2007
Informations sociales
Partie 3 : L’intervention de l’État – ••• en contrepoint
L’argent de poche
Alain Vulbeau
C. Barnet-Verzat, F.-C. Wolff, “L’argent de poche versé aux jeunes : l’apprentissage de l’autonomie financière”, Économie et statistique, n° 343, 2001
Les jeunes sont impécunieux et l’État a inventé plusieurs formules de solidarité publique pour aider cette catégorie à maîtriser ses dépenses comme le permis ou l’ordinateur à 1 euro par jour ; autant que le contenu financier réel, l’expression “1 euro par jour” donne l’impression d’une dépense modique indexée sur le cours de produits accessibles et utiles dans la vie quotidienne comme la baguette de pain ou le journal. En fait, les payeurs sont les parents qui contribuent directement ou par le biais de l’argent de poche. Une étude de l’INSEE fournit des données et des interprétations relatives à ce transfert financier au sein de la famille.
Ce sont 75 % des jeunes de 6 ans à 25 ans qui bénéficient d’aides régulières ou ponctuelles de la part de leurs parents pour un montant moyen de 460 euros. L’argent de poche concerne un enfant sur deux avant 10 ans mais, après cet âge, le taux de diffusion augmente rapidement : les 11-12 ans sont 75 % à en bénéficier et à 17 ans ce taux passe à 85 %.
Si l’on revient aux moins de 10 ans, on constate que les 6-9 ans sont seulement 20 % à recevoir de l’argent régulièrement contre 40 % qui reçoivent une aide ponctuelle. Avec l’âge, les différentes formes d’aide s’équilibrent. On peut comprendre que les parents versent de petites sommes ponctuellement aux plus jeunes enfants pour établir un contrôle des dépenses. Peu à peu ce droit de regard va s’inscrire dans un apprentissage progressif de l’autonomie.
Les enfants reçoivent en fonction de leur âge mais, semble-t-il, bien plus en fonction de leur niveau scolaire. Les augmentations significatives observées vers 12, 14 et 17 ans, s’expliquent par les entrées en sixième, quatrième et seconde. À un même âge, la filière fait en général la différence et les CAP, IUT et BTS sont moins aidés que les filières générales. De même, les jeunes reçoivent plus d’aide s’ils sont dans une grande école que dans la filière universitaire. L’argent des parents a tendance à se raréfier après le DEUG et la licence, mais ceux qui continuent à en bénéficier voient les sommes augmenter. Dans les filières techniques, on note que, si moins de jeunes, en moyenne, sont concernés, ceux qui ont une aide, perçoivent des sommes plus élevées. Les filles sont plus nombreuses à recevoir de l’argent de poche mais, proportionnellement, touchent une somme moins importante que les garçons, et la différence entre les sexes s’accentue après les seuils de 19 ans et 23 ans.
Au-delà de la connaissance chiffrée des sommes engagées, les auteurs s’interrogent sur plusieurs points que n’éclaire pas leur enquête. Quel usage font les jeunes de l’argent et, notamment, des sommes épargnées ? Gérer dès le plus jeune âge son argent est-il une façon de se préserver contre les comportements d’endettement ? Existe-t-il des mécanismes de remboursement quand les bénéficiaires deviennent adultes ? Les réponses consistent à mener des études concernant “les choix familiaux sur l’ensemble du cycle de vie des individus”.