2006
Informations sociales
Partie 2 : Des valeurs à défendre – ... en contrepoint
Décisions médicales et conflits de valeurs
Caroline Helfter
L’asymétrie de la relation médecin/malade n’est généralement pas source de conflits. Face à certains choix, cependant, les points de vue des protagonistes peuvent s’avérer inconciliables tout en étant également respectables. Et si le législateur a affirmé, en 2002 et en 2005
[1],
que les soignés doivent avoir voix au chapitre, il reste à savoir comment rendre leurs droits effectifs. Une structure expérimentale, pour l’heure unique en France, s’y emploie depuis septembre 2002 : il s’agit du Centre d’éthique clinique (CEC) de l’hôpital Cochin, à Paris
[2]. Conçu comme un dispositif d’accompagnement de la loi de mars 2002, le CEC est un outil de dialogue et de médiation auquel les patients, leurs proches et les soignants peuvent s’adresser, de toute la France, en cas de mésentente face à une décision médicale difficile.
Lorsque le centre est saisi, il travaille généralement en trois temps. Deux de ses consultants, en général un médecin et un non-médecin, commencent par rencontrer les différents protagonistes en tête à tête pour entendre leurs arguments. La situation est ensuite exposée à une équipe multidisciplinaire, à laquelle l’équipe médicale impliquée est éventuellement invitée à se joindre, et qui rassemble une quinzaine de personnes : pour moitié des soignants, pour moitié des experts en sciences sociales ou humaines (psychologues, sociologues, philosophes, juristes, assistantes sociales…). La teneur de cette réflexion collégiale, enfin, est restituée aux parties concernées, sachant que le CEC ne fait jamais de préconisations : son but est d’éclairer et de hiérarchiser les questions et les enjeux qui sous-tendent les positions respectives. “Cette intervention est en elle-même médiatrice car elle permet à tout le monde d’être entendu au même niveau, et souvent le dialogue se renoue, chacun ayant compris la parole de l’autre”, explique le Dr Véronique Fournier, directrice du CEC. Cependant, l’avis du centre étant purement consultatif, la décision reste, in fine, du ressort de l’équipe soignante.
[1]
Loi du 4 mars 2002 relative à la qualité des soins et aux droits des malades, et loi du 22 avril 2005 sur les droits des malades et la fin de vie.
[2]
Centre d’éthique clinique, tél. : 01 58 41 22 33. Ou : ethique. clinique@ cch. ap-hop-paris. fr