Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 57 à 58
doi: en cours

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Partie 2 : Calculer le coût d'un enfant – ••• en contrepoint

n° 137 2007/1

2007 Informations sociales Partie 2 : Calculer le coût d’un enfant – ••• en contrepoint

Enfant à vendre

Paule Paillet
Combien coûte un enfant ? La question met l’accent sur la dépense, alors que le coût peut aussi s’évaluer en termes de déficit culturel. En Inde, par exemple, la naissance d’une fille peut être ressentie comme une catastrophe financière du fait de la dot, mais aussi parce qu’elle ne pourra pas, en tant que femme, allumer le bûcher funéraire de son père. Reste cependant que, toujours et partout, l’aspect économique joue un rôle non négligeable. Parfois dramatique.
Perrault, au XVIIe siècle, dote le Petit Poucet de parents bûcherons à ce point misérables qu’ils décident de perdre leur (trop nombreuse) progéniture dans la forêt, faute de pouvoir assurer sa subsistance. On sait comment le rusé gamin déjouera un projet qui marque le point ultime du dénuement. Deux siècles plus tard, Hector Malot, dans Sans famille, conte l’histoire de Rémi, un enfant trouvé, élevé par une brave paysanne, avant d’être vendu au signor Vitalis, un musicien ambulant. C’est un roman certes, mais assez bien informé sur la société de l’époque pour qu’on accorde du crédit à ses informations. La scène de la “cession” est révélatrice : combien vaut Rémi ? 90 francs ou plus ? On le tâte, on l’évalue comme on le ferait d’une vache. Et quand la nourrice intervient timidement pour assurer que c’est “le plus bel enfant du village”, on comprend vite que l’esthétique ne pèse pas lourd en termes de valeur marchande. Quand la mère Barbarin affirme qu’il a bon appétit, son mari grommelle, et l’on touche là au point névralgique : la dépense incontournable, c’est la nourriture. Et le corollaire : l’enfant doit être en mesure, le plus vite possible, de gagner sa vie et, plus tard, de subvenir aux besoins de ses nourriciers. La société elle-même joue ce jeu mercantile : l’administration des hospices vend ou loue des enfants abandonnés, véritables réprouvés, à des particuliers qui en tireront eux-mêmes du profit en exploitant leur force de travail. Tout au long de son parcours picaresque, qu’on peut voir comme une initiation à la vie d’adulte, Rémi travaillera durement, sans considération de son âge. Il travaillera comme acteur dans la troupe de Vitalis qui l’a acheté. Il travaillera chez le pépiniériste de la vallée de la Bienne qui l’a recueilli, à la mort de son maître. Il poussera le chariot au fond de la mine de charbon cévenole, où une catastrophe le retiendra prisonnier pendant une semaine. Ce n’est d’ailleurs pas un enfant martyr. Il rencontre sur la route affection et compassion. Il ne se plaint jamais d’un labeur si continu et souvent harassant. Non qu’il soit passif ou résigné, il fait preuve au contraire d’une vitalité et d’un dynamisme extraordinaires. Mais du livre d’Hector Malot, on peut conclure que la main-d’Å“uvre infantile représentait, à l’époque, un phénomène accepté, intégré au système économique, et que Rémi ne se ressentait donc pas comme un paria. Ce qui permet d’évaluer le progrès accompli. L’Occident dénonce aujourd’hui, à juste titre, comme un esclavage le travail des enfants qui les prive de leur droit légitime au jeu et aux apprentissages de base. Mais il serait hypocrite d’oublier que nos valeurs sont celles de nantis et que pour des populations en proie à l’extrême de la misère, l’apport du labeur des enfants peut se confondre avec une possibilité de survie.
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