Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 109 à 110
doi: en cours

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Partie 2 : Périmètres et frontières – ••• en contrepoint

n° 139 2007/3

2007 Informations sociales Partie 2 : Périmètres et frontières – ••• en contrepoint

Voir les invisibles

Alain Vulbeau

Stéphane Beaud, Joseph Confavreux, Jade Lindgaard (dir.), La France invisible, Paris, La Découverte, 2006

La France invisible fait suite, à sa manière, à l’ouvrage collectif dirigé par Pierre Bourdieu, La misère du monde. Les auteurs ont tenté d’établir une cartographie de catégories sociales dominées mais fragmentées car elles sont concernées par un problème très spécifique. Ainsi sont identifiés une bonne trentaine de groupes en souffrance qu’on ne peut citer tous : “délocalisés”, “expulsables”, “gars du coin”, “privatisés”, “stagiaires”, “vieux pauvres”, etc. Les personnes relevant de ces groupes présentent la particularité d’être invisibles pour les pouvoirs publics et, en conséquence, d’être négligées voire occultées par les politiques sociales. L’invisibilité tient au fait de ne pas entrer dans les statistiques : cette méconnaissance interdit de faire rentrer ces publics dans des classements qui permettraient une intervention de l’État.
Cet ouvrage n’est ni une recherche sociologique ni une enquête journalistique, mais un essai qui relève de ces deux genres. Dans une première partie, chaque catégorie fait l’objet d’une description fondée sur des portraits, sur des témoignages, suivie du point de vue d’un expert du thème. Dans une deuxième partie, les analyses se font plus générales, s’interrogeant sur les moyens d’arriver à une meilleure connaissance et mise en visibilité de ces populations.
Par exemple, le groupe des “accidentés et intoxiqués du travail” est présenté très concrètement à partir des cas de boulangers, d’ouvriers d’une fonderie ou d’une usine de produits chimiques qui ont été victimes de pathologies ou de traumatismes divers.
Les “rénovés” sont les habitants des quartiers promis à la démolition, en attente de relogement dans des conditions normalement améliorées, à proximité de leur domicile actuel. Les témoignages d’habitants de Sartrouville, de Mantes ou de Poissy montrent l’absence de concertation des pouvoirs publics, la violence des interventions de relogement voire l’abandon pur et simple de populations. Les auteurs montrent que chaque groupe est placé dans un contexte économique difficile et parfois invivable, mais aussi dans une situation psychologique marquée par la honte et la tentation de se faire oublier. Certains mouvements comme les émeutes de l’automne 2005 ou les manifestations du printemps 2006 ont à voir avec des groupes que les pouvoirs publics peinent à identifier faute d’outils de diagnostic et de clé de communication.
Les groupes d’invisibles sont souvent créés par les effets involontaires de politiques publiques, c’est pourquoi les auteurs suggèrent d’intégrer la parole des populations concernées pour pouvoir anticiper les dysfonctionnements. Mais cela suppose de constituer le citoyen en “usager critique” et de fabriquer une visibilité composée de connaissance et de reconnaissance, de savoir et de pouvoir, dans un esprit de participation mutuelle.
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