Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 145 à 150
doi: en cours

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Le social en recherche

n° 139 2007/3

2007 Informations sociales Le social en recherche

Le social en recherche

 
Le collier des pupilles
 
 
Martine FAUCONNIER-CHABALIER, Les destins croisés des pupilles d’Ille-et-Vilaine et de leurs familles de 1914 à 1939. Mémoire pour l’obtention du master d’Histoire. Université de Rennes 2, Haute Bretagne Campus Villejean, place du Recteur Henri Le Moal CS 24 307 35 043 Rennes cedex, 2006 (dir. Jacqueline Sainclivier)
Lorsque des mémoires de professionnels du social font appel à l’histoire, c’est le plus souvent pour rappeler en deux ou trois pages l’origine du problème traité, d’Aristote à Bernard Henry Lévy – quel dérapage ! –. Nous avons assez souvent dit l’absence total d’intérêt de ces lignes pour ne pas saluer avec l’enthousiasme qu’il convient un vrai mémoire d’histoire. Au prix d’une plongée dans les services des archives départementales d’Ille-et Vilaine, Martine Fauconnier-Chabalier a analysé plus de 300 dossiers d’enfants, nés entre 1914 et 1939, trouvés, abandonnés, orphelins ou encore d’enfants dont les parents – le père à cette période – ont été déchus de leur autorité. Au travers des dossiers apparaît d’abord une société bretonne fortement rurale et religieuse mais où le fait associatif est déjà fortement présent. On y lit surtout la pauvreté et la solitude de la grande majorité des mères de ces enfants. Issues de milieux modestes, souvent domestiques, rejetées par leur entourage, ayant parfois un autre enfant, le placement ou l’abandon leur apparaissent comme les seules possibilités d’assurer un peu d’avenir à cet enfant. Cet avenir sera fait de travail, survivance de l’époque napoléonienne où l’enfant élevé par la Nation devait par son travail rembourser celle-ci. Distingués par un collier, munis d’un numéro d’immatriculation et de vêtements spécifiques, surveillés par le maire et l’instituteur, ces enfants travaillent très tôt, souvent domestiques à leur tour dans des fermes. A la différence des autres enfants, ils bénéficient d’une petite somme d’argent qui permet à certains devenus majeurs de s’installer au moment de fonder une famille. En dépit des règles qui prescrivaient une séparation entre les enfants et leur famille d’origine, l’auteure de ce passionnant travail montre la présence dans certains dossiers d’une double demande de retrouvailles émanant des mères mais aussi des enfants. 1407
 
Les enfants en centre d’hébergement
 
 
Alain TRUGEON, Danièle FONTAINE, Olivier ZIELINSKI, Les enfants et leur famille en centre d’hébergement. Fédération nationale des observatoires régionaux de santé, 62 rue Garibaldi, 75015 Paris. Diffusion FNARS, 76 rue du Faubourg Saint-Denis. 75010 Paris. Septembre 2006, 110 p. www.fnars.org
Le temps est bien loin où les centres d’hébergement accueillaient principalement, voire exclusivement, des hommes seuls, sortant de prison ou engagés dans des cheminements d’errance. L’enquête menée au printemps 2005 dans les établissements du réseau FNARS montre qu’à cette date, les centres d’hébergement, quelques CADA mais aussi des centres d’urgences accueillaient 18 720 adultes et 13 850 mineurs. Les deux tiers de ces mineurs accompagnent une femme seule ; un tout petit nombre d’hommes est aussi accompagné d’enfants et 2400 couples ont au moins un enfant mineur avec eux. Enfants à naître ou enfant déjà grand, cinq couples sur six dans un centre d’hébergement ont ou vont avoir un enfant. Ces mineurs sont jeunes puisque la moitié d’entre eux est âgée de moins de six ans. Le centre d’hébergement n’est pas synonyme de déscolarisation, un tiers des enfants de 2 à 3 ans va à la maternelle et près de neuf enfants sur dix vont à l’école entre 4 et 5 ans. En revanche, la scolarisation des plus âgés décroît régulièrement à partir de 11 ans et de façon plus forte encore pour les garçons de plus de 15 ans. Bénéficiant de la CMU, plutôt bien suivis par les différentes institutions sociales et médico-sociales, les enfants souffrent surtout de la pauvreté et de la précarité de leurs parents. Le sixième des familles accueillies n’a aucune ressource et, lorsque les revenus proviennent de salaires, ces derniers sont trop faibles et surtout trop instables pour permettre l’accès à un logement. 1408
 
Les travaux de l’Oned, suites
 
 
Paul DURNING (coordonnateur), Deuxième rapport annuel de l’Observatoire national de l’enfance en danger. ONED, 63 bis boulevard Bessières, 75017 Paris. Décembre 2006, 92 p. www.oned.gouv.fr
Présenté au Conseil des ministres en mai 2006, le projet de loi réformant la protection de l’enfance a été finalement adopté par l’Assemblée nationale en seconde lecture le 22 février 2007. Si tout enfant peut être, en théorie du moins, concerné par ce texte, le deuxième rapport de l’Observatoire national de l’enfance en danger (ONED) montre qu’au 31 décembre 2003, en France métropolitaine, un peu plus de 235 000 mineurs et près de 20 000 jeunes majeurs bénéficiaient au moins d’une mesure de protection de l’enfance. Ce chiffre est le résultat d’une estimation et non d’un comptage car la multiplicité des sources statistiques et surtout la difficulté à dénombrer les doubles voire les triples mesures ne facilitent pas la tâche des statisticiens. Les auteurs de ce nouveau rapport de l’ONED semblent regretter parfois que la France n’ait pas dans ce domaine adopté le système statistique allemand. Les multiples éclairages étrangers, principalement européens, constituent un apport tout à fait enrichissant à ce texte qui, par ailleurs, contient un passionnant chapitre sur l’analyse des pratiques d’action éducative au domicile, l’aide éducative en milieu ouvert et le placement. Le fait que ce rapport ait été rédigé au moment où le gouvernement proposait et le législateur débattait n’a pas facilité la tâche des auteurs. La première partie du rapport oscille entre une analyse de ce qu’allaient être les points forts du texte de loi et les regrets de ce que la loi ne serait pas. L’homogénéisation de la notion de danger est à ranger dans les premiers, le choix, plutôt conservateur, d’une loi qui ne soit pas ouverte sur la globalité des droits de l’enfant et qui intègrerait sa sécurité mais aussi son développement ferait plutôt partie des regrets. 1409
 
L’Unicef, des enfants et des femmes
 
 
Unicef, Femmes et enfants. Le double dividende de l’égalité des sexes. Rapport 2006 du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance. Décembre 2006, 148 p. Disponible sur www.unicef.org/french
Chaque année, l’Unicef publie un rapport sur la situation des enfants dans le monde. En 2006, ce rapport est surtout consacré à la vie des femmes car le lien semble indissoluble entre l’égalité des sexes et le bien-être des enfants. Pour les agences mondiales de développement, la question de l’égalité des sexes apparaît de moins en moins comme un impératif moral mais devient plutôt un des facteurs prépondérant du développement économique. Egalité politique, égalité au travail mais aussi égalité à l’intérieur même de la famille, le rapport insiste sur la multiplicité des sources et des pratiques de discrimination. La seconde partie du rapport propose des axes de travail pour favoriser au maximum l’égalité des sexes dans sept domaines clés : l’éducation, l’affectation de ressources pour réaliser la parité des sexes, l’intégration de l’égalité dans les législations nationales, l’instauration de quotas pour encourager la participation des femmes à la vie politique, le développement des associations féminines, la mobilisation des hommes et des garçons et, enfin, le développement des statistiques, des études et des recherches sur la situation des femmes et des filles. Un rapport à lire en se disant qu’il ne concerne pas seulement des pays très éloignés. 1410
 
La langue des téléphones
 
 
Cédrick FIRON, Jean-René KLEIN, Sébastien PAUMIER, Le langage SMS. Cental. Université catholique de Louvain, 1 place Blaise Pascal, -B- 1348 Louvain-la-Neuve. Diffusion Pul, 2006, 123 p. cental.fltr.ucl.ac.be
Bjr c cmt le proch1 1fo social ?
Tro for li le 2min é tel moua. bizzzzzzous, j’tm.
Voilà sans doute quelques unes des phrases qui circulent sur les portables des lecteurs d’Informations sociales, juste avant que votre revue préférée ne soit distribuée dans les services et les boîtes à lettres. Le SMS, « short message service », ou « service des messages succincts » comme le traduit avec élégance Wikipedia, s’est imposé largement à côté des communications orales avec l’extension de la téléphonie mobile, particulièrement chez les adolescents. L’usage du SMS permet d’établir une relation rapide tout en supprimant les inconvénients de la relation immédiate directe. Le SMS met aussi l’accent sur l’importance de la performance ludique, il y a un véritable plaisir à coder et décoder des messages quasi cryptés et à inventer de nouvelles formes de mots. En 2004, une équipe de chercheurs des universités de Louvain et de Marne-la-Vallée a recueilli plus de 75 000 SMS envoyés par 3200 participants dans le cadre d’une opération « Faites don de vos SMS à la science ». Ce corpus de messages étonne d’abord par sa diversité et son inventivité. Les auteurs montrent qu’un SMS comme « « jesper ke tt va bien pour toi, moi jtien lbar ce midi, si tu veu paC » ne comprend pas moins de 15 000 milliards de variantes possibles. Alors le SMS va-t-il devenir la nouvelle langue de demain -2min- ? Pour les auteurs de cette recherche le langage SMS ne constitue ni un lexique ni un nouveau langage. Il s’agit plutôt d’un code écrit, essentiellement mouvant, on ne parle pas SMS, qui ne remet pas en cause les structures syntaxiques de base. Notons au passage que l’expression « pas de langage SMS » apparaît de plus en plus fréquemment dans les forums du Web. 1411
 
Loyer, quelque chose qui cloche
 
 
Nathalie GUIMARD, Le locataire endetté : construction d’une catégorie sociale. Mémoire pour l’obtention du master de recherche : « Travail social, action sociale et société », chaire de travail social, Conservatoire national des arts et métiers, 292 rue Saint-Martin, F-75141 Paris cedex 03, 2006, 173 p. (Dir : Michel MESSU)
Au 19ème siècle, le propriétaire craignait surtout de voir disparaître son locataire au moment du paiement du loyer, il lui arrivait alors de monter la garde devant le logement pour empêcher la famille de déménager à « la cloche de bois ». Au cours des toutes dernières années, le chiffre des expulsions pour non-paiement de loyer a régulièrement augmenté. Si dans les deux cas, il s’agit toujours de la même difficulté pour des ménages à faibles revenus à faire face à leurs dépenses de logement, d’un modèle à l’autre, l’intervention de l’Etat et, plus généralement, des pouvoirs publics, s’est faite plus massive. Avec les lois Besson de 1990 et, plus proche de nous, les lois de lutte contre l’exclusion de 1998 et de cohésion sociale de 2005, nous sommes loin du moratoire pour le paiement des loyers décrété le 29 mars 1871 par la Commune de Paris. Au fil des années de la politique d’assistance au logement, dont Nathalie Guimard retrace les principaux moments et les grands personnages de la lutte pour le logement et progressivement, une nouvelle figure s’installe, celle du locataire endetté qu’il faut aider, voire assister, dans le cadre d’un dispositif partenarial, aux multiples acteurs, aux interventions complexes. Au-delà de la diversité des formes d’aide dont l’objectif reste toujours celui d’assurer une cohésion sociale – au début du siècle précédent on aurait parlé de paix sociale – Nathalie Guimard revient longuement sur la dépolitisation du débat sur l’impayé de loyer et son traitement dans un schéma assistanciel qui fait de la bonne ou mauvaise foi du débiteur le critère principal de l’accès aux différentes aides. 1412
 
Région parisienne, pauvretés précarités
 
 
MIPES. Recueil statistique relatif à la pauvreté et à la précarité en Ile-de-France. Mission d’Information sur la Pauvreté et l’Exclusion sociale en Ile-de-France. 115 rue du Bac, 75007 Paris, décembre 2006. 83 p. www.mipes.org
Crée à l’initiative de l’État et de la Région dans le cadre du contrat de plan 2000-2006, la MIPES produit chaque année un rapport statistique et différents travaux sur la pauvreté et la précarité. Les données rassemblées sur chaque thème abordé ne sont généralement pas exhaustives mais la diversité de leurs origines, leur actualisation régulière, leur enrichissement d’une année sur l’autre font de ce rapport un instrument utile et une bonne préfiguration des travaux qui devraient surgir au cours des prochains mois, ou des prochaines années, des plates-formes régionales d’informations sociales. Le logement et tout particulièrement les procédures d’expulsion, ainsi que l’emploi sont des thèmes abondamment traités. Qu’il s’agisse du surendettement, du nombre d’enfants en zone d’éducation prioritaire ou du nombre d’allocataires des minima sociaux, les auteurs de ce rapport font bien apparaître les spécificités de la situation en Ile-de-France et dans certains départements de la Petite Couronne. Les spécialistes apprécieront le fait que la MIPES utilise pour parler de la pauvreté les données issues de l’enquête sur les revenus fiscaux, ce qui permet une saine comparaison avec les données nationales. Au-delà de ce seul rapport, la MIPES met en ligne de multiples informations allant jusqu’au niveau communal. 1413
 
L’urgence, une politique dans la durée
 
 
Laure CHEBBAH-MALICET, Elsa GUILLALOT, Cécile ROBERT, Philippe ZITTOUN, Vers une politique de l’urgence sociale ? Les SDF. Recherche Plan Urbain Construction. CERTU, 9 rue Juliette Récamier 69956 Lyon cedex 06, mars 2005, 116 p. www.urbanisme.equipement.gouv.fr/puca
Une fois encore, à propos des personnes sans domicile fixe, une association, toute petite et toute nouvelle, quasi familiale, se dressait face à l’État pour réclamer des logements, des hébergements décents. Certes, les parents des Enfants de Don Quichotte savaient manier la caméra et les médias et les tentes alignées sur les quais du canal Saint-Martin ne manquaient pas de visibilité, mais la scène avait déjà été jouée à de multiples reprises même si les acteurs étaient moins percutants. Comment comprendre alors cette récurrence qui fait que chaque hiver un nouveau plan d’urgence est annoncé, de nouveaux moyens mobilisés et que la presse guette le moment où en dépit de tous les plans « grand froid », un SDF finira bien par mourir sur le bord de la route. Les auteurs de la recherche commanditée par le Plan urbain construction ne répondent complètement pas à ces questions mais leurs travaux éclairent les situations locales où se traitent véritablement la question SDF. Car si l’État intervient souvent sur ce domaine qui a échappé à la décentralisation, lorsque des moyens ont été alloués, ce sont bien les associations locales, spécialisées ou généralistes, militantes ou caritatives qui vont devoir organiser les réponses en partenariat avec les multiples réseaux institutionnels. S’appuyant sur trois monographies réalisées à Grenoble, Lyon et Orléans, ce rapport, plus proche des travaux de sciences politiques que des approches démographiques de l’INED, montre surtout que la question SDF peut être un bon analyseur des fonctionnements des multiples instances locales qui interviennent dans le champ social. 1414
 
Statistiques ethniques
 
 
Patrick SIMON, Martin CLEMENT, Rapport de l’enquête « mesure de la diversité ». INED, 133 boulevard Davout, 75980 Paris Cedex 20 document de travail, 2006
Plus d’une centaine de chercheurs et les principales associations antiracistes ont signé la pétition intitulée « engagement républicain contre les discriminations » refusant le développement des statistiques ethniques. Si le Royaume-Uni recueille de telles données dans le recensement et vient même, depuis 2001, de collecter des informations religieuses, ces questions ne sont jamais abordées dans les enquêtes françaises et la CNIL reste toujours vigilante. L’enquête expérimentale de l’INED constitue une première incursion sur ce terrain. Sollicitées sur la base du volontariat, les personnes enquêtées devaient décrire leur origine de trois manières différentes : en indiquant le pays de naissance et la nationalité de leurs parents et grands-parents, en faisant une auto-déclaration de leur origine et en se situant dans une nomenclature de type « ethno-racial ». Une seconde partie de l’enquête avait pour objectif de tester l’acceptabilité de telles questions pour les personnes interrogées. Entre un tiers et un quart des personnes interrogées refusent les classifications de type « ethno-racial ». Les refus sont d’autant plus fréquents que les informations demandées n’apparaissent pas comme relevant du domaine de la connaissance mais de celui de la gestion des entreprises et des administrations. L’intérêt de cette expérimentation est aussi de montrer l’existence d’une bonne correspondance entre les déclarations de l’origine par grandes régions (africaine, maghrébine, caribéenne, asiatique, européenne, française, sud-américaine) et la catégorisation ethno-raciale. Elle est enfin de montrer l’importance de la catégorie de métis. Deux raisons qui ne militent pas pour une extension de ce type de statistiques. 1415
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