Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 31 à 32
doi: en cours

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Partie 1 : Soutien et charge de famille – Rubrique

n° 137 2007/1

2007 Informations sociales Partie 1 : Soutien et charge de famille – Rubrique

La religion des marques

Lucie Baune
Chez les adolescents, le look est important, gage d’une bonne intégration. Un phénomène coûteux pour les parents. Difficile pour ces jeunes de résister à la pression des marques. Il suffit d’observer les collégiens à la sortie des cours pour constater que, pour eux, ces dernières sont primordiales. Casquette, jean et tee-shirt siglés, sans oublier l’indispensable paire de baskets, font partie de la panoplie de l’adolescent moderne. S’il est clair que toutes les familles n’ont pas les moyens ou n’acceptent pas de rentrer dans cette logique, rares sont celles qui échappent à cette pression des marques. Car, pour les jeunes, ces valeurs jouent un vrai rôle de socialisation dans la cour de récréation. “Porter les mêmes vêtements que ses camarades, c’est une façon de se fondre dans la masse. Ainsi, on est comme les autres. Elles peuvent être aussi une manière de montrer qui on est et à quelle « tribu » on appartient, chacune d’entre elles possédant ses attitudes, ses codes vestimentaires. On peut être à la fois transparent au sein de son groupe et afficher son identité au reste du monde”, estime Olivier Rampnoux, l’un des responsables du Centre européen des produits de l’enfant [1], unité d’enseignement et de recherche sur la consommation enfantine.
Une enquête réalisée en France, en 2004, par l’Union des familles en Europe (UFE) [2] confirme que, pour les adolescents, arborer des marques à la mode est indispensable afin de ne pas être exclu par les autres. Ainsi, plus des deux tiers des collégiens interrogés connaissent des élèves “rejetés” à cause de leur apparence et n’ont pas envie de subir le même sort. Du point de vue des parents, c’est effectivement la première raison expliquant l’attrait de leurs enfants envers les marques, loin devant l’impact de la publicité, l’identification à un sportif, à une vedette, ou la qualité des vêtements.
D’ailleurs, d’après l’UFE, seuls 7 % des 11-15 ans n’en portent jamais. Ils y sont sensibles dès la classe de sixième, parfois même un peu avant. Un phénomène qui s’estompe au lycée. Les enfants d’ouvriers, d’employés et de professions intermédiaires y accordent davantage d’importance que ceux de cadres, de professions libérales, de commerçants, d’artisans ou de chefs d’entreprise. Pourtant, c’est dans ces familles que l’achat des marques est le plus lourdement ressenti sur le budget.
 
Parents et enfants négocient
 
 
Cette crainte de ne pas être accepté par leurs pairs entraîne les jeunes à mettre une certaine pression sur leurs parents afin d’obtenir ce qu’ils souhaitent. Face à l’insistance de leur enfant, seuls 11 % des parents accèdent très facilement à la demande de ce dernier, conscients de son désir de se sentir intégré. 25 % refusent pour des raisons financières, 9 % pour des raisons éducatives. Le plus souvent, ils tentent de trouver un compromis. Les parents concèdent à acheter des marques pour certains produits mais pas pour tous. C’est la situation la plus fréquente. Parmi les témoignages recueillis par l’association, celui de cette mère est assez représentatif : “J’accepte de temps en temps pour qu’il soit dans le coup. S’il a besoin d’une paire de chaussures, par exemple, je donne la somme que je mettrais et il complète s’il tient à une marque.” Seulement voilà, le consensus intervient souvent après d’âpres négociations, synonymes de conflits.
Selon Olivier Rampnoux, “l’enfant met en place des stratégies, plus ou moins réfléchies, pour essayer de convaincre. Il peut utiliser des arguments comme la qualité ou des formes de chantage, de colère. Il peut aussi se dire : « Si je travaille bien à l’école, il y a plus de chances qu’ils soient d’accord »… Le problème pour les parents est de réussir à résister à cette pression. Un des moyens étant peut-être de tenter de la limiter, par exemple en diminuant son exposition à la publicité, c’est-à-dire en faisant en sorte qu’il regarde moins la télévision. Une autre solution réside dans l’éducation à la consommation. Mais cela demande d’y consacrer du temps, un temps nécessaire pour aider l’enfant à construire des raisonnements critiques par rapport aux produits et être capable de prendre du recul”.
Si les marques sont une telle source de tensions dans la vie de famille, c’est pour une raison simple : elles coûtent cher. L’Union des familles en Europe a estimé le prix d’une tenue complète. Et l’addition est plutôt salée. Il faut compter entre 353 et 578 euros pour un garçon et entre 255 et 430 euros pour une fille, si l’on veut être à la mode des pieds à la tête. Or, le budget vestimentaire annuel moyen [3] pour un garçon se situe autour de 590 euros et de 660 euros pour une fille. Ce qui montre bien que les familles ne peuvent se permettre de n’acheter que des marques.
Lassés par cette “dictature” de l’apparence, certains parents se disent même favorables au retour de l’uniforme à l’école, afin de gommer les différences entre les élèves et aussi d’éviter un éventuel racket. Un débat qui revient de manière récurrente sur le devant de la scène, sans pour autant convaincre l’opinion publique, et encore moins les jeunes eux-mêmes, pour lesquels avoir leur propre style et marquer ainsi leur identité est essentiel.
Les 11-25 ans représentent un marché de 11 millions de consommateurs. De quoi aiguiser les convoitises. Les grandes marques rivalisent de stratégies pour séduire ces clients potentiels, susciter l’envie et lancer de nouvelles modes, encourageant ainsi les adolescents à renouveler leur garde-robe. Au grand dam de leurs parents.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Alissa Quart, Nos enfants otages des grandes marques, Village mondial, 2004, 267 p., 24 euros.
·  Joël Brée, Les enfants, la consommation et le marketing, Presses universitaires de France, 1993, 320 p., 22 euros.
 
NOTES
 
[1]Site Internet : http://cepe.univ-poitiers.fr
[2]Enquête réalisée au cours de l’année scolaire 2003-2004 auprès de 539 collégiens et 472 parents, www.uniondesfamilles.org
[3]Selon une étude réalisée par IPSOS, en 2003, pour SOFINCO, auprès de 1 549 personnes ayant des enfants âgés de 5 ans à 20 ans.
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[2]
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[3]
Selon une étude réalisée par IPSOS, en 2003, pour SOFINCO, ...
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