2007
Informations sociales
Partie 1 : Des acteurs et des mouvements
Quels partenariats pour les caisses d’Allocations familiales demain ?
À la croisée des chemins
Sylvain Lemoine
Sous-directeur CAF d’Ille-et-Vilaine
Trois types de partenariats sont analysés (de gestion, de compensation, de création) au regard d’un double rôle assuré par les CAF relativement à leur qualité d’opérateur, d’une part, et d’initiateur des politiques sociales, d’autre part. Selon le champ envisagé, l’auteur pose des questions d’avenir et de stratégie pour les CAF, qui touchent à leur développement, à leur efficacité et, au plan local, à leur positionnement par rapport aux élus.
Les CAF, dans le champ familial et social qui est le leur, sont au cÅ“ur de partenariats complexes. Sont-elles appelées à jouer un rôle d’opérateur de plus en plus performant ou de créateur et d’initiateur de politiques familiales et sociales ? Les enjeux se situent tant au plan national que local. La question de la légitimité et de l’identité des CAF est ainsi posée.
Le terme “partenariat” figure sans nul doute en bonne place sur la liste des vocables les plus utilisés dans le monde de l’action sociale des caisses d’Allocations familiales
[1] (seule “l’évaluation” semble actuellement en capacité de le devancer !). Mais cette popularité a été forgée au prix d’une dilution de la notion en de multiples acceptions et perceptions. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui suscitera très probablement un certain scepticisme chez le lecteur quant à la présente tentative d’aborder en si peu de lignes l’avenir du partenariat des 123 CAF dans la conduite de la politique familiale au niveau local.
Pourtant, l’exercice est plus que jamais nécessaire : les ressources perdues par l’émiettement des compétences entre les différentes institutions du secteur social constituent un luxe que la rareté des fonds publics ne permet plus. Par ailleurs, le manque de lisibilité (par les usagers mais également par les institutions elles-mêmes) et donc de responsabilité de chacun au sein de ce champ d’intervention fait que le système a vraisemblablement atteint ses limites.
Afin d’imaginer quel peut être l’avenir du partenariat des CAF tout évitant les pièges tendus par sa polysémie, nous proposons une grille d’analyse distinguant trois de ses multiples facettes :
- le partenariat de “gestion”, qui caractérise les relations entre les CAF et les organismes responsables d’une politique sociale ou d’une prestation et qui leur en délèguent la gestion ;
- le partenariat de “compensation”, qui désigne les relations entre les CAF et les acteurs contraints de pallier l’enchevêtrement des compétences par la mise en place de collaborations voire de nouvelles structures (au risque de générer une nouvelle complexité) ;
- le partenariat de “création”, qui concerne les relations entre les CAF initiatrices de nouveaux projets et les partenaires qui mobilisent leurs ressources dans un souci de cohérence.
À travers l’analyse de ces différents volets, cet article qui n’a aucunement la prétention d’être exhaustif sur le sujet veut modestement mettre en avant une opinion : les CAF sont aujourd’hui à la croisée des chemins entre un rôle d’opérateur (avec une valeur ajoutée indéniable du fait de leur maîtrise des processus de production de services) et un rôle d’initiateur de politiques sociales (qui leur est disputé mais qui assure leur légitimité, leur autonomie et qui leur apparaît plus valorisant). Quels sont les facteurs qui influenceront le dosage entre ces deux missions ? Quelles pourraient en être les conséquences sur les relations partenariales des CAF ?
Partenariat de gestion : le problème des exigences accrues des donneurs d’ordre
Cette dimension du partenariat fait référence aux institutions qui délèguent aux CAF la gestion d’une ou de plusieurs prestations, soit au titre du respect d’une logique pour l’usager, soit par souci d’efficacité de gestion.
Des prestations sociales déléguées en contrepartie d’exigences
Les CAF gèrent actuellement de multiples prestations “pour le compte de” : le RMI et le RMA (pour les conseils généraux), l’allocation parent isolé (API) et l’allocation adulte handicapé (AAH), ainsi qu’une grande partie des aides au logement (pour l’État), voire des fonds multi-partenariaux comme le Fonds de solidarité logement (FSL).
Les exigences des responsables de ces prestations conjuguées à celles de leurs bénéficiaires ont incité les CAF à développer un des systèmes d’information les plus importants du pays, contenant dans ses bases près de la moitié de la population française. Les CAF ont su l’exploiter en se transformant en de véritables entreprises de service, réduisant les délais d’attente, optimisant la relation téléphonique, développant la communication électronique, diminuant leurs coûts de gestion, etc.
L’ampleur de la tâche (au regard de l’hétérogénéité du public, de l’importance de ses besoins, de la complexité des règles de droit) a conduit le réseau des CAF à s’organiser, en construisant des indicateurs de gestion permettant de mesurer et de comparer la performance des différents organismes. C’est cette même exigence qui a conduit à accroître le rôle de pilotage de la Caisse nationale (CNAF). Dans cette optique, les exigences de l’État à l’égard de la branche Famille sont ainsi formalisées dans une convention d’objectifs et de gestion, elle même déclinée en contrats pluriannuels de gestion entre la CNAF et les 123 CAF.
À l’avenir, le savoir-faire des caisses d’Allocations familiales en matière de gestion de prestations sociales ne semble pas devoir être contesté. Néanmoins, ce partenariat évoluera vraisemblablement sur une ligne oscillant être deux extrêmes :
• au minimum, nous assisterions à un accroissement des exigences du délégant en matière de coût de gestion ou en matière de qualité de service. Jusqu’où les CAF seront-elles prêtes à s’engager dans ces deux domaines afin de préserver leur activité ?
• au maximum, nous assisterions à une mise en concurrence du gestionnaire entre acteurs publics voire privés. Déjà lors de la mise en place du revenu minimum d’activité (RMA), en 2005, certaines agences ASSEDIC avaient formulé des offres afin d’en obtenir la gestion de l’État, même si le délégataire naturel était le gestionnaire du RMI, à savoir les CAF. Si, pour une somme forfaitaire, des organismes d’intérim peuvent désormais assurer le placement de chômeurs, pourquoi des entreprises de service à but lucratif ne pourraient-elles pas se voir confier la gestion de prestations sociales ? Le ticket d’entrée sur ce marché que représente l’investissement dans le système d’information n’est pas une contrainte rédhibitoire. Dans une logique de concurrence pure et parfaite poussée à son paroxysme, on peut en effet considérer qu’il appartient au domaine public. Son accès pourrait ainsi être partagé moyennant la mise en place de procédures garantissant la confidentialité des informations.
Trois questions pour dessiner l’avenir du partenariat de gestion
À partir du moment où les CAF se mueront en “entreprises de services sociaux”, quelle stratégie adopteront-elles sur leur “marché” ? Se dirigeront-elles vers une négociation sur le plan national ou local afin d’accroître leur “chiffre d’affaires”, c’est-à-dire de tenter d’obtenir la gestion de nouvelles prestations sociales ? On peut ainsi imaginer qu’une CAF propose à un conseil général ou à une commune de gérer pour son compte les aides individuelles versées par les centres départementaux et communaux d’action sociale.
Tenteront-elles (par ailleurs) de conquérir de “nouveaux marchés”, c’est-à-dire de solliciter la gestion de prestations non pas au nom du respect de leur champ naturel de compétences, mais au nom de leur seule efficacité dans la production de services sociaux ?
Oseront-elles refuser la gestion de certaines prestations que leur proposeraient l’État et/ou des collectivités au nom du maintien de leur identité ou par souci de maîtrise des coûts de gestion ? Les débats qui avaient traversé la branche Famille lors de la prise en charge du RMI pour le compte de l’État pourraient se poser à nouveau si un conseil général venait, par exemple, à déléguer à une CAF la gestion de l’aide personnalisée à l’autonomie.
Dans cette première dimension du partenariat, la répartition des rôles est relativement claire entre un responsable “donneur d’ordre” et un gestionnaire négociant ses moyens et rendant compte de sa gestion. Qu’advient-il quand les CAF interviennent dans des champs de compétence partagés ?
Partenariat de compensation : optimiser la répartition des compétences sociales locales
Cette dimension du partenariat fait référence aux relations que les CAF nouent avec d’autres institutions afin de compenser les incohérences générées par l’enchevêtrement de compétences dans le domaine de l’action sociale. Dans cette acception, le terme “partenariat” renvoie alors à un traitement de la complexité institutionnelle gourmande en ressources et déresponsabilisante.
Quelques exemples
Prenons l’exemple du secteur de la petite enfance, que de nombreux présidents et directeurs de CAF considèrent être le c
Å“ur de métier de leur action sociale. Concernant les modes de garde collectifs, les CAF peuvent accompagner la création de places de crèches dans les communes par le biais de contrats dits “enfance jeunesse”. Des contrats enfance départementaux, contractualisés entre les CAF et les conseils généraux, sont en cours d’élaboration. Ponctuellement, l’État peut apporter de nouveaux moyens par le biais de fonds “petite enfance”. L’agrément des structures ainsi créées est effectué par les services déconcentrés de l’État (DDAS). Concernant les modes de garde individuels, les conseils généraux ont la responsabilité de la formation et de l’agrément des assistantes maternelles, mais les CAF qui versent les prestations aux parents assurent l’information de ces derniers et la circulation de l’information entre les assistantes maternelles et les parents (relais assistantes maternelles, ce rôle pouvant être également joué par les communes). Afin de mettre en cohérence l’offre et la demande globales de garde sur un territoire donné, la commission départementale petite enfance, compétence du conseil général, rassemble désormais l’ensemble des acteurs concernés, sans réel pouvoir décisionnel ou coercitif
[2].
Cette brève description suffit à souligner la complexité du processus de décision et de financement concernant les modes de garde de la petite enfance. Pour les uns, la commission départementale petite enfance permet d’assurer l’harmonie entre les stratégies des différents interlocuteurs. Mais pour les autres, elle constitue surtout un partenariat rendu nécessaire afin de compenser l’enchevêtrement institutionnel. Cette nouvelle instance permet à son tour de reporter la nécessaire remise à plat des compétences de chacun en la matière.
Les CAF, comme la plupart des institutions intervenant dans le domaine social, sont partie prenante de ce partenariat de compensation dans de multiples domaines : soutien aux parents (à travers les réseaux d’écoute et d’appui des parents), dispositifs de soutien à la scolarité, aide aux impayés de loyers ou d’énergie (
via le fonds de solidarité logement dit “élargi”). L’exemple le plus abouti de ce partenariat de compensation est la création de guichets uniques (
front office en anglais), qui permettent de simplifier la relation à l’usager. Le progrès est indiscutable pour ce dernier, mais rend par là même moins urgentes les réformes plus ambitieuses de rationalisation des blocs de compétences de chacun. À titre d’exemple
[3], on peut citer la participation des CAF aux maisons du handicap, au titre du versement de l’AAH et de l’AES ; aux maisons de l’emploi, au titre du versement des minima sociaux ; aux maisons de la famille, au titre des prestations apportées aux parents ; ou encore aux maisons de la jeunesse, au titre de l’information sur les prestations logement.
Trois questions pour dessiner l’avenir du partenariat de compensation
La première question consiste à déterminer le degré de “nuisance” de ce partenariat de compensation, généré par l’énergie déployée pour coordonner l’action d’acteurs se partageant un même champ d’intervention. Plusieurs stratégies s’offrent au législateur dans la future répartition des compétences. Il peut redéfinir des blocs de compétence homogènes participant ainsi à la simplification, à l’efficacité et à la réduction des coûts de gestion. Face à la résistance à cette refonte spectaculaire, il peut également privilégier un partenariat plus intégré, au cas par cas, sous l’égide d’un chef de file. Ainsi, à Rennes, la ville est parvenue à fédérer les différents acteurs intervenant dans le champ social, en mettant en place des Espaces sociaux communs (ESC) offrant un guichet unique à la population tout en restant garants des prérogatives de chaque institution partie prenante (le centre départemental d’action sociale, la protection maternelle et infantile, le centre communal d’action sociale, le centre social du quartier, la caisse d’Allocations familiales, etc.).
Si la branche Famille fait le constat de la complexité de certaines collaborations, doit-elle adopter une stratégie de participation ou de repli ? Dans la première hypothèse, elle dilue ses moyens et accrédite la légitimité de l’architecture actuelle. Dans la seconde hypothèse, les CAF prennent le risque de perdre en visibilité et de voir alors le paysage social s’organiser sans elles. Pire, elles risquent de générer de l’incompréhension de la part des usagers, pour lesquels le guichet unique, après de longues années de division des interlocuteurs, peut à juste titre faire figure de panacée.
Enfin, si l’État lançait un chantier de redécoupage des compétences dans un double souci de lisibilité et d’efficacité, quelle serait la position de la branche Famille ? Serait-elle prête à voir les fonds de son action sociale ou la gestion de certaines prestations transférés entièrement ou en partie aux collectivités locales ? Dans cette hypothèse, la fin du partenariat de compensation serait synonyme de simplification réelle, mais générerait pour elle une perte de ressources et de légitimité significatives. À l’inverse, de quelles compétences pourrait-elle à son tour se charger (dans le domaine de la formation et de l’agrément des assistantes maternelles, des services de la protection maternelle et infantile, etc.) ?
Cette dimension du partenariat renvoie à un souci d’efficacité dans la gestion des politiques sociales telles que nous les connaissons. Qu’en est-il en matière de politiques familiales locales nouvelles, à construire ?
Partenariat de création : comment devenir chef de file d’une politique d’action sociale locale ?
Cette dimension du partenariat fait référence aux relations que développent les CAF afin de fédérer autour de leur stratégie les autres institutions de leur champ d’intervention.
Un rôle à jouer dans la création de politiques familiales
Le réseau des caisses d’Allocations familiales s’interroge quant à sa capacité à initier de nouveaux projets et à entraîner dans leur sillon les autres acteurs locaux. Ce questionnement se mue parfois en inquiétude plus ou moins profonde, plus ou moins justifiée, quant à sa faculté à jouer un autre rôle que celui d’organisme de production de prestations définies nationalement par le législateur d’une part, et de “banquier” des partenaires locaux dans le champ de l’action sociale d’autre part.
La légitimité acquise par les conseils généraux dans le champ de l’intervention sociale par les dernières lois de décentralisation a accéléré ce questionnement. Quel rôle les CAF peuvent-elles jouer en matière de création de politiques familiales, entre certains conseils généraux envieux d’investir de nouveaux champs très porteurs (la petite enfance, la jeunesse, ou encore la parentalité) et des structures intercommunales étoffées, s’engageant de plus en plus dans une mise en cohérence des moyens des communes dans le cadre de projets territoriaux ? Jusqu’à quel point la légitimité des CAF, issue de leurs conseils d’administration, peut-elle peser face à celle d’assemblées élues, dotées de moyens très importants en matière de communication ? Peut-elle concurrencer cette dernière en cas de désaccord ?
Une partie de la réponse se situe au niveau national, l’autre au niveau local. La définition la plus médiatique des objectifs de la politique familiale fait l’objet, tous les ans, de la conférence de la famille
[4], qui rassemble l’ensemble des partenaires intervenant dans ce domaine. Selon les années, la banche Famille peut ainsi être très fortement associée (avec la conférence de la famille sur la petite enfance) ou plus faiblement (lorsqu’il s’agit d’une conférence de la famille sur les solidarités intergénérationnelles).
Plus généralement, l’État s’est engagé, dans la convention d’objectifs et de gestion 2005-2008, à consulter la branche sur l’ensemble des réformes dans le domaine de la politique familiale. Mais le bilan intermédiaire a fait l’objet, de la part de l’État lui-même, d’un manquement à cet objectif.
C’est également sur un plan national que la CNAF peut opérer un cadrage concernant les champs prioritaires d’intervention des CAF. Le curseur est ainsi placé entre deux logiques : d’une part, une logique de concentration des moyens sur certains secteurs afin d’accroître la capacité des CAF à jouer le rôle de chef de file et, d’autre part, une logique d’intervention généraliste au nom de la cohérence de la politique familiale locale.
Sur le plan local, les CAF sont en partie dépendantes des priorités des élus locaux. Si la collecte des ordures ménagères est une compétence imposée par le législateur aux communes, tel n’est pas le cas de la politique d’accueil du jeune enfant ou des dispositifs de soutien à la parentalité
[5]. Lorsqu’un maire ne souhaite pas investir dans ces domaines, les CAF ne s’y substituent pas en créant des équipements ou des services en gestion directe. En revanche, elles font valoir leur expertise et assurent la promotion des dispositifs dont elles ont la charge afin de convaincre les élus d’investir dans le domaine de la politique familiale. La capacité des CAF à influencer la définition de la politique familiale au niveau local est donc hétérogène. Son bilan renvoie à l’évaluation des compétences mises en
Å“uvre, au souhait des élus locaux de monopoliser ou de partager la conduite des différents volets de la politique familiale, mais également à des aspects plus subjectifs comme le charisme des directeurs de CAF et de leurs présidents.
Trois questions pour dessiner l’avenir du partenariat de création
La première question qui se pose est de savoir si le législateur (composé de parlementaires pour la plupart également élus locaux) laissera, à l’avenir, un rôle à jouer aux CAF en matière de création de politiques sociales au niveau local. Seront-elles cantonnées à une mission de gestionnaire de prestations sociales ? Dans une telle hypothèse, pourront-elles continuer à peser sur la définition des politiques en valorisant la connaissance de leur public allocataire ? À l’inverse, leur expertise, leur organisation en réseau national garant d’efficacité
[6] et de neutralité, la garantie d’égalité de traitement sur le territoire sont autant d’arguments qui peuvent justifier de maintenir une action sociale spécifique.
Dans l’hypothèse où les CAF préserveraient une certaine marge de man
Å“uvre au niveau local dans la création de politiques sociales, à quelle condition et dans quels secteurs peuvent-elles jouer le rôle de chef de file ? Pour reprendre l’exemple de la petite enfance cité plus haut, on peut imaginer le scénario suivant. Au niveau national, la définition d’un objectif national de dépenses en ce domaine, sur le modèle de l’ONDAM (Objectif national de dépenses d’assurance maladie) pour la branche maladie de la Sécurité sociale
[7]. Cet ONAF (Objectif national de dépenses d’action sociale familiale en faveur de la petite enfance)
[8] serait composé de plusieurs enveloppes, comme l’ONDAM l’est en soins de ville, soins hospitaliers, médicaments, etc. On peut ainsi distinguer une enveloppe consacrée à la création de nouvelles places de crèche, une autre réservée à l’amélioration de l’existant, une autre attribuée à la formation des assistantes maternelles, voire une autre encore destinée à améliorer la rémunération de ces dernières dans les territoires où la densité des crèches est plus faible. Cet ONAF serait décliné en objectifs régionaux en fonction de priorités géographiques (offre de garde insuffisante, précarité, etc.). Le rôle que les Agences régionales d’hospitalisation (ARH) jouent pour le risque hospitalier en mettant en cohérence les acteurs publics et privés serait alors assumé par les CAF. Organisées sur un plan régional, elles auraient la légitimité et les moyens nécessaires pour promouvoir une offre de garde cohérente, et seraient responsables de la labellisation des structures collectives (publiques ou privées) ainsi que de l’accréditation des assistantes maternelles. Les antennes locales continueraient d’assurer le service aux allocataires en matière de prestations. Garantes d’une offre cohérente sur l’ensemble du territoire, elles pourraient alors laisser la main aux collectivités locales dans d’autres secteurs de leur intervention.
Se pose dans tous les cas de figure la question de la composition et du rôle des conseils d’administration des CAF. Faut-il les laisser en l’état, au nom du respect de la tradition de démocratie sociale ? Faut-il y intégrer des élus locaux, ce qui permettrait d’assurer une certaine cohérence dans les politiques menées à l’échelle du territoire ? Pour les uns, cette dernière hypothèse est perçue comme la première étape d’une absorption des caisses d’Allocations familiales par les conseils généraux. Pour les autres, elle représente la condition nécessaire (ou le “prix à payer”) pour voir émerger les CAF comme chef de file légitime de la politique familiale locale.
Le dosage entre les partenariats que nous avons qualifiés de “gestion”, de “compensation” et de “création” découlera du rôle que les CAF se verront confier en matière de politiques sociales par le législateur. Mais il dépendra également de la capacité de la branche Famille à développer sa stratégie, y compris en s’appuyant sur ses partenaires. L’objectif est clairement énoncé : faire en sorte que le partenariat de “création” prenne le pas sur le partenariat de “compensation”. Pour l’atteindre se posera alors à la branche Famille, en matière de politique familiale, la même question posée à l’ensemble des acteurs intervenant dans le secteur social : sera-t-elle prête à lutter contre la complexité actuelle en soutenant un découpage de compétences plus cohérent, même si elle estime avoir plus à y perdre qu’à y gagner ?
[1]
Et cet “honneur” n’est pas nouveau, comme l’illustre l’article
Les partenariats locaux des CAF, publié dans
Information sociales, n° 95.
[2]
Nous pourrions également mentionner le rôle de l’Éducation nationale qui, par la scolarisation à 2 ans ou la mise en place de classes dites “passerelles”, influence l’offre de garde d’un territoire.
[3]
Ces exemples varient en fonction des configurations départementales.
[4]
Pour un point sur les sujets traités par les différentes conférences de la famille et les enjeux de leur organisation, C. Demilly, S. Lemoine, voir
La gouvernance de la politique familiale,
Regards 2006, politiques sociales comparées France-Suède.
[5]
Martin Hirsch,
Au possible nous sommes tenus, “rapport de la commission “Familles, vulnérabilité, pauvreté”, Paris, ministère des Solidarités, de la Santé, et de la Famille, 2005.
[6]
Comme le montre la rapidité avec laquelle la branche Famille a mis en place, en 2006, à la demande de l’État, les critères d’attribution des aides aux communes pour la création de structures en direction de la petite enfance.
[7]
Objectif national de dépenses d’assurance maladie, voté par le Parlement dans le cadre des lois de financement de la Sécurité sociale, depuis les ordonnances dites “Juppé” d’avril 1996.
[8]
Ce paragraphe est issu d’une interprétation libre par l’auteur (qui n’engage que lui) de travaux préparatoires au rapport de la CNAF sur la prospective de la politique familiale.