2007
Informations sociales
Partie 1 : Des acteurs et des mouvements – La pensée de…
Alva Myrdal (1902-1982)
Julien Damon
Parmi les grands acteurs du film de la politique familiale, on recense la suédoise Alva Myrdal (avec son mari Gunnar). Au milieu des années trente, elle produit (avec Gunnar) une série d’analyses et de recommandations qui seront à la base de l’architecture de la politique familiale sociale-démocrate. Valorisant l’égalisation des conditions et des statuts au sein de la famille, le couple Myrdal plaide pour ce qu’en termes très actuels on appellerait la “conciliation vie familiale/vie professionnelle”, et ce dans une visée d’abord nataliste. Ils soulignent l’importance de garantir aux femmes leur émancipation et aux enfants la qualité de leur socialisation précoce. La natalité ne saurait augmenter qu’à condition d’améliorer la situation des femmes, le niveau de vie des familles, et la qualité des services aux enfants (condition essentielle de leur bien-être et de leur développement futur).
Alors en pleine crise démographique (la natalité suédoise est au plus bas niveau européen), inquiète du déclin et du vieillissement de sa population, la Suède investit, sous l’influence de Gunnar et d’Alva, dans une politique familiale avant-gardiste : compensant les niveaux de vie des familles, proposant une large gamme de services en particulier pour l’accueil des enfants, insistant sur la nécessité de permettre aux femmes qui travaillent de réaliser (avec le père) leur désir d’enfant.
Favorable à une individualisation intégrale des droits sociaux afin de garantir l’égalité entre les hommes et les femmes, Alva Myrdal continuera toute sa vie son combat pour les enfants désirés (et, partant, pour la contraception), pour les congés parentaux, pour l’indépendance économique des conjoints, pour une citoyenneté complète des femmes passant par le soutien aux mères actives. Conjuguer travail et maternité doit être au socle du droit moderne des femmes. Univers familial et univers professionnel se complètent plus qu’ils ne s’opposent. Alva ne cessera de le rappeler et de le marteler.
Elle qui considérait que “l’école doit être le joyau de notre société” s’est beaucoup investie dans toutes les questions d’éducation et d’organisation scolaire. Alva figure ainsi assurément parmi les personnalités les plus influentes de l’institutionnalisation du système des crèches publiques.
Il y a toujours un côté obscur… Pour Alva il s’agit de l’eugénisme. Comme certains autres experts de l’époque, elle considérait que le développement des allocations familiales légitimait la stérilisation de certains individus qui, procréant, auraient, eux et leur progéniture, inutilement coûté. L’icône d’Alva en prit un certain coup lorsque ceci fut rappelé…
Cependant, sa trace dans l’histoire demeure largement marquée de gloire. Première femme ministre en Suède, première femme ambassadeur (doit-on aujourd’hui dire ambassadrice ou ambassadeure ?) en Inde, présidente de la section des sciences sociales de l’UNESCO, Alva verra sa carrière couronnée en 1982 par l’attribution du prix Nobel de la paix, en raison de son engagement pour le désarmement. Elle rejoignait ainsi son mari, récompensé lui en 1974, après de célèbres travaux sur les Noirs aux États-Unis ou sur la pauvreté en Asie, par le Nobel d’économie. Quel couple !
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La crise de la population, 1934.
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La nation et la famille, 1941.
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Rapport au parti social-démocrate suédois, 1971.