Informations sociales
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I.S.B.N.sans
148 pages

p. 45 à 45
doi: en cours

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Partie 1 : Enjeux et contexte – La pensée de…

n° 138 2007/2

2007 Informations sociales Partie 1 : Enjeux et contexte – La pensée de…

Léon Bourgeois (1851-1925)

Julien Damon
Léon Bourgeois aura eu, pour le moins, une vie bien remplie. Docteur en droit, avocat, préfet, puis préfet de police de Paris, il entre ensuite en politique pour devenir député. Plusieurs fois ministre (de la Justice, de l’Intérieur, de l’Instruction publique, des Affaires étrangères, du Travail et de la Prévoyance sociale), il aura également l’occasion de devenir président du Conseil, président du Sénat, président de la Chambre des députés ou encore président de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU) naissante. Ouf ! Toute cette carrière sera couronnée par le prix Nobel de la paix en 1920. C’est donc peu dire que Léon Bourgeois, dignitaire du Parti radical et de la franc-maçonnerie, aura fait bien des choses…
Sa grande Å“uvre sera intellectuelle. Le nom de Bourgeois est en effet indissociable de la doctrine dite du “solidarisme”. Comme “l’homme naît débiteur de l’association humaine”, il est l’obligé de ses contemporains mais aussi de ses aînés et de ses descendants. Le solidarisme naît de l’idée d’une “dette sociale” qui implique pour tous les individus des droits à une éducation, un socle de biens de base pour exister et des assurances contre les principaux risques de la vie. Pendant de ces droits, un “devoir social” est affecté à chacun. Dans ce cadre de possibilités et de contraintes juridiques, la solidarité, à la Bourgeois, “établit, en même temps que la liberté, l’égalité non des conditions, mais du droit entre les hommes”.
Principes moraux et méthodes scientifiques doivent s’accorder pour dépasser la simple charité dans une “solidarité” (le terme n’est pas de lui, mais c’est lui qui lui a fait valoir ses lettres de noblesse) organisée collectivement. Pour traiter de la “question sociale” et se soucier efficacement et justement des déshérités de toute nature, Bourgeois appelle, avec des succès divers, la création, notamment, d’un impôt sur le revenu, d’un repos hebdomadaire, d’une organisation des retraites ouvrières, d’une séparation des Églises et de l’État. Constatant la proximité de sa notion de solidarité avec celle de fraternité (présente dans la devise républicaine), il souligne un “lien fraternel qui oblige tous les êtres humains les uns envers les autres”, faisant à tous “un devoir d’assister ceux de nos semblables qui sont dans l’infortune”. Il en déduit la nécessité d’une intervention de l’État pour garantir, au risque parfois de dérives tutélaires, la chaîne des solidarités.
Critiquée par les marxistes, comme petite-bourgeoise (si si…), et par les libéraux, comme attentatoire aux libertés, la doctrine de Léon Bourgeois, inscrite entre l’individualisme libéral et le socialisme révolutionnaire, va considérablement inspirer la philosophie sociale de la IIIe République et tous les débats qui, depuis, alimentent les réflexions sur la protection sociale. Ancêtre, en quelque sorte, d’une troisième voie, ce théoricien à l’Å“uvre et aux actes plus que d’importance est aujourd’hui plutôt méconnu, curieusement absent des grands dictionnaires intellectuels.
Féru de sociologie naissante et de balisage juridique pour une protection de ce qu’il baptisait une “société de semblables”, Léon Bourgeois est incontestablement une référence cardinale de tout débat sur les fondements de la protection sociale. Relativement oublié de l’histoire, son patronyme est parfois repris par les spécialistes à travers le qualificatif “bourgeoisien” pour décrire l’orientation de certaines thèses. Ce n’est pas très joli…
·  La solidarité, 1896.
·  La politique de la prévoyance sociale, 1912.
·  Le traité de 1919 et la Société des Nations, 1920.
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