Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 73 à 74
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Partie 2 : Des valeurs à défendre – ... en contrepoint

n° 136 2006/8

2006 Informations sociales Partie 2 : Des valeurs à défendre – ... en contrepoint

Dominants et dominées

Paule Paillet

S. de Beauvoir, Le deuxième sexe, Gallimard, 1949

Le livre noir de la condition des femmes, dirigé par C. Ockrent, XO Éditions, 2006.
Le féminisme est un mouvement qui vise à l’amélioration et à l’extension du rôle et des droits de la femme dans la société. Son fondement philosophique et son aspect militant se conjuguent, le second tendant à libérer la femme du piège de la société patriarcale qui l’enserre depuis des millénaires. Simone de Beauvoir, en 1949, dans Le deuxième sexe, expose le substrat théorique qui explique une si longue sujétion : “La femme est altérité absolue.” Il y a autant d’hommes que de femmes à la surface de la terre. Mais le total, c’est-à-dire l’humanité, n’est pas dans une situation de réciprocité symétrique, de complémentarité harmonique. La femme “inessentielle” est toujours définie par rapport à l’homme “essentiel” et non l’inverse. Pourquoi cette mise en tutelle, son incroyable perpétuation ? Les anthropologues ont une hypothèse : quand, au néolithique, la maîtrise croissante des forces énergétiques, la capacité à forger le métal et la sédentarisation ont mis les ressources de la chasse et de la cueillette au second rang, le déclin de la femme et son exploitation se sont amorcés. Les données biologiques n’ont pas suffi à faire des femmes, dispersées à la surface du globe, un tout unitaire et cohérent. Les trois religions du verbe ont proclamé la prééminence de la toute-puissance masculine, cantonnant la femme dans une situation d’instrumentalisée. Cette situation s’est déclinée au fil des ans ; pourtant, il serait inexact de penser que la femme a toujours subi. Des figures de proue ont émergé, avec la fermeté de leurs écrits, leurs actions militantes hautement revendiquées. Olympe de Gouge, sous la Convention, proclamait que si les femmes ont le droit de monter à la guillotine, elles doivent aussi avoir celui de monter à la tribune. Elle est morte sur l’échafaud. Louise Michel, la “vierge rouge” de la Commune de Paris, a été déportée en Nouvelle-Calédonie, où elle a montré ses convictions sociales au service des Canaques isolés. Rosa Luxembourg a rédigé le programme du Parti communiste allemand. Elle a été assassinée en 1919 au côté de Karl Liebknecht, lors de la répression de l’insurrection spartakiste.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Le livre noir de la condition des femmes dresse un tableau qui n’a rien d’encourageant. Les Occidentales sont des privilégiées. Les lois Neuwirth (1967) et Veil (1975) ont rendu aux Françaises leur pouvoir sur leur corps et sur la procréation. Mais, mondialement, la suprématie masculine reste aveuglante.
Bien qu’on note quelques ouvertures au Maghreb quant à la liberté civique des femmes, elles continuent partout à être écrasées de labeur, sous-alimentées, privées d’éducation, mutilées, violées, prostituées. Que l’ONU ait décrété, en 1993, “l’exigence d’appliquer aux femmes les droits et principes du genre humain, sécurité, intégrité, liberté, dignité, égalité” est un signe encourageant pour l’avenir, avenir qui devra en terminer avec la malédiction qui pèse sur la moitié “noire” de l’humanité.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis