2007
Informations sociales
Partie 2 : Calculer le coût d’un enfant – La pensée de…
Charles Dickens (1812-1870)
Julien Damon
Écrivain populaire britannique, traduit dans bien des langues et adapté pour (petite) partie de son Å“uvre au cinéma, Charles Dickens n’a jamais fait d’économétrie sur le coût de l’enfant ou sur les prestations familiales (d’ailleurs inexistantes en son temps…). Son nom figure néanmoins, avec d’autres grands romanciers sociaux, au panthéon des auteurs ayant participé à la mise sur l’agenda public des nécessaires protections à accorder et à garantir collectivement aux enfants.
D’extraction sociale modeste, ayant lui-même dû endurer le travail très tôt, il va – sinon inlassablement, du moins très régulièrement – dénoncer, notamment par le conte, la misère et l’exploitation. Il faut dire que, dès l’âge de 12 ans, poussé en cela par l’emprisonnement (pour dettes) de son père, il avait été contraint de travailler dans une fabrique de cirage. Traumatisé par cette expérience de labeur précoce et de souffrance, il fait, dans ses livres les plus connus, le portrait d’enfants très jeunes confrontés à l’injustice et aux difficultés de la vie. Le célébrissime Oliver Twist, orphelin exploité dès son tout jeune âge, endure d’abord et résiste ensuite. “Fragment d’espèce humaine”, son histoire, pleine d’ironie, de rebondissements et de saveur, est une peinture de l’Angleterre industrieuse et inégalitaire du XIXe siècle. Le tout aussi célèbre David Copperfield est une transfiguration, à fondement autobiographique, de l’enfance et de la réalisation de soi. C’est toute une vision de Londres, avec des yeux d’enfants, qui circule dans le monde entier et qui montre ce que sont les épreuves et les humiliations de la société industrielle.
Contempteur du capitalisme exploiteur, soucieux du sort des plus défavorisés, Dickens s’intéressait au développement psychique et social des plus petits. Passé par le journalisme, il avait l’art de la phrase pour se faire champion de la démocratie et des plus faibles. Sans accents ni engagements révolutionnaires, il se plaçait du côté du peuple et des plus opprimés. Sans critiquer le détail des organisations sociopolitiques et sans mobiliser autre chose que sa plume romanesque, il savait ciseler des formules qui pouvaient et qui peuvent toujours faire mouche. “Ma confiance dans le peuple gouvernant est infinitésimale ; ma confiance dans le peuple gouverné est infinie.”
Il disparaît au sommet de sa gloire. Riche et célébré, il est inhumé à l’abbaye de Westminster. Avec probablement plus d’efficacité que des tableaux statistiques ou des analyses politiques approfondies, ce sont ses descriptions, pleines de tranches de vie, de personnalités piquantes, d’humour et d’excentricité, qui ont touché et qui ont incontestablement participé à la légitimation des investissements publics pour protéger l’enfance.
Dickens, meurtri par son expérience juvénile, fut l’observateur et le critique des très dures réalités de son époque. Lui-même père de dix enfants, avant de se séparer de leur mère, il compte dans l’imaginaire universel comme un défenseur de ces derniers et un promoteur de leurs droits. Au-delà des prises de conscience auxquelles il aura participé en son temps, il renvoie aujourd’hui encore l’image éternelle de l’enfance avec, d’une part, son innocence, sa pureté et sa douceur, et, d’autre part, ses violences et ses douleurs.
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Oliver Twist, 1838.
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Un chant de Noël, 1843.
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David Copperfield, 1849.