une procédure (droit de suffrage exercé dans le cadre d’une égalité en droits) mais aussi à une substance (droits économiques et sociaux, laïcité, unité/indivisibilité, etc.). Modèle encore qui a jadis conduit Gambetta à dire de la république qu’elle constituait “une forme qui informe”, c’est-à-dire une forme politique (un régime démocratique sans chef héréditaire) qui façonne, structure et gouverne l’ensemble du social (via, précisément, les valeurs de laïcité, de solidarité, d’égalité concrète, etc.).
Sans doute, d’aucuns pourraient faire valoir qu’il en va de cette république et de ses valeurs comme il en va de toute société : elle a vocation à évoluer en même temps qu’évolue cette dernière. Qu’y a-t-il en effet de comparable entre la traduction donnée en 1880 à la valeur de solidarité, celle qui lui a été donnée en 1945 par les pères fondateurs de la Sécurité sociale et celle qui lui est donnée en 2006 par les gestionnaires de l’État-providence ? Qu’y a-t-il encore de comparable entre la conception de l’égalité qui prévalait il y a un siècle (conception d’une égalité purement formelle) et celle qui tend aujourd’hui à prévaloir (recherche d’une égalité davantage concrète et réelle) ? Certes… mais il s’agit là d’un noyau dur de valeurs communes tout à fait essentielles qui, en l’occurrence, font sens car constituant à la fois la condition nécessaire et la conséquence logique du maintien, dans notre pays, d’un minimum de cohésion sociale. Accepter de les voir contestées ou – ce qui revient au même – renoncer à les faire respecter dans toute leur plénitude ferait courir un risque majeur à notre société : celui de la disparition progressive de cela même qui est censé nous unir et nous rassembler.
Tel est le cas, également, des valeurs liées aux règles élémentaires de la sociabilité telles que le respect des biens et des personnes, le respect de l’autre et de ses opinions, le rejet de l’intolérance, du racisme et des incivilités, etc. À l’évidence, on touche là à des valeurs encore plus fondamentales que les précédentes car consubstantielles (indépendamment de la forme du régime politique) au principe même de toute vie en société : raison de plus pour que les pouvoirs publics dans leur ensemble conjuguent leurs efforts afin de combattre cette “crise” spécifique des valeurs. Crise aux conséquences mortifères car susceptible de déboucher sinon forcément sur ces deux formes de négation du droit que constituent la dictature ou l’anarchie, du moins sur la négation de ce qui spécifie toute société organisée et a fortiori toute société fondée sur le respect des Droits de l’homme.
C’est dire que face aux pressions venant d’une partie de la société en vue de modifier certaines de nos valeurs essentielles, gouvernants et citoyens doivent sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. D’abord, en faisant savoir et en faisant valoir qu’il y a des valeurs à ce point importantes qu’il ne saurait ici être question, tant du moins qu’elles sont partagées par une majorité de la population, de donner lieu à transaction. Ensuite, en faisant œuvre résolument éducative, c’est-à-dire en rappelant et en expliquant sans relâche l’origine, le contenu, les conséquences et le bien-fondé de ces valeurs : en un mot, en se livrant à une véritable propédeutique de la citoyenneté. Enfin – et peut-être surtout – en s’efforçant de proposer à tous les membres du corps social un dessein ambitieux autour duquel chacun pourra se réunir, s’épanouir et se retrouver, individuellement et collectivement.
Si tous vont dans cette direction, nul doute que, loin de constituer le signe annonciateur d’un délitement inévitable de la société, la “crise des valeurs” constituerait l’un des symptômes les plus incontestables de sa vitalité, puisqu’elle ne ferait que rappeler – dans la mesure notamment où la démocratie n’a d’autre ressort, ainsi que le vit en son temps Montesquieu, que la vertu – que le combat pour les valeurs a la même nature que le combat pour la république : celle du mouvement perpétuel.
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