Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 54 à 55
doi: en cours

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Partie 2 : La protection des majeurs dans la pratique – Rubrique

n° 138 2007/2

2007 Informations sociales Partie 2 : La protection des majeurs dans la pratique – Rubrique

La formation des mandataires judiciaires de protection

Anne Caron-Déglise Magistrat, elle est présidente du tribunal d’instance de Besançon, coprésidente de l’Association nationale des juges d’instance (ANJI) et chargée de formation à l’École nationale de la magistrature.
La réforme du dispositif de protection des majeurs a été engagée à la fin de l’année 2002, suite aux conclusions respectives de l’enquête menée par les inspections générales des affaires sociales, des services judiciaires et des finances, publiée en juillet 1998, et du rapport Favard de mai 2000. Ces documents ont notamment mis l’accent sur les insuffisances de formation des personnes exerçant les mesures de protection (elles n’ont aucun statut spécifique garantissant leurs compétences) et sur la nécessité de réviser le système pour bénéficier de réelles garanties.
 
L’absence de statut spécifique
 
 
Lorsque le juge des tutelles ne désigne pas un membre du groupe familial, il peut désigner un curateur ou un tuteur extérieur parmi trois catégories différentes du point de vue de leur pratique, de leur culture et de leurs pouvoirs : les tuteurs et curateurs d’État, aux pouvoirs larges, qui sont presque toujours des associations salariant des travailleurs sociaux, des juristes et des psychologues ; les tuteurs ou curateurs “en gérance”, aux pouvoirs restreints, qui sont des associations ou des particuliers ; les tuteurs ou curateurs des établissements de soins, qui réservent en principe leur action aux patients de leur établissement et qui empruntent le cadre de leur action soit aux mesures d’État, soit aux mesures en gérance.
Aucun statut véritable n’encadre ni ne reconnaît les différents métiers de la protection. La même fonction recouvre plusieurs appellations suivant la mesure prononcée : délégué à la tutelle, gérant de tutelle privé, préposé d’établissement… Il existe souvent une confusion entre la personne morale à laquelle est confié le mandat judiciaire et la personne physique qui l’exerce.
La fonction de gérant de tutelle privé est assimilée à une profession libérale. Elle ne dispose d’aucune codification administrative précise et figure dans le Code de la Sécurité sociale au titre des collaborateurs occasionnels du service public.
 
Le système actuel de formation
 
 
Le dispositif actuel de formation ne répond pas aux exigences indispensables en termes de qualification et de professionnalisation. En effet, l’exercice des mesures civiles de protection (tutelles et curatelles) n’est, en l’état, soumis à aucune formation obligatoire. Il existe toutefois une formation d’adaptation aux fonctions, sanctionnée par une attestation de formation prévue par l’arrêté du 28 octobre 1988 relatif à la formation des tuteurs aux majeurs protégés. Cette formation est ouverte aux personnes participant habituellement aux mandats mentionnés dans la loi du 3 janvier 1968. Elle s’étend sur 300 heures et comporte deux unités de formation, la première portant sur la protection juridique et la gestion des biens, et la seconde sur la connaissance des majeurs protégés et de leur environnement.
Pour les mesures de tutelle aux prestations sociales, les exigences sont plus importantes. En effet, l’exercice des mesures est conditionné par le suivi d’une formation obligatoire, sanctionnée par un certificat national de compétence. L’arrêté fixant les conditions de compétence est celui du 30 juillet 1976, complété par celui du 16 juin 1977, qui prescrit un cursus de 150 heures. L’article 2 du décret de 1976 fixe :
> les conditions d’accès à ce certificat :
  • être titulaire du diplôme d’État d’assistant de service social (DEASS) ou du diplôme d’État d’éducateur spécialisé (DEES) ou du diplôme de conseiller en économie sociale et familiale (DCESF), avoir 25 ans et justifier de trois années d’exercice dans la profession correspondant aux diplômes d’État ;
  • ou être titulaire du Certificat de travailleuse familiale (CTF), aujourd’hui diplôme d’État de technicienne de l’intervention sociale (DETISF), avoir 30 ans et cinq années d’expérience professionnelle ;
> les conditions d’obtention du certificat : avoir effectué un stage d’adaptation dans un établissement de formation agréé.
 
Les pistes de réforme
 
 
Les acteurs de la protection des majeurs réclament unanimement la création d’un véritable statut des mandataires judiciaires et l’organisation d’une formation adéquate, polyvalente mais unique, sanctionnée par un diplôme national, complétée par une solide formation continue. Ces conditions de contrôle des compétences sont indispensables au respect du mandat judiciaire confié par le juge des tutelles pour assurer la protection de personnes particulièrement fragiles et vulnérables. Il en va de la sécurité et de la crédibilité du système lui-même, et le contrôle des compétences devrait être un préalable à toute inscription sur les listes établies par le procureur de la République.
Ce professionnel de la protection des majeurs reçoit dans le projet de réforme une appellation unique, celle de “mandataire judiciaire à la protection des majeurs”, ainsi qu’une mission générale de protection de la personne et de ses biens et, suivant le type de mesure, prépare au retour à l’autonomie.
Un groupe de travail a été mis en place, le 11 juillet 2006, sous le pilotage de la DGAS pour définir un cadre de formation harmonisé obligatoire, puis élaborer un référentiel professionnel. Cette initiative du ministère des Affaires sociales, en lien avec le ministère de la Justice, est nécessaire mais tout à fait insuffisante pour répondre aux graves lacunes constatées dans un système où des professionnels sans statut ni déontologie codifiés se voient confier les pouvoirs les plus importants en vue d’accompagner les choix de vie de centaines de milliers de personnes. Exercer un mandat judiciaire quand on est un tiers est un métier qui exige des garanties, donc un statut clair et transparent.
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