2007
Informations sociales
Partie 3 : L’intervention de l’État – ••• en contrepoint
La grand-parentalité en question
Paule Paillet
B. Schneider, M.-C. Mietkiewicz, S. Bouyer, Grands-parents et grands-parentalités, Érès, 2005. Santé magazine, Prat éditions, septembre 2006
La structure d’une famille peut se lire de deux façons. Horizontalement ou verticalement, selon la chronologie de la filiation qui dessine la lignée. Si le thème de la parentalité a souvent alimenté – et continue de le faire – la littérature romanesque, la figure des grands-parents, en tant que héros principaux, est moins explorée. Pourtant, l’analyse de la grand-parentalité a, depuis quelques dizaines d’années, beaucoup sollicité les chercheurs, psychologues, sociologues et historiens. En rapport avec les modifications de la structure familiale, les liens intergénérationnels ne sont plus seulement biologiques et généalogiques, mais laissent une large part à l’implication affective.
De grands traits se dégagent : les grands-parents sont de plus en plus nombreux grâce à l’allongement de l’espérance de vie, de plus en plus actifs et impliqués dans la vie de la cité, même après leur retraite. L’entrée des femmes dans le monde du travail change leur rôle et leur statut. Les nouveaux grands-parents offrent donc des images d’identification différentes de celles d’autrefois, mais leur valeur symbolique demeure. Ils tendent à établir un mode de relations plus détendu, plus distancié, chargé de moins de responsabilité, mais avec d’autres écueils : accepter l’évidence du vieillissement, éviter le conflit de prééminence avec l’autre branche de la filiation et, pour les mères, gérer la rupture du lien Å“dipien avec le fils. Le lien intergénérationnel n’en subsiste pas moins. On assure la garde des enfants et, très souvent, on les aide matériellement et financièrement. On entre dans la problématique du don, où le quantitatif va intervenir, et qui exige la prise en compte de deux facteurs : le juridique et le climat familial. On ne choisit pas d’être grand-parent, on le devient. L’affection ne se calibre pas, ses manifestations, si. Faire à ses petits-enfants ce que l’on appelle des “présents d’usage” est légal. Mais la jurisprudence, en cas de litige, en limite la valeur : pas plus de 2,5 % des ressources annuelles des grands-parents. Ces dons manuels représentent aussi des cadeaux non obligatoirement notariés. Ils peuvent s’étendre aux automobiles, aux valeurs mobilières, aux plans d’épargne, aux parts de société. Les donations notariées, avec donations anticipées pour les petits-enfants, obligent à prendre en compte la quotité disponible, réservée aux enfants : la moitié du patrimoine si les grands-parents ont un enfant, les deux tiers s’ils en ont deux, les trois quarts s’ils en ont trois ou plus. Toutes ces dispositions, définies plus ou moins strictement par la loi, impliquent, pour être opérantes, une bonne entente avec les enfants et petits-enfants. Ces grands-parents n’ont pas une obligation de répartition égalitaire. Mais toute distorsion peut s’avérer périlleuse en termes de dégâts psychologiques au sein de la famille, les ressentiments de ceux qui s’estiment lésés étant susceptibles de conduire jusqu’au procès et à la dénonciation fiscale. Avidité et parentalité ne font pas bon ménage.