Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 77 à 78
doi: en cours

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Partie 2 : La protection des majeurs dans la pratique – ••• en contrepoint

n° 138 2007/2

2007 Informations sociales Partie 2 : La protection des majeurs dans la pratique – ••• en contrepoint

Des étrangers parmi nous ?

Caroline Helfter
Pour nombre de jeunes adultes désignés comme handicapés mentaux, le monde du travail est de l’ordre de l’inaccessible. Ainsi, sur les 101 jeunes qui ont été accueillis, depuis son ouverture, en 1965, par l’Institut médico-éducatif (IME) auprès duquel la sociologue Nicole Diederich a enquêté [1], 67 jeunes gens – 47 hommes et 20 femmes – avaient été jugés aptes, par l’établissement, à travailler en milieu ordinaire. Parmi eux, 53 ont obtenu un emploi, mais ils sont seulement 18 à l’avoir conservé – tous des hommes.
S’il y a encore trois ou quatre décennies, la plupart des jeunes que l’on avait appelés “handicapés mentaux” durant toute leur enfance parvenaient, une fois adultes, à prendre place dans le monde du travail, le climat économique et social actuel fait que ce n’est plus le cas, affirme la chercheuse. “C’est ainsi que, en l’absence de toute possibilité d’insertion professionnelle, le secteur sanitaire et social propose de maintenir ou de réintégrer les sujets stigmatisés dans les filières d’assistance, tandis que dans les milieux les plus démunis se développe le recours à l’invalidité comme stratégie de survie.”
Était-il “déloyal” de faire croire qu’ils pourraient s’insérer en milieu ordinaire à des jeunes qui, la plupart du temps, ne savent ni lire ni écrire, présentent des troubles du langage et parfois du comportement, et ne possèdent aucune qualification ? À l’instar de responsables de services de tutelle rencontrés par la sociologue, certains professionnels le pensent. Il est vrai aussi, reconnaît-elle, que l’“idéologie intégrative” qu’a longtemps défendue l’IME a probablement été à l’origine de nombreuses déconvenues, faute d’être assortie d’un suivi approprié. Cependant, si tous les jeunes gens ne peuvent pas jouer la carte de l’autonomie, un placement en établissement d’aide par le travail (ex-CAT, aujourd’hui ESAT) risque d’être vécu comme une violence par ceux qui rêvent de “vivre en liberté”. Et, comme Denis, Ferdinand ou Maurice, dont Nicole Diederich retrace l’itinéraire, ils sont nombreux dans ce cas. Mais les pratiques d’accompagnement à la vie sociale, et notamment celles des services tutélaires, ne favorisent pas leurs tentatives d’intégration.
 
NOTES
 
[1]Cf. Les naufragés de l’intelligence. Paroles et trajectoires de personnes désignées comme “handicapées mentales”, par Nicole Diederich, éditions La Découverte, 2004 (2e édition), 216 p., 16 euros.
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[1]
Cf. Les naufragés de l’intelligence. Paroles et trajectoire...
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