Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 86 à 87
doi: en cours

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Partie 3 : Valeurs appliquées : l'idéal du social à l'épreuve – Rubrique

n° 136 2006/8

2006 Informations sociales Partie 3 : Valeurs appliquées : l’idéal du social à l’épreuve – Rubrique

Évolution des opinions en matière de protection sociale (entre 2000 et 2006)

Pierre Boisselot Ministère de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, ministère de la Santé et des Solidarités, chargé de mission à la mission “Coordination des programmes” au sein de la DREES
Les opinions exprimées ici s’appuient sur une enquête barométrique de la DREES [1]. Celle-ci a pour objet de suivre de façon périodique les attitudes et les opinions des Français sur une variété de thèmes associés à la protection sociale [2].
 
Les Français attendent beaucoup de l’État
 
 
La solidarité, c’est l’affaire avant tout de l’État et des collectivités locales” pour 46 % des individus interrogés, “les individus et les familles” arrivant en deuxième position (39 %), “les associations” en troisième position (9 %), “la Sécurité sociale” étant le dernier acteur proposé (5 %). De plus en plus de Français estiment désormais qu’il incombe à l’État de prendre en charge la dépendance (45 %, + 6 points en 6 ans). Il existe une attente forte concernant la prise en charge du handicap par les collectivités publiques, l’État arrivant en premier (79 % des citations), les collectivités locales en deuxième (45 %).
 
Un attachement renforcé au système public de protection sociale
 
 
62 % des personnes interrogées déclarent que l’autorisation de mise en concurrence des caisses publiques et des assurances privées “serait plutôt une mauvaise chose car cela créerait un système de protection sociale à deux vitesses” (soit une augmentation très nette, de 12 points en 6 ans). Au total, 81 % des personnes interrogées (+ 8 points en 6 ans) pensent que les systèmes d’assurance maladie ou de retraite doivent rester essentiellement publics. De moins en moins de Français jugent que “s’il n’y avait pas le monopole de la Sécurité sociale, ça marcherait mieux” (28 % en 2000, contre 22 % en 2006).
Le volume des dépenses de protection sociale n’est globalement pas jugé excessif. Après avoir été informés par l’enquêteur que “la France consacre environ le quart de son revenu national au financement de la protection sociale”, 57 % des interrogés estiment ce niveau “normal” (+ 7 points en 6 ans). Cette progression est contrebalancée par la diminution du nombre de personnes qui considèrent cette part comme “insuffisante” (22 %, – 8 points en 6 ans).
Les Français se méfient de la mise en concurrence, des systèmes dits à deux vitesses, du risque de renforcement des inégalités. Une forte majorité des personnes interrogées (78 %) soutient le principe de solidarité sur lequel est fondée l’assurance maladie [3]. 4 % seulement opteraient pour un changement drastique, et 17 % pour un changement moins brutal.
 
Des services publics sanitaires et sociaux jugés de qualité
 
 
88 %, 84 % et 83 % des personnes interrogées estiment que les services publics et particulièrement ceux du secteur sanitaire et social rendent un service de qualité pour, respectivement, les hôpitaux, les cliniques et les caisses d’assurance maladie (81 % et 74 % pour La Poste et les caisses d’Allocations familiales). Les publics directement concernés comptent, en outre, systématiquement parmi les plus favorables : les familles pour les caisses d’Allocations familiales, les retraités pour les maisons de retraite et les chômeurs pour les ASSEDIC. Ceux-ci se montrent toutefois également les plus critiques, très peu de demandeurs d’emploi étant en fait sans opinion. Les Assedic (– 5 points depuis 2002) et l’ANPE (– 11 points depuis 2002) sont les seuls services dont l’image semble se dégrader depuis 2000. Cette opinion renvoie sans doute au fait que les Français ont une préoccupation accrue vis-à-vis du chômage, qu’ils considèrent comme un problème à traiter en priorité.
 
La solidarité : une valeur qui garde le vent en poupe mais qui doit être bien ordonnée
 
 
82 % des personnes interrogées se déclarent plutôt d’accord avec l’idée qu’il faut “aider les personnes ne disposant pas d’une assurance complémentaire à en bénéficier”, notamment les jeunes et les bénéficiaires du RMI. 87 % estiment que “tous les lieux publics et les équipements collectifs (transports en commun, service public, lieux de loisirs…) doivent obligatoirement être accessibles aux personnes handicapées”. Parallèlement, 88 % (+ 32 points depuis 2000) estiment que “les personnes qui ont commencé à travailler plus jeunes doivent avoir la possibilité de partir à la retraite plus tôt”. Plus précisément, 96 % pensent que “les personnes qui ont été exposées à des conditions de travail pénibles doivent pouvoir prendre leur retraite plus tôt que les autres actifs”.
86 % jugent nécessaire l’existence du RMI, cette opinion étant stable depuis 2001. En revanche, l’idée d’étendre son bénéfice aux moins de 25 ans est en recul : 34 % y sont plutôt défavorables (+ 11 points en 6 ans). Le jugement selon lequel ce revenu “doit être soumis à des contreparties” lorsque le bénéficiaire est en état de travailler se renforce : 85 % des individus expriment ce point de vue (+ 9 points en 6 ans). Cette opinion, qui progresse plus vite chez les bénéficiaires du RMI, est partagée par 72 % d’entre eux (+ 15 points en 6 ans). Cette idée de contrepartie est à relier au fait que la pauvreté est en partie imputée à des causes individuelles. 77 % des personnes interrogées (– 3 points seulement en 6 ans) déclarent toutefois que le versement du RMI “pour les personnes en difficulté” doit être “permanent jusqu’à ce que la personne retrouve des revenus suffisants”.
Au sujet des allocations de chômage, l’évolution est également très sensible : 95 % (+ 15 points en 6 ans) des interviewés estiment qu’elles doivent être soumises à des contreparties. La hausse touche toutes les catégories, y compris les plus concernées : 93 % des chômeurs et 92 % des bénéficiaires du RMI (respectivement + 19 et + 20 points en 6 ans). Parallèlement, 59 % des personnes interrogées (+ 7 points en 6 ans) estiment que “les allocations de chômage doivent être un droit limité dans le temps, que l’on trouve ou non un emploi”.
Selon les prestations, seuls entre 23 % et 30 % des Français (la tendance étant à la diminution depuis 2000 mais avec un léger rebond en 2006 par rapport à 2005) se prononcent pour “une baisse des prestations avec en contrepartie une réduction de leurs cotisations ou de leurs impôts”.
 
NOTES
 
[1]Six vagues d’enquête ont été réalisées de 2000 à 2002, et de 2004 à 2006, auprès d’un échantillon d’environ 4 000 personnes représentatives âgées de 18 ans et plus, résidant en France métropolitaine.
[2]Pour une analyse plus détaillée des résultats du baromètre, cf. Pierre Boisselot : “L’évolution des opinions des Français en matière de santé et d’assurance maladie entre 2000 et 2006”, DREES, Études et résultats, n° 516, septembre 2006, et “L’évolution des opinions des Français par rapport aux enjeux sociaux et à la protection sociale entre 2000 et 2006”, DREES, Etudes et résultats, n° 517, septembre 2006, ainsi que “L’évolution des opinions des Français en matière de santé, de handicap, de famille, de retraite, de pauvreté et de protection sociale entre 2000 et 2005”, DREES, Dossiers solidarité santé, n° 2, avril-juin 2006.
[3]Propositions respectives : “Il faut maintenir le système de solidarité actuel” ; “Il faut que les personnes qui risquent de coûter plus cher à l’assurance maladie payent des cotisations plus élevées” ; “Il faut maintenir une solidarité forte seulement avec les personnes atteintes de maladies graves.
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