Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 46 à 52
doi: en cours

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Partie 2 : Calculer le coût d'un enfant

n° 137 2007/1

2007 Informations sociales Partie 2 : Calculer le coût d’un enfant

L’impact des enfants sur les budgets des ménages

Les familles monoparentales fragilisées

Vanessa Bellamy Faisant partie de la division “Conditions de vie des ménages” à l’INSEE, elle travaille, au sein du pôle chargé de l’enquête “Budget de famille”, à la qualité statistique de ces enquêtes et réalise des études sur la consommation. Courriel : vanessa.bellamy@insee.fr
Avoir un ou plusieurs enfant(s) induit une augmentation des dépenses monétaires d’un ménage. Les écarts de dépenses annuelles s’élèvent ainsi à 900 euros entre personne seule et famille monoparentale, et à 4 400 euros entre couples avec ou sans enfant(s). Par ailleurs, les structures de consommation sont aussi largement modifiées (augmentation de la part de l’alimentaire), de même que les sources de revenus (accroissement de la part des revenus sociaux). Au final, les ménages avec enfant(s) ont, en moyenne, une appréciation plus négative de leur situation financière que les autres.
La présence d’enfants pèse sur tous les budgets familiaux, mais davantage chez certains. Pour les familles monoparentales, les dépenses incompressibles liées aux jeunes enfants occupent 13 % du budget (contre 8 % chez les couples). Une réalité objective qui s’accompagne du sentiment, pour ces mêmes familles, d’être obligées de faire toujours très attention et, plus encore, “d’y arriver difficilement”.
Élever un enfant induit des coûts, toute famille en ayant fait l’expérience l’attestera. Évaluer ces coûts monétaires est en revanche beaucoup moins immédiat, pour des raisons pratiques, mais surtout conceptuelles (voir l’article de J. Accardo dans ce même numéro). À défaut de mesurer le coût de l’enfant, on peut au moins préciser son impact sur les budgets familiaux [1].
La méthode retenue consiste à comparer, en s’appuyant sur les données issues de l’enquête “Budget de famille” (BDF) (voir encadré), les dépenses des ménages quand ils ont des enfants et quand ils n’en ont pas. Plus précisément, on a retenu quatre groupes de ménages et rapproché leurs budgets selon les treize grands postes de dépenses définis par la nomenclature européenne (COICOP) : les familles monoparentales seront comparées aux personnes seules, les couples avec enfants aux couples sans enfant [2]. On pourra par ailleurs essayer d’isoler des dépenses individualisables, c’est-à-dire qui sont exclusivement destinées à l’enfant. [3]
 
Un niveau de dépense supérieur pour les familles avec enfants
 
 
En 2001, les familles monoparentales dépensent, en moyenne, environ 900 euros de plus, annuellement, que les personnes seules (voir tableau 1). Les écarts les plus importants concernent l’alimentation et toutes les dépenses qui ne sont pas considérées comme de la consommation mais comme de l’investissement par la comptabilité nationale. Les familles monoparentales dépensent 1 000 euros de plus par an en alimentation que les personnes seules (13 % du total des dépenses des premières, contre 9 % pour les secondes). Les dépenses d’impôts, de gros travaux et de remboursements de prêts sont nettement plus importantes en moyenne chez les personnes seules (5 300 euros, soit plus du quart de leurs dépenses) que chez les familles monoparentales (3 000 euros, soit 14 % des dépenses).
On pourra constater (voir tableau 1) même s’il ne s’agit pas des dépenses les plus importantes, celles liées à l’enseignement sont multipliées par 7, et celles liées à l’habillement par 2 entre personnes seules et familles monoparentales. Si l’on s’intéresse aux couples avec ou sans enfant(s), l’écart des dépenses annuelles est relativement important : les couples avec enfants dépensent près de 4 400 euros en plus par an que ceux qui sont sans enfant. Les premiers ont une consommation plus importante de produits alimentaires (+ 1 000 euros), de biens et de services divers (3) (+ 700 euros), d’articles d’habillement (+ 500 euros), ainsi que de dépenses constituées par les impôts, par les gros travaux et par les remboursements de prêts (+ 600 euros). Ces dernières représentent environ un quart des dépenses des couples, qu’ils soient avec ou sans enfant(s). Pour les couples étudiés, les différences de structure de consommation sont moins importantes qu’entre famille monoparentale et personne seule.

Tableau 1
Dépenses annuelles en euros selon le type de ménage
Agrandir l'image Famille 	Couple 	 monoparentale 	Cou...
Famille Couple monoparentale Couple sans avec enfant(s) de Personne seule avec enfant(s) de enfant moins de 16 ans moins de 16 ans Produits alimentaires et bois- 1 741 2 823 3 763 4 841 sons non alcoolisées Boissons alcoolisées et tabac 534 484 895 800 Articles d’habillement et 876 1 535 1 882 2 395 articles chaussants Logement, eau, électricité et 3 487 4 293 4 294 4 490 combustibles Ameublement, équipement et 698 1 089 1 934 1 952 entretien ménager Santé 504 725 902 1 351 Transports 2 452 1 795 5 043 5 390 Communications 537 669 756 697 Loisirs et culture 1 379 1 622 2 321 2 712 Enseignement 17 124 37 133 Restaurants et hôtels 1 300 1 163 2 137 2 245 Autres biens et services 1 559 1 941 2 987 3 717 Dépenses hors champ de la 5 307 3 040 9 332 9 915 comptabilité nationale (impôts, gros travaux, etc.) Dépense totale 20 391 21 303 36 283 40 638 Source : Budget de famille 2001, France métropolitaine.

L’enquête “Budget de famille”
Cette enquête vise à reconstituer toute la comptabilité des ménages, c’est-à-dire l’ensemble des dépenses mais aussi les ressources de chaque ménage. Les dépenses sont classées selon une nomenclature européenne (COICOP [1]) en treize grands postes de dépenses, eux-mêmes divisibles en une multitude de sous-postes. Par exemple, dans le poste “transport”, on peut isoler les achats de voiture d’occasion, des services liés au contrôle technique. Douze de ces treize postes sont considérés comme étant de la consommation finale par la comptabilité nationale. Le treizième comprend tous les autres types de dépenses : principalement les impôts, les gros travaux d’entretien et d’équipement et les remboursements de prêts. Cela étant, toutes ces dépenses constituent bien un déboursement d’argent pour le ménage, c’est pourquoi nous les avons incluses dans l’analyse.
Des différences sociodémographiques existent entre les groupes définis. Par exemple, la moyenne d’âge des personnes seules est plus élevée que celle du parent élevant seul son (ses) enfant(s) : 39 ans contre 37 ans. De même, au sein des couples sans enfant, la personne de référence est en moyenne plus âgée (41 ans) que dans les couples avec enfants (37 ans). Au sein des ménages composés de personnes seules, 46 % de ces dernières sont des femmes, cette proportion s’élevant à 90 % pour les familles monoparentales. Par ailleurs, les familles monoparentales ont, en moyenne, un peu moins d’enfants que les couples : 1,5 enfant de moins de 16 ans contre 1,8. Cela étant, afin de réduire les écarts de situation, on a considéré ici uniquement les ménages dont la personne de référence [2] a entre 25 ans et 54 ans inclus.
1.
Classification of Individual Consumption by Purpose.
2.
De manière générale, la personne de référence au sein d’un couple est l’homme (sinon l’actif le plus âgé), ou le parent dans une famille monoparentale.
 
Qu’en est-il des dépenses individualisables ?
 
 
Pour la plupart des dépenses, il est impossible de déterminer la part imputable à la présence d’enfants. Quelques produits et services, cependant, paraissent clairement attribuables : les frais de garde, de scolarité, quelques dépenses d’alimentation (laits bas âge, petits pots…), d’équipement (poussette, lit d’enfant) ou d’habillement. Avec l’âge, ces dépenses sont de moins en moins importantes. Par exemple, les dépenses de garde d’enfant représentent près de 900 euros du budget d’une famille monoparentale quand l’enfant a moins de 4 ans, contre moins de 300 euros pour les moins de 16 ans (voir tableau 2).

Tableau 2
Dépenses annuelles en euros individualisables selon le type de ménage
Agrandir l'image Famille monoparentale 	Couple 	Dépen...
Famille monoparentale Couple Dépenses annuelles avec un enfant avec deux avec un seul avec un enfant avec deux avec un seul en euros de moins enfants ou plus enfant de de moins enfants ou plus enfant de de 16 ans de plus moins de 4 ans de 16 ans de moins moins de 4 ans de 16 ans de 16 ans Habillement enfants et 655 849 735 958 1 213 1 141 bébés de 0 à 13 ans inclus Équipements spécifiques (chaise haute, parc, sièges auto…) 2 0 7 172 19 172 Garde d’enfant 294 232 865 838 549 1 161 Alimentation spécifique 23 38 123 153 93 215 Frais scolaires (inscrip- 428 709 379 279 730 359 tion, assurance scolaire, livres scolaires, cantine…) Jouets (poupées, 98 91 111 145 172 207 peluches, cycles enfants, déguisements…) • Total des dépenses 1 500 1 919 2 220 2 545 2 776 3 255 individualisables • Total des dépenses 20 577 22 278 17 093 40 326 40 829 40 265 moyennes annuelles en euros par ménage • Part des dépenses 7,3 8,6 13,0 6,3 6,8 8,1 individualisables dans le total des dépenses Source : Budget de famille 2001, France métropolitaine.

Ces dépenses ont un caractère incompressible, sans lien direct fort avec le revenu. On comprend donc qu’elles représentent, pour un enfant de moins de 4 ans, 13 % du budget total chez les familles monoparentales, contre 8 % chez les couples avec enfants. Les dépenses individualisables ont l’intérêt de constituer une borne inférieure du coût de l’enfant. Ainsi, on peut affirmer que chez les couples, l’enfant (unique) de moins de 16 ans consomme au moins 6 % du budget total. Cela étant, on a du mal à se convaincre que l’on tient là une estimation plausible de l’ensemble de ce qu’il coûte…
 
Des sources de revenus variables selon que l’on a ou non un enfant
 
 
Le niveau comme la structure de la consommation dépendent fortement des revenus du ménage [4]. Personnes seules et familles monoparentales ont des revenus moyens très comparables (à peine 1 % d’écart), mais leurs sources de revenu diffèrent : près de 30 % des revenus des familles monoparentales proviennent de revenus sociaux, qui représentent moins de 10 % chez les personnes seules (voir tableau 3). Les prestations qui creusent le plus cet écart sont les aides au logement (+ 1 230 euros), les allocations familiales [5] (+ 890 euros) et les prestations spécifiques accordées s’il y a des enfants (+ 680 euros).

Tableau 3
Sources des revenus annuels en euros selon le type de ménage
Agrandir l'image Famille mono-	parentale 	Couple 	 Re...
Famille mono- parentale Couple Revenus annuels en euros Personne seule avec enfant(s) Couple avec enfant(s) de moins sans enfant de moins de 16 ans de 16 ans Revenus d’activité 15 541 11 170 29 758 29 451 Revenus sociaux 1 647 5 060 2 236 4 330 dont aides au logement 391 1 623 135 550 dont allocation chômage 363 464 892 680 dont RMI 163 422 48 54 dont allocation jeunes enfants, 0 684 5 757 de parent isolé, parentale d’éducation dont allocations familiales de base 12 900 32 1 326 Revenus du patrimoine 634 315 1 030 844 Sommes obligatoires reçues d’un autre ménage 36 1 058 9 51 Aides reçues régulièrement d’un autre ménage 105 261 51 24 Ressources calculées (1) 29 0 0 3 Total revenus (hors ressources exceptionnelles) 17 992 17 864 33 084 34 703 Aides reçues occasionnellement d’un autre 113 590 215 276 ménage 1 - Lorsque le ménage ne souhaite pas détailler ses revenus, on lui demande un montant en tranche, à partir duquel on estime ses revenus. Source : Budget de famille 2001, France métropolitaine.

De même que les revenus sociaux, les sommes obligatoires reçues d’un autre ménage (majoritairement les pensions alimentaires) sont logiquement plus élevées chez les familles monoparentales que chez les personnes seules. À l’inverse, les revenus d’activité (salariée comme indépendante) et les revenus du patrimoine (assurances vie, loyers perçus, intérêts de livrets d’épargne…) occupent une place nettement plus importante dans les revenus des personnes seules.
Si les couples avec des enfants de moins de 16 ans dépensent 4 400 euros de plus que les couples sans enfant, ils ont, en moyenne, un revenu qui est supérieur d’environ 1 700 euros aux couples sans enfant. Les différences concernant la structure des revenus sont moins marquées qu’entre familles monoparentales et personnes seules. En effet, chez tous les couples, avec ou sans enfant de moins de 16 ans, au moins 85 % des revenus proviennent de revenus d’activité (90 % pour les seconds). Ainsi, les revenus sociaux, qui constituaient déjà près de 7 % de l’ensemble des revenus d’un couple sans enfant (2 236 euros), représentent 13 % des revenus d’un couple avec enfants (4 330 euros).
 
Difficultés des familles monoparentales
 
 
Les coûts induits par un ou plusieurs enfants peuvent avoir un impact fort sur la situation financière d’un ménage, sur la perception qu’il a de son “niveau de vie”. On gardera en mémoire que cette perception subjective dépend de multiples paramètres autres que l’augmentation des dépenses monétaires liées aux enfants. Capacité de gestion de son budget, mode de vie, patrimoine ou niveau de revenu déterminent aussi l’appréciation du ménage quant à son aisance financière (il n’existe pas de lien direct entre le fait d’avoir un enfant et l’appréciation de son niveau de vie). Il n’en reste pas moins que les ménages avec des enfants de moins de 16 ans déclarent plus souvent que les autres des difficultés financières (voir graphique). Au sein des familles monoparentales, plus de 40 % des ménages déclarent qu’il “y arrivent difficilement”, et la même part fait attention à son budget.
Graphique
“À propos de votre budget actuel, pouvez-vous me dire celle des propositions suivantes qui convient le mieux à votre cas ?”
Agrandir l'image  “À propos de votre budget actuel, pouvez-vous me ...
Source : Budget de famille 2001, France métropolitaine.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  O. Ekert-Jaffé, “Le coût de l’enfant : des résultats qui varient selon les types de familles et les hypothèses formulées”, Solidarité santé, n 2-3, 1998, p. 69-80.
·  O. Ekert-Jaffé, D. Arbonville, J. Wittwer, “Ce que coûtent les jeunes de 18 à 25 ans”, Documents de travail INED, n° 47, 1995.
·  M. Glaude, M. Moutardier, “Une évaluation du coût direct de l’enfant de 1979 à 1989”, Économie et statistique, n° 248, novembre 1991.
·  J. Wittwer, “Le coût de l’enfant en termes relatifs est fonction croissante du budget des ménages”, Économie et prévision, n 110-111, 1993.
 
NOTES
 
[1]On se limite donc ici à des coûts monétaires et privés.
[2]Dans toute l’étude, on ne retient que les enfants de moins de 16 ans.
[3]Cette rubrique inclut par exemple les soins personnels (articles et services), les effets personnels (bijoux, valises…), les services de protection sociale (gardes d’enfant, par exemple), les assurances et les services financiers.
[4]Dans l’enquête “Budget de famille”, les revenus sont, en moyenne, plus faibles que les dépenses, puisque les crédits ne sont pas inclus dans les revenus, alors qu’ils engendrent des dépenses.
[5]Qui concernent toutes les familles avec au moins deux enfants.
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